Hum, de quelle manière vais-je bien pouvoir aborder le sujet du jour sans griller totalement ma supposée crédibilité de sériephile en herbe ? Je crois qu’il n’existe aucune solution à ce problème et j’ose prendre le risque de me frotter aux ricanements et autres quolibets. Avant de poursuivre votre lecture, je vous conseille et vous supplie de ranger vos préjugés au placard. C’est bon ? Êtes-vous prêts à pénétrer dans un univers souvent raillé ? Fin 2008, alors que j’errais l’âme en peine chez mes fournisseurs de séries asiatiques, je suis tombée sur le synopsis d’une fiction japonaise qui me semblait plutôt intéressante et assez inédite dans le paysage télévisuel nippon banalisé. Effectivement, des affaires surnaturelles, des méchants à combattre et des arts martiaux étaient vendus sur le papier. Il n’en a pas fallu davantage pour me donner l’eau à la bouche. Sauf que, eh bien, il y a eu un hic. La production en question sort du registre habituel et ne se situe pas dans la catégorie des j-dramas classiques visibles dans le petit écran. Pas du tout. Après avoir visionné le générique, je me suis demandé ce que j’avais en face de moi. Avec mes œillères, ma première réaction fut au secours, je regarde Power Rangers nouvelle génération ! Non, ce n’est pas le cas puisque le titre de cette série créée par Amemiya Keita n’est autre que GARO, également connue sous les intitulés Kiba Ôkami GARO et Ôgon Kishi GARO. Diffusée entre octobre 2005 et mars 2006 sur TV Tokyo, elle comporte vingt-cinq épisodes d’une vingtaine de minutes et une aventure spéciale est passée en décembre 2006 ; celle-ci sera discutée plus tardivement sur ce blog. Aucun spoiler.

Avec une armure lui offrant des capacités surhumaines, Saejima Kôga pourchasse des créatures démoniaques nommées les Horrors. Un soir, alors qu’il tente de protéger le peuple des attaques meurtrières de ces êtres maléfiques, il sauve justement l’ingénue Mitsuki Kaoru, une jeune peintre. Toutefois, celle-ci ne s’en sort pas tout à fait indemne et voit son futur condamné. Pour une raison qu’il ne se l’explique pas, Kôga choisit de batailler et tout mettre en œuvre pour définitivement délivrer cette artiste d’une mort douloureuse.

GARO est ce que l’on appelle un tokusatsu. N’étant pas du tout familière du genre, je vais tâcher d’expliciter ce terme sans trop accumuler les bêtises. D’ailleurs, s’il y a des connaisseurs dans la salle, qu’ils n’hésitent pas à me corriger ou préciser si besoin est. Littéralement, tokusatsu est la contraction de tokushu satsuei, à savoir les effets spéciaux. Tout simplement, les productions se rangeant dans cette catégorie usent plus que d’habitude de ceux-ci, quitte à se montrer parfois ridicules tant les moyens budgétaires sont anémiques. Les styles peuvent être totalement différents les uns des autres, mais dans la mémoire collective, ce sont les franchises comme Kamen Rider ou les Super Sentai qui trustent les hautes marches du podium. En France, Chôdenshi Bioman ou encore Uchû Keiji Gyaban (X-Or) sont probablement les plus illustres. GARO a comme particularité de se détacher sensiblement du carcan très codifié de ces tokusatsu, ne serait-ce que parce qu’il s’adresse pour une fois à un public beaucoup plus adulte. Comme écrit précédemment, avant de me lancer dans cette fiction, je n’avais aucune idée de où je mettais les pieds et pensais me trouver face à une œuvre relativement basique. Pour être honnête, lorsque j’ai compris que les armures, machines mécanisées et tout ce qui s’y rapporte étaient de la partie, j’ai failli éteindre ma télévision. Sûrement en raison de mon incapacité à arrêter quelque chose, j’ai persévéré, en croisant les doigts pour ne pas sortir de là trop ennuyée ou blasée. Plus jeune, je n’ai jamais regardé les séries de ce genre qui passaient sur TF1. Je suis bien sûr tombée de temps en temps sur un quelconque Power Rangers et il paraît que, petite, j’aimais bien Bioman. Pour autant, je n’en garde aucun souvenir si ce n’est cet aspect extrêmement kitsch et assez ridicule. Ne le nions pas, GARO n’y échappe pas.

