Avant de tout oublier, il serait grand temps de parler de la saison trois de Dexter. Celle-ci fut diffusée sur Showtime entre septembre et décembre 2008 et comporte douze épisodes d’une cinquantaine de minutes. Après le tueur au camion frigorifique et le boucher de Bay Harbor, on pouvait se demander ce qu’allaient nous inventer les scénaristes. Et surtout, est-ce que la série allait être encore capable de tenir le rythme du côté de la qualité ? Car il est clair que les deux premières saisons figurent tout en haut du panier des séries télévisées. Le souci c’est que dans ce genre de situation, la moindre petite faiblesse ne peut plus être pardonnée. Quand le niveau est excellent, il est presque naturel de s’attendre à ce que ce soit ainsi ad vitam æternam ! Aucun spoiler.

Je ne cache pas aimer énormément Dexter – la série mais aussi le personnage. J’apprécie souvent les fictions réussissant à rendre sympathique un personnage qui, en réalité, est loin d’être le voisin idéal. Ce n’est pas tant que Dexter soit un méchant au sens strict du terme mais, disons que découper les gens n’est pas le passe-temps que l’on espère favori de notre entourage proche. Bref, du coup, je trouve la série extrêmement attachante et à chaque début de saison, je suis bien contente de retourner dans ce Miami souvent étouffant. Malheureusement, cette salve d’épisodes démarre alors que beaucoup se sont déjà endormis. Il est vrai que les deux premières ne lancent pas non plus la machine de prime abord, si ce n’est qu’elles donnent moins l’impression de faire du surplace et de s’apparenter à une exposition mécanique. Bien sûr, il faut le temps de tout mettre en place, et l’on réalise souvent après coup que finalement, tout est lié, même les petits éléments a priori anodins. Il n’empêche que l’ennui est bel et bien présent durant certains épisodes, ce qui n’était jamais arrivé jusque-là. Le début de saison n’est pas foncièrement mauvais, il manque seulement d’énergie et d’intensité, deux caractéristiques indispensables au bon fonctionnement de Dexter. Pourquoi cette baisse de régime ? En réalité, le problème ne vient probablement pas de cette transformation de Dexter, du moins je ne crois pas. Effectivement, notre tueur en série préféré tente de nouvelles choses dans cette saison, lui qui se sent libre depuis le décès de Doakes. On le voit beaucoup moins tuer, il se fait un ami, un vrai de vrai (si, si, possible) et développe grandement sa vie avec Rita. Le Dexter de la saison une qui ne ressentait strictement rien est très, très loin. D’une certaine manière, c’est préférable car cela veut dire qu’il évolue sans, bien sûr, se transformer en Bisounours du jour au lendemain. Rassurons-nous, il est encore le Dexter capable de découper ceux qui, selon lui, le méritent. De toute façon, il paraît clair que la série ne peut pas se passer du côté sanguinaire de son héros puisqu’elle repose là-dessus. Cependant, à force de l’humaniser, sa caractérisation de psychopathe et son cynisme latent perdent cruellement en force et en crédibilité. Il faudrait que les scénaristes sachent réellement où ils désirent envoyer leur héros.

L’intérêt, le grand, celui donnant vraiment envie de voir l’épisode suivant, arrive plus que tardivement. À vrai dire, j’ai dû attendre les derniers épisodes pour ressentir un minimum d’enthousiasme. Oui, la fin de la saison est chouette, limite jouissive par moments mais cette tension aurait dû se frayer un chemin bien avant. On se doute tout du long de la série de ce qui va se passer, on se fait plus ou moins mener en bateau sur certains points mais une certaine lassitude finit par s’installer, ce qui est dommage. Quoi qu’il en soit, un nouveau personnage prend de l’importance, à savoir Miguel Prado. Incarné par Jimmy Smits, il n’est pas toujours sympathique – c’est peu de le dire – mais il permet de voir Dexter sous un jour inédit, ce qui est une bonne chose. Par ailleurs, l’analyste sanguin se rend ainsi compte de certaines choses en lien avec le fameux code, son père, et de ce qu’il se doit de respecter ou pas. La saison repose en fait quasi exclusivement sur cette relation inédite entre Dexter et Miguel, un homme ayant le bras long et avide de sensations particulières. Le lien se tissant entre eux est ambigu et il est difficile de savoir sur quel pied danser au fur et à mesure que les épisodes avancent. Cependant, si les deux premières saisons étaient pleines de surprises, c’est nettement moins le cas ici. On se doute plus ou moins de ce qui va se dérouler et le principal arc narratif devient ronronnant, voire prévisible. À côté de ça, les autres caractéristiques croquées au sein de ces épisodes sont insipides ou mal menées. En définitive, il est compliqué d’en retirer grand-chose de prépondérant, à part peut-être cette histoire d’euthanasie laissant perplexe Dexter, ce qui est naturellement assez étrange compte tenu de ses loisirs favoris.

Au bout du compte, avec son arc narratif dédié à un procureur ambivalent bien que soporifique, la saison trois de Dexter est nettement inférieure à la précédente. Certes, elle demeure largement au-dessus de ce qui peut se faire à la télévision mais quand on sait ce dont elle est capable, il est difficile de ne pas avoir l’impression de de sentir floué. Son principal écueil se situe dans son manque de rythme car elle met trop de temps à décoller et s’éparpille parfois plus que de raison. De surcroît, certains pans de l’histoire ne sont guère plaisants et sont assez mal mis en scène – toute l’affaire avec Yuki, les scènes de copines entre Laguerta et l’avocate, etc.. Mais, car oui il y un mais, à partir du moment où toutes les intrigues se rejoignent, la saison retrouve de la couleur et de l’intérêt. Le season finale est, par exemple, absolument excellent et empêche d’être trop critique. Pour terminer, mention spéciale à Debra qui, en plus d’être de mieux en mieux interprétée par Jennifer Carpenter, devient plus que sympathique et attachante. La saison quatre s’annonce sous de bons auspices et laisse supposer qu’une confrontation aura lieu entre deux personnages, ce qui n’est pas pour me déplaire. Je tiens à préciser que si je parais assez critique envers cette saison, je la trouve quand même assez bonne, d’où les trois étoiles.