Il arrive parfois, souvent pour certains, que l’on se penche sur des séries que l’on n’avait pas prévu de regarder. Des séries que l’on ne connaissait même pas quelques jours plus tôt et dont peu de monde finalement en parle. Des fois à juste titre, d’autres fois non. Jusqu’à la semaine dernière je n’avais jamais entendu parler de North & South, le drama de 2004 de la BBC. Je ne cacherai pas que c’est en regardant la filmographie du charismatique et séduisant Richard Armitage (Guy de Gisborne dans la récente adaptation de Robin Hood ;D) que j’ai connu son existence. Malheureusement pour les français, North & South est introuvable dans notre pays (aucun DVD donc ni sous-titres, et encore moins de doublage). Il faut donc obligatoirement passer par la version originale. Aucun spoiler.

North & South est une adaptation du roman d’Elizabeth Gaskell qui date de 1854-1855. Lui aussi est difficilement trouvable en français (décidément !). Il ne faut pas confondre avec North & South, la mini-série américaine qui traite de la Guerre de Sécession. Rien à voir en l’occurrence si ce n’est que le drama anglais est aussi une mini-série ne comportant que quatre épisodes de 58 minutes environ.
A l’heure actuelle, les adaptations de romans de Jane Austen vont bon train, que ce soit à la télévision ou sur grand écran. North & South, l’œuvre en tant que telle, est souvent comparée à Pride & Prejudice mais selon moi c’est plus que ça. Le roman le plus connu de Jane Austen traite surtout de l’histoire d’amour entre Elisabeth et Mr Darcy. Dans North & South une critique sociale de l’Angleterre victorienne est plus que mise en avant. Du coup, oui c’est dans la même veine que les œuvres de Jane Austen mais c’est aussi bien de ne pas chercher à comparer North & South à quoique ce soit. Je ne me suis jamais réellement penchée sur les adaptations des romans de Jane Austen car j’ai toujours eu peur d’être déçue. Mais j’ai presque envie de changer d’opinion ^.^
N’ayant pas lu le roman, je ne peux pas me permettre de juger si l’adaptation en mini-série est correcte donc je ne me prononcerai pas sur ce sujet-là.

North & South, Nord & Sud. Ou comment deux personnes n’ayant rien en commun vont se rencontrer durant l’époque victorienne, en Angleterre. L’un, John Thornton, vit dans le Nord et s’occupe de son entreprise de fabrication de coton. Assez âpre et austère, il est solitaire et ne se confie réellement qu’à sa mère avec qui il a une relation fusionnelle. L’autre, Margaret Hale vit dans le Sud auprès de ses parents. Cultivée, elle a un franc parler qui ne plaît pas à tout le monde sans être pour autant une forte tête. Malheureusement, les Hale devront partir vers le Nord et plus précisément à Milton afin d’y vivre. L’adaptation est très difficile car Milton n’a a priori rien à envier au Sud où il fait si bon vivre.
La rencontre entre Mr Thorton et Miss Hale est assez vive. Si le premier se laisse vite charmer, ce n’est pas le cas de la seconde qui ne voit pas en lui un gentilhomme. Alors que Mr Thorton est riche, il se sent inférieur à Margaret car il a l’impression de ne pas être assez bien pour elle : pas assez éduqué, pas assez intelligent…
La mini-série repose essentiellement sur l’histoire d’amour naissante entre ces deux êtres. Une histoire compliquée qui souffre de beaucoup de non-dits si fréquents, surtout à cette époque. La passion qui les unit est admirablement mise en scène, toute en douceur et en finesse. A tel point que par moment, lorsqu’ils sont tous les deux on se sent presque étouffé, comme de trop. Ce couple est magnifique, déchirant et émouvant. Le fait que les deux acteurs principaux à savoir Daniela Denby-Ash et Richard Armitage soient plus qu’à la hauteur n’y est pas pour rien non plus. Ils habitent tout simplement leur personnage. L’alchimie qui les lie est palpable et extrêmement riche en émotions. Le jeu des regards a une place particulièrement importante dans cette relation. Alors qu’à l’époque victorienne tout ne se disait pas, il fallait garder une certaine tenue malgré cette rage intérieure que de tout dévoiler tant au niveau verbal que gestuel, les personnages montrent leurs émotions à travers leur visage. Parfois un regard veut dire davantage que de simples paroles. Ceci étant dit, les dialogues sont d’une rare intensité et ne diminuent en rien ce lien qui se noue entre ces deux Anglais. Comment ne pas relever des répliques comme « I don’t want to possess you ! I wish to marry you because I love you ! »
Honnêtement, je crois n’avoir jamais autant apprécié une histoire d’amour que dans North & South. Cette pudeur si caractéristique de l’époque mêlée à cette passion si exacerbée est une vraie ode à l’amour tout simplement. Un pur délice tout en étant une véritable torture.