La production a beau souhaiter offrir une dimension plus mature et sombre, privilégiant de la sorte une audience assez âgée, elle reste assez consensuelle et, surtout, souffre de sa forme peu enthousiasmante. Déjà, l’armure du héros provoque surtout des rires nerveux en raison de son caractère totalement ostentatoire. Au bout du compte, elle symbolise peut-être à merveille l’emphase grandiloquente de ces combattants des forces démoniaques qui n’en ratent jamais une pour prendre la pose, avec la cape virevoltant dans le vent. Cet habitacle est totalement doré et dispose de légers reflets disséminés de-ci de-là pour accentuer la brillance phénoménale. Sur certains points elle rappelle l’armure divine de Pégase de Seintô Seiya (Saint Seiya, Les Chevaliers du Zodiaque). Quant au masque représentant des crocs de loup, il laisse quelque peu circonspect. Quoi qu’il en soit, Kôga n’est pas le seul à arborer un costume métallique puisque d’autres de ses compères en sont également dotés, bien qu’ils se veuillent moins clinquants. Le héros doit donc lutter contre les Horrors qui, elles, sont assez correctement réalisés d’un point de vue esthétique. Certes, les lacunes inhérentes aux finances désastreuses sont perpétuelles et les effets spéciaux en question ont de quoi brûler la rétine, mais cela aurait pu se révéler pire. Contre toute attente, cet aspect artisanal délivre presque à la série un charme amusant. Qui plus est, la production prouve sa créativité en multipliant les apparences physiques de ces antagonistes, à défaut de pousser réellement l’hémoglobine ou d’oser se montrer subversive. Malheureusement, les tonalités violentes et sexuelles sont uniquement présentes en filigrane et les épisodes restent bien lisses malgré quelques vaines tentatives. Si la structure narrative est vite redondante avec un cas par affaire, un fil rouge finit par prendre le dessus et permet à l’ensemble de s’avérer bien plus divertissant.

Orphelin très jeune et condamné à sauver la planète des Horrors, Saejima Kôga semble porter le poids du monde sur ses épaules. Et pour cause, ces viles créatures pullulent, choisissent pour réceptacles les humains pétris de vices. Très peu affable, totalement asocial et arborant un visage amimique toute la journée, Kôga ne déroge jamais à ses missions et mène une existence linéaire. La personnalité de cet homme est l’un des points faibles de GARO tant il se veut moyennement attachant. Il arrive peu à peu à se dérider, mais il part de tellement loin que la route s’annonce longue, voire interminable, avant d’obtenir une réaction enjouée de sa part. L’interprétation rigide de Konishi Ryôsei n’aide pas et il devient alors compliqué de comprendre ce qui motive ce héros. Dans chaque épisode, il traque un monstre, lui tourne autour, donne quelques coups de savate, appelle son armure dans laquelle il ne peut rester que dans un court laps de temps, et remballe la marchandise. Tout y est mécanique, mais les chouettes musiques exaltantes composées par l’unité BUDDY ZOO et, notamment par Sawano Hiroyuki, contrebalancent les lacunes inhérentes à ces productions extrêmement balisées. La rencontre de Kôga avec Kaoru (Hijii Mika) lui permet de se nuancer un minimum et délivre quelques jolis moments. Ce qu’il y a d’assez amusant, c’est que la jeune femme en question est son opposé le plus total. Naïve, un tantinet idiote et trop innocente pour être réaliste, elle fait figure du boute-en-train de service n’hésitant jamais à se lancer dans la gueule du loup et s’apparentant à la fille en détresse qu’il convient de sauver. À ce propos, elle ne sort pas toujours du rôle dans lequel elle a été sagement rangée, ce qui est un peu dommage. Le couple phare n’est par conséquent pas le maillon fort et ce sont plus les personnages leur gravitant autour qui se montrent attachants et intéressants.

