Place au quatrième jour de la semaine de Noël et, comme prévu, voici un billet. Grâce à la demande de Haruka, aujourd’hui ce sera du 100 % Dexter ! Étant donné que j’ai déjà pu évoquer la série et que la miss souhaite que l’on s’attarde sur la saison deux, je passe toute la phase de présentation. Par ailleurs, il y aura des spoilers absolument partout, donc faites attention.

Avec Friday Night Lights, Dexter fut pour moi une des révélations télévisuelles de l’année 2006-2007. Il est légitime d’être davantage conciliant et tolérant face aux premières saisons, ce qui est loin d’être le cas avec la suite… Dexter a-t-elle réussi à passer la seconde et trouver son rythme de croisière avec sa deuxième saison ? Toujours diffusée sur Showtime, cette nouvelle salve d’épisodes en comporte douze d’une cinquante de minutes, passés entre septembre et décembre 2007. Après le tueur au camion frigorifique (the ice truck killer en VO), qu’est-ce que les scénaristes allaient-ils bien pouvoir trouver pour nous subjuguer ?

Sans grande surprise, le season premiere plonge rapidement le public dans le bain et lance l’ambiance à venir. Le tueur en série à poursuivre cette année sera celui découpant des humains qui, selon lui, ne méritent aucune pitié, les range dans des sacs et les balance à la mer. Une lumière vient-elle de s’allumer dans votre cerveau ? Cette description vous semble-t-elle plus que familière ? Eh oui, la cachette de Dexter est découverte et Miami est horrifiée de savoir qu’un criminel bien plus prolifique que le tueur au camion frigorifique sévit dans leurs rues. Pourtant, la barre paraissait impossible à dépasser tant le premier l’avait placée haut. Les journalistes adorant qualifier les ennemis publics de sobriquets du plus bel effet, ce tueur se voit surnommé le boucher de Bay Harbor (the bay harbor butcher en VO). La situation étant plus que grave et presque incontrôlable, une unité spéciale du FBI, menée par Keith Carradine lui-même, est immédiatement dépêchée et notre anti-héros se retrouve par conséquent à travailler avec ceux qui le traquent sans relâche. Dexter sera-t-il attrapé ? Va-t-il aller en prison ? Comment son entourage réagira-t-il en apprenant qu’il a besoin de tuer pour vivre ? Tant de questions qui trouveront une réponse durant cette saison… ou pas !

La saison deux traite donc en premier lieu de la chasse de ce psychopathe sur lequel la lumière vient d’être faite. Si, au départ, il terrorise la ville, certaines personnes deviennent rapidement admiratives et tendent à le jucher sur un piédestal. Effectivement, pour elles, le boucher de Bay Harbor agit tel un justicier de l’ombre, ne tuant que les pourris jusqu’à la moelle et rendant les quartiers plus propres et plus sûrs – chose que la police n’arrive pas tout le temps à faire pour des raisons parfois bien trop triviales. À l’instar de la première saison, les téléspectateurs sont encore une fois fascinés, presque admiratifs, face à Dexter et à ses agissements, quand bien même on exècre ce genre de règlements de compte ou la peine de mort. Pire, il est aisé d’oublier que Dexter est bel et bien un tueur en série, un être psychologiquement malade ayant besoin de tuer pour se sentir quelque peu vivant. Cela étant, alors que l’on s’attache à cette figure antithétique, la série nous rappelle brutalement et efficacement qu’il est bel et bien un monstre ; la séquence où Dexter tue de sang froid et découpe un dealer devant Doakes, enfermé dans une cage, est une une illustration parlante. Le choc est plus que rude et bouleverse le public qui, sur son canapé, ne peut s’empêcher d’être mal à l’aise. Cet héros ressemblant à un nounours inoffensif est inhumain en raison de sa froideur et de son détachement. Tandis que jusqu’à présent, il se complaisait dans sa situation et qu’il continuait tranquillement sa petite vie rodée, il s’aperçoit de ses perversions et se surprend sporadiquement à vouloir changer, voire à sensiblement souffrir de s’apparenter à un individu plus que tourmenté. En d’autres termes, la saison continue d’explorer la psychologie de Dexter et si le traitement est parfois assez facile et bancal en raison de quelques incohérences, la caractérisation est tellement bien menée et le personnage solidement interprété qu’il est tout naturel d’y succomber et d’occulter les défauts.