Si la relation qui se tisse entre John et Margaret est importante, elle n’occupe aucunement les quatre épisodes de North & South. C’est elle le lien moteur mais elle n’est jamais envahissante. La mini-série met en avant de nombreuses relations existantes entre divers personnages. Une de plus belles est celle entre John Thornton et sa mère interprétée par la formidable Sinéad Cusack. Cette dernière est froide avec tout le monde, exception mise à part pour son fils. Elle ferait n’importe quoi pour lui et a un regard extrêmement lucide sur la situation. Son fils, si peu sûr de lui sur certains sujets, demande toujours conseil à sa mère et en tient respectueusement compte.
La famille de Margaret est elle aussi travaillée. On y retrouve sa mère si douce et qui sait écouter, son père attentionné et un brin trop près de ses livres adorés, la servante Dixon si attachante malgré son air quelque peu bourru. Tous les quatre vivent en parfaite harmonie malgré les moments pas toujours évidents de la vie…
A dire vrai, aucun personnage n’est gâché. Tous sont traités en profondeur et apportent quelque chose à l’histoire. Quel plaisir que de suivre des protagonistes intéressants et crédibles !

Un autre des nombreux points de North & South se trouve être le traitement des problèmes majeurs de l’époque, à savoir le travail de forçat des ouvriers, associé à leur vie très dure -surtout dans le nord- et aux grèves inhérentes au système. Les patrons n’écoutent pas, les ouvriers non plus et chacun reste campé sur ses positions pensant avoir forcément raison. Néanmoins, si au moins l’un d’entre eux dans chacun de ces camps voulait bien faire un effort, la situation pourrait peut-être bouger. Dans le bons sens. La critique sociale qu’offre la mini-série est juste et toujours plus ou moins d’actualité. En effet, en France à l’heure d’aujourd’hui on oppose toujours les patrons aux ouvriers et personne ne veut écouter personne. Si faire grève en France n’est pas forcément gênant dans le sens où l’on sait que l’on va retrouver son travail après, durant l’époque victorienne en Angleterre ce n’était pas le cas. Faire grève pouvait être synonyme de famine. Et lorsque l’on a faim les maladies s’installent plus facilement surtout lorsque le climat est aussi difficile qu’à Milton.
L’héroïne s’attache tout de suite à une famille d’ouvriers, celle de Nicholas Higgins et de ses filles. Pour elle, ce n’est pas de la pitié, elle ne cherche pas à faire sa bonne action de la semaine. Sans aucune arrogance ou suffisance, elle accueille ces gens comme les siens. Elle n’accepte pas tous leurs gestes mais cherche justement à comprendre ce qui cloche. Elle agit de la même manière avec le patron qu’est John Thornton.

Les thèmes de North & South sont donc du coup assez variés et reflètent à merveille les fondements de la société victorienne. Tout cela sans aucune volonté d’embellir ou de noircir la vérité, ou d’en faire des tonnes. Tout comme les habitants de cette époque, le drama sait utiliser de pudeur.
D’un point de vue esthétique, il s’agit là aussi d’une réussite. Les décors sont pertinents et crédibles. La différence que l’on ressent entre les scènes du Sud et celle du Nord est plus que perceptible grâce à la caméra. Pour le premier les tons sont jaunes et chauds, à tel point que l’on a l’impression d’être transporté ailleurs. Tandis qu’à Milton, le choc est rude. Les teintes sont le gris et le bleu foncé. Cela dit, lorsque la neige ou le coton s’en mêlent les scènes sont sublimes.
Qui dit époque victorienne, dit aussi vêtements particuliers. Les costumes sont impeccables, que ce soit chez les hommes ou les femmes. Pas d’excentricité, tout est encore une fois dans la retenue.
La musique, réalisé par Martin Phipps (connu pour ses travaux sur les mini-séries The Virgin Queen ou récemment Sense & Sensibility) parfait North & South. Le thème principal revient assez régulièrement et émeut plus que de raison. Un petit bijou malheureusement inexistant dans le commerce…

Un chef-d’œuvre, une poésie à l’état brut, North & South est ma révélation de l’année pour le moment (et pourtant j’en ai vu de chouettes choses !). L’histoire passionnelle entre John et Margaret est sublimée par ses acteurs. On sent son cœur battre à cent à l’heure, on vit à travers ses personnages, on se sent tout simplement vivre pleinement. Mais il n’y en a pas que pour les romantiques qui aiment les histoires de cet acabit, l’analyse sociale est passionnante et malheureusement triste, sans parti pris aucun. Même si l’humour n’est pas ce qui qualifie la mini-série, il est bien présent grâce à quelques répliques plutôt piquantes, très anglaises ^.^. Quand bien même vous êtes réfractaires à tout ce qui est série ou film d’époque (à mon inverse puisque j’en suis friande), laissez vous emporter dans ce tourbillon d’émotions par cette peinture de l’Angleterre victorienne.
C’est plus que dommage que North & South ne soit pas disponible en France, j’espère de tout cœur que cette injustice sera réparée un jour… En tout cas, je n’ai pas attendu pour commander tout de suite après l’avoir visionné le DVD anglais ainsi que le livre (en anglais du coup puisque je n’ai trouvé le livre français qu’à 70 € !). Si vous comprenez la langue de ce cher Shakespeare, n’hésitez pas à sauter le pas. Personnellement, j’avais envie de recommencer la mini-série à peine terminée !
PS : Ceux qui regardent Primeval reconnaîtront Claudia que l’on aperçoit deux fois et durant 15 secondes.