S’il y a bien une série pour adolescents qui a plu aux critiques au début des années 2000, il s’agit de Freaks and Geeks. Mais comme souvent dans ce cas-là, la série n’a pas intéressé en masse les téléspectateurs durant la saison 1999-2000. Ce qui fait qu’au bout de douze épisodes elle était déjà annulée. Pourtant, Freaks and Geeks a marqué les esprits. Grâce aux fans, trois autres épisodes ont pu être diffusés sur NBC, puis trois autres encore mais eux il fallut attendre un an avoir de les voir sur une chaîne du câble. Au total, la série comptabilise donc dix-huit épisodes de 42 minutes environ. Si l’on parle de la série, on se sent obligé de dire un long mot sur le casting. Du côté des personnages principaux on retrouve ainsi Linda Cardellini (Urgences), James Franco (connu au cinéma, grâce à la trilogie Spiderman par exemple), Busy Phillips (Urgences), Jason Segel (How I Met Your Mother), Seth Rogen, John Francis Daley (Kitchen Confidential et qui a apparemment rejoint le cast de Bones en 2007). Il reste après les personnages secondaires et les guest stars tels Ben Foster (Six Feet Under), Jason Schwartzman (aussi membre du groupe Phantom Planet), Sarah Hagan (Buffy the Vampire Slayer), Shia LaBeouf, Matt Czuchry (Gilmore Girls), Claudia Christian (Babylon 5), Ben Stiller, Thomas F. Wilson (Biff Tannen dans Retour vers le Futur). Bref, ça en fait du monde. Apparemment, la série a été diffusée en France sur Série Club et Fun TV. Aucun spoiler.

Freaks and Geeks n’est pas forcément un titre aisé à traduire en français (oui parce que j’ai vu la série en VF, à mon grand malheur). Les freaks sont traités de tocquarts, de fous, de tarés et les geeks de têtards, d’intellos. Pas génial donc. Mais il est assez difficile de trouver le terme regroupant toutes les subtilités de ce que cela laisse entendre. Par ailleurs, le mot geek est plus ou moins rentré dans le langage courant à l’heure actuelle, freak non. Bref, tout ça pour dire que je trouvais dommage (pour moi j’entends, je suis d’accord qu’il faut traduire en français) de perdre ces deux termes et de les voir remplacés parfois par des trucs atroces. Les mots seront conservés dans la suite de l’article.

La série se focalise sur une adolescente de 16 ans, Lindsay Weir, qui décide un jour de voir un peu plus loin que le bout de son nez de geek. Pour cela, quoi de mieux que de se mettre à trainer avec les freaks ? Au diable les concours de maths et bonjour la veste en treillis de son père. Son petit frère, Sam, va aussi dans le même collège qu’elle et est ami avec deux geeks, Bill et Neal. Freaks and Geeks narre donc la vie de ces deux petits groupes qui tentent de coexister et se faire une place dans le monde terrible du collège / lycée. A noter que si la série date de 1999, l’histoire se déroule en 1980.
La musique est très présente dans la série. Heureusement (pour mes oreilles en tout cas), c’est le rock et toutes ses variantes qui priment mais on a le droit à quelques séances de disco. A ce propos, dans un épisode un personnage se demande s’il n’est pas gay et se met à se passer du rock puis du disco, histoire de voir s’il déteste vraiment le dernier ce qui signifierait alors qu’il est peut-être gay. Ce passage joue avec les clichés et est très drôle.
Qui dit années 1980, dit forcément absence du CD et on retrouve les vinyles, l’apparition de la console vidéo, les coupes de cheveux affreuses (même si dans la série c’est très très soft), les vêtements kitschissimes (là encore ça va, sauf si on se dirige vers les fans de disco !)ou encore le début de Star Wars. Les geeks sont tout à fait dans leur monde avec Donjons et Dragons ou les conventions de SF. D’ailleurs, un des personnages se déguise en Four (ou Five, j’ai un doute) de Doctor Who. A vrai dire, la série propose un retour en arrière très réaliste sans pour autant jouer la carte nostalgie ou tenter de mettre beaucoup trop de références qui barberaient le téléspectateur. A la place on a un juste milieu parfait. Le fait que Freaks and Geeks traite les deux versants de deux groupes d’ados aide aussi, on va dans les deux côtés et ils se rejoignent très souvent. Cela permet ainsi une certaine diversité.

Freaks and Geeks est très réaliste donc par le décor mais aussi par la façon de traiter les histoires. Les personnages sont des adolescents lambdas. Aucun n’est vraiment très beau (enfin… James Franco est quand même plutôt à mon goût :D), il y a des gros, des très moches, de tout à fait « normaux ». Les personnages sont semblables à n’importe quels élèves de n’importe quel collège. Cela paraît trivial mais c’est quelque chose qui est assez rare en fait. L’identification se fait du coup plus facilement. La série traite des geeks et des freaks, deux groupes qui sont souvent mis de côté et qui ont plus de points communs qu’on ne pourrait le croire. Les épisodes sont intéressants dans le sens où ils n’évoluent pas chacun de leur côté mais se parlent souvent et interagissent. Et évidemment lorsqu’on apprend à se connaître, les préjugés tombent comme des mouches.
Les situations sont elles aussi réalistes. Pas de trucs dingues, juste des évènements qui sont arrivés à des millions et millions de personnes. Les geeks pensent souvent que les freaks sont cools, insouciants et tranquilles mais c’est évidemment faux. Certains s’inquiètent de leur avenir qui s’annonce sombre et ne savent pas comment s’en sortir (Daniel et Kim par exemple). Les doutes et hésitations des ados sont très bien mise en scène et souvent plus que touchants.
Si les personnages principaux sont les enfants, les parents ne sont pas en reste. La série se concentre surtout sur les parents de Lindsay et Sam qui sont de dignes représentants de l’époque.

Dix-huit épisodes très sympathiques composent Freaks and Geeks. Pour être tout à fait honnête, en la regardant je m’attendais à quelque chose de plus (quoi je ne sais pas trop) mais elle sonne juste. Et c’est déjà pas mal du tout. Les personnages sont attachants au possible et on se sent concernés par leurs problèmes. Parce que les acteurs sont bons mais aussi parce que l’écriture est réussie et les dialogues crédibles. La série a gagné un Emmy et c’est certainement mérité. J’avoue avoir un faible pour Daniel, Kim et Bill pour des raisons totalement différentes. Je pense avoir vu pas mal de teens shows et à mon avis Freaks and Geeks est de loin un des plus réalistes du genre. Bref, voilà une série brillante, à l’ambiance unique grâce à ce mélange subtil entre l’humour et le drame et avec énormément de potentiel qui malheureusement ne sera jamais exploité.