Continuons avec les séries s’étant terminées dernièrement et, cette fois, c’est au tour de la saison cinq de The L Word de passer au crible. La fiction de Showtime reviendra l’année prochaine pour une ultime saison, mais elle ne sera composée que de huit épisodes au lieu des douze/treize habituels. En l’occurrence, il est question aujourd’hui de la cinquième, diffusée sur la chaîne entre janvier et mars 2008 le temps de douze semaines. Aucun spoiler.

The L Word, comme The Lesbian Word, évoque la vie de plusieurs lesbiennes résidant à Los Angeles. Avant de commencer cette production américaine, j’étais extrêmement optimiste quant au fait que la qualité serait au rendez-vous. Effectivement, outre l’originalité sous-jacente de cette série et son approche inédite, beaucoup de personnes l’encensent. C’est pourquoi elle me semblait mériter un investissement digne de ce nom. Oui, à l’époque j’étais probablement jeune et naïve, croyant l’avis de n’importe quel quidam alors que je ne connaissais sûrement rien de sa propre grille d’évaluation. Maintenant, j’essaye de procéder avec davantage de mesure et de ne plus me lancer dans n’importe quoi, rien qu’avec quelques arguments ne valant pas grand-chose. Le ton de ces lignes le laisse comprendre, j’ai été extrêmement déçue par l’entrée en matière de The L Word. Heureusement, la deuxième saison est largement meilleure que la première, et la troisième reste tout à fait convenable. En revanche, la quatrième année amorce le début de la fin, car depuis, la série n’a jamais réussi à remonter le niveau. Cette cinquième saison le prouve indiscutablement tant elle s’avère médiocre pour un tas de raisons aussi diverses que variées.

Si les trois premières saisons pouvaient se vanter d’apporter de la fraîcheur, une grande touche d’humour et une manière spécifique de traiter de faits de société fédérateurs, les derniers épisodes ont oublié la recette de la qualité. Les situations dépeintes ici sont prévisibles et ridicules. Bien que plusieurs écueils pussent à la rigueur être tolérés aux tous débuts, ce n’est plus le cas, surtout que certaines héroïnes et relations ont à peine évolué. L’exemple le plus flagrant est le couple Tina/Bette. Elles s’aiment, se déchirent, s’aiment, se déchirent, s’aiment, etc., et s’empêtrent dans des triangles amoureux stéréotypés. C’est un jeu du je t’aime, moi non plus redondant durant depuis trop longtemps et, sans surprise, finissant par devenir harassant. Le personnage de Jenny (Mia Kirshner), susceptible de parler à maints téléspectateurs du fait de son questionnement sur sa sexualité et de ses propres tourments, s’est muté en une véritable caricature. Je ne cache pas que je l’ai toujours jugée foncièrement antipathique et le summum arrive dans les premiers épisodes de cette saison inédite tant elle se révèle tout bonnement exécrable et lunatique. Pour sa défense, elle s’améliore à la fin grâce à quelques évènements moyennement agréables l’amenant à revoir sa conduite. Les arcs scénaristiques naviguent entre les coulisses factices de l’armée – bien qu’abordant correctement les difficultés pour Tasha (Rose Rollins) d’y exercer en tant qu’homosexuelle –, et le terrible monde sans concessions du tournage de films. Les épisodes proposent en effet une sorte de mise en abîme laborieuse via le fil rouge cliché qu’est Lez Girls. Il convient également de compter sur la quête d’identité de Max (Daniela Sea), les soucis judiciaires de la superbe Helena (Rachel Shelley), les aventures commerciales ineptes de Kit (Pam Grier) et le retour des vieux démons de la magnétique Shane (Katherine Moennig – Young Americans). Bref, tout y demeure superficiel, non passionnant et s’approchant régulièrement du soap opera de bas étage.

The L Word ne repose pas sur beaucoup de choses à la base, à l’exception de ses protagonistes. Par conséquent, si ceux-ci manquent cruellement de caractérisation et se contentent de faire du surplace, l’intérêt des intrigues se veut bien trop limité. Jadis, les interactions entre certains d’entre eux se montraient plutôt riches et pertinentes ; de même, les dialogues irrévérencieux ponctuaient avec délice le scénario. Ce n’est plus tellement le cas. De surcroît, la série devient très énervante avec cette manie d’intégrer des figures qui ne dureront que l’année, comme si elles n’étaient que des ustensiles jetables assimilables à des faire-valoir. Quel est le but ? La saison cinq met d’ailleurs rapidement sur la touche Helena et l’on ne la revoit que vers la fin, uniquement pour régler quelques problèmes de manière précipitée. S’il est incontestable qu’à ce stade, il demeure impératif d’avoir accepté les défauts inhérents à The L Word pour y adhérer un minimum, il s’avère parfois difficile de ne pas tiquer sur son cadre restreint et son manque de réalisme où les individus masculins ou hétérosexuels ne paraissent pas exister. Pire, la fiction a le malheur de faire changer de bord toutes les hétérosexuelles en deux trois mouvements. Les scénaristes laissent supposer qu’en chaque femme se trouve une lesbienne. Mouais… Sinon, les scènes de sexe ne sont bien sûr pas oubliées et c’est ce qui représente d’ailleurs l’attrait de la série chez moult personnes. Or, elles se veulent artificielles, intrusives et presque omniprésentes. Finalement, la surenchère est sans aucun doute une marque de fabrique de la production. Enfin, pour l’anecdote, les fans de Battlestar Galactica seront toujours aussi surpris – et ravis ! – en découvrant autant de têtes connues. Après Michael Hogan, Tahmoh Penikett, Aaron Douglas et Nicky Clyne, c’est au tour de Dominic Zamprogna de faire son apparition dans un rôle peu reluisant ; Donnelly Rhodes (Dr Cottle) est également aperçu très brièvement.

En définitive, en se montrant guère subtile ou cohérente tout en faisant interagir des personnages de plus en plus irritants et des intrigues inintéressantes, voire poussives, cette cinquième saison se révèle difficile à suivre. Quelques passages sont davantage aisés à digérer, notamment lorsque Shane évolue dans les parages, mais ils ne sont pas légion. Le générique n’a pas changé, à notre grand malheur ; sérieusement, je crois n’avoir jamais vu un aussi immonde et, en plus, il est long. Subsiste la musique permettant de régulièrement découvrir des groupes sympathiques et qui sont parfois trop peu connus. Heureusement que la saison six ne comportera que huit épisodes, cela limitera peut-être les dommages.