Il y a de ces séries que l’on n’a pas prévu de regarder, dont on n’a peut-être jamais entendu parler, mais quand elles pointent le bout de leur nez en France, on se dit que l’on va les essayer. La tentation est d’autant plus grande lorsqu’elles s’avèrent très courtes et choient un registre sympathique. C’est ainsi que j’ai visionné il y a plusieurs mois de ça la production étasunienne Glory Days, connue dans nos vertes contrées en tant que L’île étrange. Chez nous, elle fut récemment diffusée sur NRJ 12, et initialement aux États-Unis sur feue The WB entre janvier et mars 2002. Du fait d’audiences très décevantes, la chaîne a décidé de ne pas poursuivre l’aventure et n’a même pas proposé tous les épisodes tournés en amont ; il semblerait effectivement qu’outre les neufs disponibles, quatre autres existent, mais demeureront certainement inédits pour le public. À noter qu’il s’agit là d’une création de Kevin Williamson à qui l’on doit déjà Dawson’s Creek et les scénarios des films Scream. Aucun spoiler.

Quatre ans se sont écoulés depuis que Mike Dolan a quitté Glory, l’île de sa jeunesse. Il a fui cette région après le meurtre de son père, car il ne supportait plus d’y vivre. Suite à une curieuse lettre anonyme lui étant destinée, il choisit de retourner sur ses pas et de retrouver son passé. Sauf que les habitants, eux, n’ont aucune envie de le revoir. Pour cela, Mike ne peut que blâmer son livre s’inspirant de la tragédie ayant frappé sa famille et croquant les autochtones d’une manière peu flatteuse. Entre son ancien ami de lycée dépeint en homosexuel refoulé et la serveuse et maîtresse de son père qu’il décrit comme étant la coupable dudit crime, il paraît évident qu’il n’y est pas allé de main morte. À peine a-t-il mis les pieds sur l’île que les évènements mystérieux se multiplient. Il ne lui en faut pas plus pour se transformer en détective et entraîner dans ses aventures une légiste et le shérif.

Sur le papier, Glory Days donne à première vue l’impression d’encourager le drame. La réalité est tout autre. En fait, cette série ne possède pas de ton prédéfini et il s’agit d’ailleurs là d’un de ses principaux défauts. Tantôt elle souhaite se montrer émotionnellement difficile avec un meurtre catalysant moult complications familiales et personnelles, sauf que quelques secondes plus tard, elle se fourvoie dans des velléités d’humour assez ridicules et peu drôles. L’ambiance cherche également à favoriser un aspect plus fantastique à travers des affaires aux effluves fort étranges, or la sauce ne prend jamais tant rien ne fait peur ou ne pique la curiosité. Les épisodes sont indépendants et reposent mécaniquement sur un même canevas. Mike se voit confronté à un cas n’ayant pas de réponse préétablie, décide d’enquêter à sa manière, se fait rouspéter par les insulaires et ses proches, embarque dans ses investigations deux amis non volontaires, se blesse et finit par avoir toujours raison. Cette écriture très redondante use surtout que les scénarios n’ont rien de trépidant ou d’inventif. Ceux espérant des relents surnaturels seront déçus, car l’explication se révèle à chaque fois rationnelle malgré de supposés vampires et des clowns tueurs ; le but semble être de montrer que les apparences sont souvent trompeuses. Le registre policier demeure clairement superficiel et la série essaye peut-être de favoriser une stratégie plus intimiste, sans que ce soit pour autant probant à l’écran.

À l’origine, Mike (Eddie Cahill – CSI: NY) est un journaliste. Son arrivée sur Glory ne plaît à personne à l’exception de sa petite sœur jouée par Emily Van Camp (Everwood), ravie de retrouver son paria de frère. Le protagoniste sûr de lui n’a pas grand-chose d’attachant et les épisodes ne le creusent pas suffisamment, bien qu’il soit mieux loti que ses comparses. En effet, si ce n’est son ancien meilleur ami devenu shérif, le peu dégourdi Rudy (Jay R. Ferguson), il est le seul à bénéficier d’un minimum d’exploration. Les autres personnages ne servent que de faire-valoir. Même la médecin légiste campée par Poppy Montgomery (Without a Trace) doit se contenter de la place de la future dulcinée du héros. La série injecte effectivement quelques moments plus romantiques, mais voir chaque semaine le supposé couple faire un pas en avant pour deux en arrière finit par rapidement agacer. Qui plus est, l’alchimie entre les deux acteurs manque un peu à l’appel. Avec ce type de fiction, ce qui plaît parfois le plus est de retrouver dans des rôles tertiaires des visages désormais connus. Notons par exemple la présence d’Adam Scott, Tahmoh Penikett, Julie Benz, Teryl Rothery, Noel Fisher, Meghan Ory, Justin Chatwin…

Au final, il n’est guère étonnant que Glory Days n’ait pas réussi à trouver son public au cours de sa diffusion à la télévision. Peu inventive, fade et répétant à l’usure un schéma redondant où un trio enquête sur des cas normalement mystérieux, elle souffre de son absence de véritable d’enjeu et de son aspect patchwork. À croire que les producteurs ne savaient pas quelle approche choisir et ont ainsi décidé de multiplier les genres, quitte à s’amputer d’une réelle identité. Les épisodes indépendants les uns des autres s’avèrent alors peu heureux avec ce mélange pour le coup étrange entre drames, affaires policières, romance, moments plus adolescents et un soupçon de fantastique. Rien n’est fait pour donner envie de se jeter sur la suite tant tout s’y ressemble et laisse indifférent, sans non plus se révéler hautement médiocre. Au moins à ce niveau, l’homogénéité est de mise. L’unique élément que je garderai en mémoire est la chouette chanson du générique, Excess du génial Tricky.
Bonus : le générique français en vidéo