Si sur Luminophore toutes les nationalités sont acceptées, il n’est pas toujours facile de les multiplier en raison de la langue. Malgré tout, aujourd’hui nous nous dirigeons vers une inédite, à savoir les Pays-Bas. Pour cela, il convient de remercier pour une fois TF1 qui diffuse en ce moment tous les lundis soirs la série Gooische Vrouwen sous le titre Jardins Secrets. Cette fiction créée par Linda de Mol – la sœur du fondateur d’Endemol et actrice dans sa propre production – comporte actuellement dans son pays d’origine trois saisons, semble avoir un grand succès et est encore en cours. Puisque la première vient de se terminer en France, c’est d’elle que nous allons discuter maintenant. Elle possède huit épisodes de quarante-cinq minutés initialement passés sur Talpa entre octobre et décembre 2005. Aucun spoiler.

Direction le Gooi et plus particulièrement une banlieue huppée proche d’Amsterdam où trois voisines et amies voient leur quotidien bouleversé par l’arrivée d’un couple assez connu ayant fait fortune grâce à des chansons sirupeuses. Ce déménagement ne plaît pas à tout le monde et provoque une succession d’évènements incontrôlables, mais ne fait-il tout simplement pas qu’embraser un feu de paille couvant déjà depuis fort longtemps ?

Mensonges, trahisons, décès ridicules, détectives privés, adultères, faux-semblants, paillettes, il n’en faut pas plus pour alimenter les scénarios de cette série qui, sans conteste, s’apparente à un véritable soap opera. D’ailleurs, Gooische Vrouwen ne cache nullement ses inspirations étasuniennes et surtout ses ressemblances avec Desperate Housewives. Les noms et personnalités de quelques protagonistes se calquent curieusement sur leurs homologues outre-Atlantique. De même, le cadre du quartier chic et embourgeoisé rappelle immédiatement celui de Wisteria Lane. Est-ce gênant ? Pas vraiment parce que cette sorte d’adaptation néerlandaise finit par asseoir sa propre identité malgré des poncifs et maints archétypes. L’influence de Sex and the City se veut aussi plutôt palpable, avec une liberté de ton appréciable et inattendue. Effectivement, plusieurs passages paraissent osés et laissent presque pantois. Entre les scènes de sexe, le registre décomplexé et des rebondissements comme celui pour récupérer du sperme, la volonté d’injecter un minimum de piment aux intrigues se fait sentir. Cette approche au final libérée se ressent également avec des révélations sur des relations homosexuelles, par exemple. En fait, Gooische Vrouwen ne se prend pas du tout au sérieux et assume ses faiblesses en jouant beaucoup sur ses clichés. Elle n’apporte rien au genre, ne rend pas plus intelligent et n’éveille pas les consciences, mais les adeptes seront peut-être divertis par cette peinture légèrement au vitriol d’un monde tout de même rudement convenu au premier abord. La réalisation n’a rien de sensationnel et les régulières chansons accentuent ce côté légèrement amateur, sans que ce soit encore une fois rédhibitoire si l’on accepte d’être tolérant. Quoi qu’il en soit, avec les préoccupations très superficielles de ce microcosme égocentrique, les huit épisodes enchaînent les rebondissements et ne lésinent pas en la matière pour toujours surprendre le public. Ce rythme soutenu permet justement de ne pas trop s’ennuyer, mais il empêche de digérer ce qui se passe tant tout défile à vitesse maximum. L’humour omniprésent entrave par ailleurs les tentatives d’impact émotionnel d’autant plus que les personnages peinent à fédérer.

L’écervelée Cheryl Morero (Linda de Mol) et son mari coureur de jupons, le chanteur à la coupe des années 80 Martin Morero (Peter Paul Muller), viennent de déménager dans une banlieue proche de la capitale des Pays-Bas. Les maisons brillent par leur luxe, les pelouses vertes parfaitement taillées étincellent et les habitants veillent à leur réputation comme à leur plus précieux bijou. Forcément, ce couple de nouveaux riches aux goûts parfois douteux inspire du dédain chez un trio d’amies se croyant au-dessus des autres. Willemijn Lodewijkx (Annet Malherbe) est une femme au foyer compensant ses frustrations sexuelles dans la nourriture puisque son époux n’a pas fait l’amour avec elle depuis une longue période. Au lieu de couver ses enfants et de penser à ses tartes, elle devrait surtout s’occuper d’elle et de son mariage qui bat de l’aile. Claire van Kampen (Tjitske Reidinga) représente le stéréotype de la coincée frigide menant sa famille à la baguette et ne tolérant aucun écart de conduite. Sauf qu’arrive toujours un moment où, à force de tout contrôler, la débandade survient. Quant à Anouk Verschuur (Susan Visser), elle travaille à son compte comme peintre artistique et veille à créer toutes les occasions possibles pour goûter les plaisirs charnels de la vie. Même si elles n’ont techniquement rien en commun, ces voisines s’apprécient et se soutiennent mutuellement. Pour l’instant, elles ne se révèlent pas très attachantes et si elles évoluent au fil des épisodes, elles manquent cruellement d’épaisseur. Elles doivent se contenter de clichés et d’une incroyable caricature. La version française n’arrange probablement rien tant certaines voix hérissent les poils par leur aspect hautain. Diverses thématiques sont rapidement explorées à travers la volonté de tomber enceinte, le divorce, l’adultère, l’éducation des enfants, la drogue, l’argent, etc. Les époux ne sont pas en reste, bien qu’ils détiennent actuellement moins de temps d’antenne. Que l’on se rassure, eux aussi sont gratinés et n’en ratent pas une pour voir leur image racornie. Car oui, la saison n’hésite jamais à illustrer les défauts de ses principales figures. Autour d’eux gravitent la curieuse fille au pair d’Anouk, Tippi Wan (Cystine Carreon), et le psychiatre incarné par le fameux Derek de Lint (Poltergeist: The Legacy) se bornant à hocher la tête, abattu à force d’écouter les jérémiades de ces individus.

En définitive, la première année de Gooische Vrouwen s’apparente à un soap opera tout ce qu’il y a de plus banal, à la différence qu’il se déroule aux Pays-Bas. Ses huit épisodes servent surtout d’introduction et présentent donc le quatuor d’héroïnes, avec leurs forces et faiblesses. Le manque flagrant d’originalité, les maints clichés et la caricature permanente ont à juste titre de quoi ennuyer, voire irriter, mais la certaine autodérision et l’absence de sérieux de cette production empêchent pour l’instant de se montrer trop critique. Reste à voir si l’ensemble réussira à s’avérer plus fin et ne se satisfaisant pas de rebondissements cocasses pour alimenter ses intrigues au demeurant simplistes.