Kôga est le représentant le plus important des chevaliers Makai (Makai Kishi en japonais), ces humains surentraînés pourchassant les Horrors. Il est loin d’être le seul à se battre et les épisodes en illustrent quelques-uns, dont le sympathique Suzumura ‘Zero’ Rei (Fujita Ray). À l’inverse de son comparse qu’il aime moquer, il est assez exubérant et piquant. Leur relation est pimentée et source d’amusants conflits. GARO s’attarde plus ou moins longuement sur ces guerriers, leurs sacrifices depuis leur plus jeune enfance, et dépeint l’envers du décor. Si l’on exclut les dialogues peu inspirés, les batailles sont chorégraphiées assez efficacement et la montée en puissance délivre vers la fin un souffle presque épique du plus bel effet. La production ne se contente pas toujours de son schéma habituel d’un monstre à annihiler et, outre le sauvetage de Kaoru, dresse, de façon assez forcée et conventionnelle, les désirs d’un individu surpuissant avide de pouvoir qu’il convient d’abattre. En bref, tout y sonne déjà-vu et l’interprétation en pâtit, ce qui n’empêche pas la série de se vouloir globalement agréable, car son univers est plutôt riche et en mesure d’apporter des développements alléchants. En sus de ces combattants, il existe également des prêtres aux habiletés différentes, mais tout autant commodes. À noter que les chevaliers possèdent tous un bijou parlant, un madôgu, à l’allure gothique. Par exemple, Kôga porte Zaruba (Kageyama Hironobu), une bague à l’humour caustique n’hésitant jamais à critiquer son fidèle compagnon et le pousser dans ses retranchements, détendant dès lors l’atmosphère qui est tout de même assez lourde, voire pesante par moments. Le majordome de Kôga, Gonza (Hotaru Yukijirô), est lui aussi un élément plaisant et mérite certainement un peu plus de temps d’antenne.

Pour terminer, en dépit d’écueils susceptibles de faire fuir beaucoup de téléspectateurs, GARO fut à mon sens une chouette découverte. Comme je m’attendais à regarder une série proche de l’ignominie, la surprise fut plutôt savoureuse et m’a de nouveau démontré qu’il convient parfois de ranger ses a priori au placard. Avec cette histoire de chevaliers combattant des êtres démoniaques très manichéens, les épisodes ont de quoi devenir rébarbatifs, car le canevas repose sur une structure analogue. Or, le charme de quelques figures n’hésitant pas à se la raconter, l’humour latent, l’ambition annoncée et le fil rouge mythologique s’installant au fur et à mesure représentent les principaux avantages de cette fiction au rythme assez enlevé. Bien sûr, la réalisation n’est pas dénuée de lacunes et le manque de budget se ressent perpétuellement, mais à condition d’accepter tous ces défauts et de se montrer indulgent, le visionnage ne se révèle pas déplaisant et finit par amuser, voire par impliquer tant la conclusion parvient à s’offrir une dimension héroïque incontestable. C’est pourquoi j’en viens même à me dire que je testerais bien un autre tokusatsu et, pour cela, j’imagine que Kamen Rider aura d’abord ma préférence ; il ne me reste plus qu’à trouver de quelle façon pénétrer dans cette franchise.
Bonus : une vidéo illustrant plutôt bien l’ambiance de GARO ; elle dévoile peut-être légèrement l’intrigue, mais il n’y a rien de trop méchant. Sinon, celle-ci met en avant le côté très clinquant des armures. (:D)