Durant ces douze épisodes, Dexter apprend beaucoup sur lui-même, sur ce que son père adoptif lui a appris et légué, et il réagit beaucoup plus humainement. Si dans la saison une il était très lisse et ne montrait que rarement des sentiments, ce n’est pas le cas dans la saison deux. Dexter passe ainsi par la colère, le désespoir, la peur, la culpabilité, etc. Bien sûr, l’apparition d’émotions ne colle pas avec la dimension de psychopathe que l’on souhaite pourtant nous faire croire, mais il s’agit d’un parti pris de la fiction auquel il convient d’adhérer, tout du moins si l’on désire l’apprécier un minimum. Cette année, la série se focalise dès lors sur son personnage principal, ses doutes et ses angoisses. Il cherche à savoir qui il est et se pose de nombreuses et légitimes questions. Par exemple, pourquoi son père l’a t-il aidé à canaliser ses pulsions ? Celui-ci savait-il vraiment où il allait en transformant son fils en justicier de la nuit ? En proie à ses démons, Dexter n’en est que plus humain et, du coup, plus crédible. C’est pourquoi, il est indéniable que la saison deux s’apparente à une plongée dans l’âme de sa figure de proue.

Cette année se permet d’introduire en douceur deux nouveaux personnages : Lundy, chargé de l’unité du FBI, et Lila (Jaime Murray), le garde-fou de Dexter chez les intoxiqués aux diverses drogues. Pour l’anecdote, il est amusant de noter que l’interprète de Lundy, Keith Carradine, a joué le rôle d’un tueur en série très prolifique et extrêmement sadique dans la saison deux de Criminal Minds. Les rôles sont désormais inversés ! En tout cas, le jeu du chat et de la souris entre Lundy et Dexter est extraordinaire. Si le second a déjà maintes fois prouvé qu’il était intelligent et rusé, il trouve en Lundy un adversaire à sa mesure. De façon plus qu’enthousiasmante, l’analyse sanguin montre sa capacité à se maîtriser et ne jamais se révéler. Après tout, la première règle du code de Harry est de ne pas se faire prendre. Pour cela, tous les coups sont permis. Néanmoins, c’est la relation entre Deb et Lundy qui m’aura davantage marquée cette fois-ci. Durant la saison une, Deb n’était pas très fine et assez usante, avouons-le. Le personnage prend enfin son envol et grandit grâce à Lundy pour lequel elle ressent diverses émotions mélangeant de l’admiration, de l’amitié et de l’amour. Sinon, l’autre nouveau protagoniste est donc le vampire anglais Lila. Dès sa première apparition, le doute n’est guère présent, cette femme est toxique et aura un effet néfaste sur Dexter. Psychologiquement instable, elle ne déchiffre que trop bien celui de qui elle s’amourache ; et lorsqu’elle découvre le vrai Dexter, elle ne fuit pas, elle est bien trop fascinée. Si Lila donne régulièrement envie de l’étriper, elle se révèle plus que nécessaire pour permettre à Dexter d’avancer et de construire une facette inédite de son identité. Accessoirement, le sort final de cette femme vénéneuse est parfait et plus que jouissif.

Enfin, la révélation fut pour ma part avec Doakes qui n’est ni plus ni moins le personnage le plus intelligent de la série. Il a tout compris chez Dexter. Absolument tout. Leurs faces à faces sont fascinants et extraordinaires. À partir du moment où il a la preuve tangible que Dexter est le boucher de Bay Harbor, on se doute malheureusement qu’il va y passer. Le scénario joue sensiblement la carte de la facilité puisqu’il trépasse non pas par les mains de Dexter mais par celles de Lila, même si cela paraissait évident et logique. Il n’empêche qu’au moment où l’ancienne droguée ouvre le gaz et laisse le pauvre Doakes sauter en l’air, difficile de ne pas ressentir comme une grande vague de tristesse. Certes, bien que Doakes n’ait vraisemblablement plus aucune utilité pour la série, il s’agit là d’un coup dur dont on se serait peut-être passé. À part tout ça, la quête de la vérité de Laguerta sur la véritable identité du boucher de Bay Harbor est assez émouvante. Seule contre tous, elle ne ne peut croire que derrière Doakes se cache le psychopathe que tout le monde décrit – et à juste titre ! Le rapprochement entre Deb et elle est sympathique comme tout et prouve en outre que la jeune Morgan en a parcouru du chemin depuis le tueur au camion frigorifique.

Pour conclure, cette saison deux de Dexter est clairement à couper le souffle. Bien meilleure que la première alors que le niveau était pourtant déjà élevée, elle avance tambour battant et glace le sang du téléspectateur grâce à une atmosphère létale où n’importe quoi semble pouvoir arriver. De plus, le personnage de Dexter dispose progressivement d’une exploration et s’en suit une analyse psychologique très détaillée tout simplement passionnante. La caméra dépeint l’homme tel qu’il est réellement, avec la face qu’il arbore tous les jours devant sa famille et ses amis, mais aussi via sa face noire, celle qu’il tente de cacher. En d’autres termes, le visionnage est un réel délice en dépit d’être une vraie torture exaltante pour les nerfs. Ce n’est pas guère se fourvoyer que d’écrire que cette saison figure parmi les plus réussies de l’année. Vivement la suite !