Continuons dans les bilans de séries qui viennent de terminer leur parcours, et place aujourd’hui à Grey’s Anatomy. La précédente était plus que moyenne et pouvait laisser croire que la malédiction de la troisième année touchant moult fictions est bel et bien véridique. Ou alors, d’une manière plus cartésienne, peut-être que Meredith et ses collègues sont devenus inintéressants… Cette saison, la quatrième du nom, répond plutôt correctement à cette interrogation. Uniquement composée de dix-sept épisodes en raison de la grève des scénaristes, elle fut diffusée sur ABC entre septembre 2007 et mai 2008. Attention, spoilers en vue.

Deux départs ponctuent ces aventures médicales inédites : celui d’Addison qui vogue vers la Californie et son Private Practice, et celui de Burke qui est poussé sans ménagement vers la sortie. Pour pallier ces disparitions, il convient de les remplacer en bonne et due forme et c’est ainsi que deux personnages viennent renforcer la distribution d’origine. Le premier d’entre eux porte les traits de la demi-sœur de Meredith, Lexie Grey, et le second n’est autre que la chirurgienne Hahn que l’on avait déjà remarquée précédemment. En vérité, Lexie n’est pas une totale inconnue puisqu’elle avait été auparavant très mal introduite en laissant suggérer qu’elle serait le nouvel intérêt amoureux de Derek. Fort heureusement, cette approche scénaristique est totalement mise de côté et n’est même pas une seule seconde envisagée au cours de cette saison. Il s’agit là d’un excellent point ne dénotant pas face aux autres qualités en lien avec cette jeune femme pétillante. Effectivement, cette figure quelque peu sortie de nulle part est une bonne idée. Fraîche, mignonne, très agréable et se voulant légèrement névrosée, elle n’en devient que plus attachante. La voir s’échiner à se faire une place provoque une sincère sympathie, surtout lorsque l’on découvre comment la traitent Meredith et Cristina. Elle est naturelle et, par conséquent, elle ne nous irrite pas non plus. Ah, quel changement plaisant par rapport à sa grande sœur ! Venons-en justement à elle. Peu l’apprécient et, pour ne rien cacher, je me trouve dans cette catégorie. Au final, je suis persuadée que ma réaction frileuse à son encontre est essentiellement due à son interprète, Ellen Pompeo. Ne nous montrons pas trop médisant tout de même puisque durant ces épisodes, Meredith se prend enfin en main et tente de cheminer pour avancer dans une voie plus adulte et posée. Par exemple, elle rencontre une psychologue campée par Amy Madigan (Carnivàle) et réussit à vaincre ses démons. Il ne reste plus qu’à espérer que la saison cinq continue dans cette direction et ne la fasse pas retomber dans les pires travers de ce médecin souvent sur la corde raide.

Tous les internes deviennent donc résidents cette année, excepté George qui a raté son examen. Du côté des promus, il y a du bon et, malheureusement, du moins enthousiasmant. Le personnage le plus travaillé est celui de Cristina qui, sous sa carapace d’acier, cache qu’elle vit assez mal le départ de Burke et la mise à l’écart perpétuelle de Hahn. Elle en vient même à chanter du Madonna dans une morgue ! Quant aux autres, le résultat est loin d’être satisfaisant. Les scénaristes se souviennent seulement d’Alex à la fin de l’année et nous ramènent encore Ava (…), mais cette intrigue se révèle traitée correctement pour ne pas trop sombrer dans le pathos. Par contre, Izzie s’apparente à un point mort et n’apporte plus rien aux histoires, à l’exception peut-être qu’elle semble représenter le nouvel ingrédient comique. Quid des autres protagonistes de la vaste galerie ? Ils tentent de se partager les miettes. La situation compliquée entre George et Callie est vite balayée pour notre plus grand bonheur, tout comme celle entre George toujours et Izzie. Ouf. En effet, leur couple préfabriqué ne dégage absolument rien et laisse rapidement le public plus que perplexe qui se doute qu’il ne s’installera jamais dans le paysage. Sinon, il est malheureux que Miranda ait si peu de temps d’antenne, car lorsqu’elle en a, elle transcende à chaque fois n’importe quelle scène. Le scénario ne lui offre en plus pas beaucoup d’éléments joyeux bien qu’ils soient extrêmement crédibles et poignants. Il ne faut pas non plus oublier les moments entre Derek et Sloane qui, outre une réelle alchimie, sont très sympathiques et marrants tant les deux sont redevenus amis. À part ça, une relation inédite se tisse entre Callie et Hahn ; j’ai cru voir que beaucoup n’aimaient pas trop, ce n’est pas du tout mon cas. Ça vient tout doucement pour s’installer dans le season finale. Cette dynamique ne va pas forcément durer, mais elle injecte des situations agréables – surtout quand Sloane s’en mêle. Les personnages ont toujours été le point fort de Grey’s Anatomy, ce qui fait que l’on s’attend à ce qui se passe entre eux ou individuellement s’avère un minimum correct. Rassurons-nous, la mission est réussie, bien plus que lors de la troisième année qui donnait beaucoup trop dans le mélodrame poussif. Enfin, concernant les affaires médicales, il y en a de très solides comme celle du raciste interprété par Gale Harold (Vanished), celle du double épisode où des secouristes sont coincés dans leur ambulance, ceux avec les tumeurs cérébrales, etc. Bref, le résultat se veut globalement sympathique, et la fiction prouve qu’elle sait encore de quelle manière attendrir le téléspectateur. Pour l’anecdote, quelques acteurs sympathiques passent le bonjour comme Seth Green (Buffy The Vampire Slayer), Benny Ciaramello (Friday Night Lights) et Clea DuVall (Carnivàle).

En définitive, il s’agit là d’une saison quatre nettement supérieure à la précédente, mais bien moins enthousiasmante que les deux premières. Longtemps craint, le départ d’Addison est géré efficacement ; elle ne manque pas vraiment, en réalité, même si la retrouver lors d’un épisode fait plaisir. Néanmoins, il est possible que les ficelles de la série deviennent plus visibles, ce qui rend le tout plus routinier et sans véritable effet de surprise. Quoi qu’il en soit, les aventures médicales sont dans l’ensemble plaisantes et mettent de bonne humeur, ce qui est somme toute déjà pas mal, bien qu’il paraisse nécessaire de ne pas en attendre beaucoup plus. Pour résumer, sans être forcément passionnante de bout en bout, cette quatrième année de Grey’s Anatomy délivre un divertissement correct.