Une page se tourne pour Skins avec sa saison deux puisque si la production revient l’année prochaine, la distribution sera presque totalement différente. Voilà une décision surprenante, mais qui n’est, au final, pas si mauvaise que cela. Le season finale a d’ailleurs davantage sonné comme un series finale. Quoi qu’il en soit, ce renouvellement devrait permettre à Skins de repartir sur des bases toutes fraîches tout en continuant de suivre le quotidien de jeunes Anglais. Vraisemblablement, l’accent sera sur Effy, la petite sœur de Tony, et plusieurs de ses camarades. Tout d’abord, discutons de la seconde saison, composée de dix épisodes diffusés entre février et avril 2008 sur E4. Attention, nombreux spoilers en vue !

Avant toute chose, à l’instar de l’année antérieure, la plupart des épisodes sont dédiés à un ou plusieurs personnages en particulier. Tout le groupe y passe, excepté Anwar sur qui la saison ne se focalise pas vraiment si ce n’est lors du dernier chapitre. Par ailleurs, un protagoniste, Sketch, a le droit aux honneurs même si elle ne fait pas franchement partie du gang. Ce système de narration a déjà fait ses preuves précédemment, et s’il est frustrant par moments, ce n’est pas ici si dérangeant que cela.

La première saison se terminait sur un cliffhanger assez angoissant. Tony, après avoir été renversé par un bus, allait-il survivre ? Allait-il se transformer enfin en individu sympathique ? La réponse est oui pour les deux questions. Il reste en vie, il a un traumatisme crânien et continue de changer comme cela avait été amorcé jadis. Personnellement, je ne l’ai jamais foncièrement détesté, mais il avait du chemin à parcourir avant de se révéler agréable. Contre toute attente, alors qu’il est brisé, il devient très attachant durant ces nouveaux épisodes. Ses différentes interactions, avec notamment Effy et Sid, sont bien mises en valeur et souvent touchantes. La scène de séparation avec son meilleur ami est poignante et montre qu’ils sont tout simplement indissociables. Bon, par contre il se rétablit beaucoup trop vite de son traumatisme crânien, ce qui n’est pas très réaliste. Ceci dit, il était évident que les scénaristes ne pouvaient pas faire stagner l’état de Tony, au risque de plomber la série.

Skins avait jusqu’à présent la réputation d’être provocante. Étonnamment, la saison deux est bien plus posée que la précédente et si l’aspect outrancier pouvait plaire, constater que la fiction calme ses ardeurs s’avère agréable. Les adolescents gagnent immédiatement en réalisme, car les fêtes sont mises en arrière-plan – on ne les voit presque plus, d’ailleurs – pour réellement axer l’écriture sur la psychologie des héros. C’est pourquoi il est de plus en plus difficile de ne pas s’attacher à ses personnages tourmentés, à leurs forces et faiblesses, à leur petite vie et au fait qu’ils tentent de se construire un futur pas trop médiocre en dépit parfois de chaînes sacrément accrochées à leurs chevilles. Si la tendresse, la mélancolie sous-jacente et les angoisses esquissées avec finesse et pudeur sont de nouveau présentes au cours de cette saison, la qualité n’est malheureusement pas aussi homogène en raison d’un surplus de rebondissements maladroits. Par exemple, dans l’épisode dédié à Chris, il quitte l’école, se trouve une maison puis une autre, sort avec Jal qui tombe enceinte, obtient un boulot et fait de l’excellent travail, se fait virer et part rebelote en chercher un. C’est beaucoup trop ! Qui plus est, certains protagonistes sont sous-exploités comme, encore une fois, Jal, alors qu’elle dispose d’un potentiel fou. Sinon, Cassie en perdant son innocence et son côté décalé – wow – devient plus fade et moins savoureuse ; elle est à peine reconnaissable, en fait. Dire qu’il s’agissait d’un de mes personnages préférés en saison une. En dépit de ses lacunes, l’ensemble parvient à garder la tête haute dans sa globalité. Ainsi, la mort de Chris est très bien traitée et ne résonne pas comme un élément volontairement tragique. En prime, si l’on fait allusion à sa disparition, il est impossible de ne pas citer la scène du vol de cercueil par Tony et Sid et la course-poursuite dans leur mini rouge, à toute allure, avec en musique Ooops I did it again de Britney Spears ! Il s’agit d’un moment grandiose et hilarant malgré la tristesse qu’il induit. Ce passage symbolise parfaitement Skins, son identité britannique et son juste-milieu entre douleur, humour et douceur. Puisque l’on évoque la bande-son, la saison deux s’apparente à un véritable vivier de chouettes chansons. Mention spéciale à des groupes tels qu’Aqualung, The Kills, Sigur Rós – que l’on entend plusieurs fois – et à notre français Yann Tiersen. Dans le détail, sinon, quelques épisodes se révèlent meilleurs, comme le 2×03, Sid, ou encore le 2×07, Effy. Le 2×06 dédié à Tony est très bizarre et laisse dubitatif pour son aspect quasi surréaliste, voire contemplatif. Diverses explications – quant à la présence de la fille, par exemple – peuvent être trouvées et aucune ne semble vraiment sortir du lot. L’épisode n’est pas mauvais, plutôt déroutant.

Pour conclure, cette saison deux est sensiblement inférieure à celle qu’elle suit compte tenu d’une trop importante hétérogénéité au sein de ses intrigues. Cependant, que l’on ne se trompe pas, le constat est plus que positif et les Anglais ont encore une fois su user les bons mots et situations pour réaliser un tout solide, sincère et toujours aussi juste. Cette saison sonne comme une dernière puisque les personnages nous quittent tous. Chacun vogue vers sa nouvelle vie et c’est avec grand bonheur qu’on a eu la possibilité de les accompagner sur un chemin teinté d’une poésie souvent lancinante où les déchirements côtoient les fous rires. La séparation est difficile, c’est qu’ils nous manqueront cruellement. Ne nions pas que ce sera probablement assez frustrant de regarder une mouture inédite, tout du moins, au début. Ceci étant dit, le fait que la saison trois soit axée sur Effy me remplit de joie tant j’aime le personnage. Allons, soyons optimistes !