Si vous vous souvenez, lors de la semaine de Noël 2007, Althy m’avait demandé de traiter la première saison de MillenniuM. Sauf que je n’avais pas eu l’opportunité de la regarder dans son intégralité – loin de là même. Par conséquent, l’article spécial fut uniquement dédié au pilote. Mais si je vous en parle aujourd’hui, c’est que j’ai fini par la voir, cette saison. Le moins que l’on puisse dire est que j’aurai pris mon temps vu que je l’ai seulement terminée il y a quelques jours. Il serait logique de penser que si j’ai autant traîné, c’est que l’intérêt ne devait pas être là. On pourrait penser ça, en effet. MillenniuM (avec deux N et n’ayant rien à voir avec la trilogie Millénium de Stieg Larsson) est une série aujourd’hui terminée, composée de trois saisons et totalisant 67 épisodes. Elle fut diffusée sur Fox entre 1996 et 1999. En France, il fallait être un couche-tard pour la regarder puisque France 2 l’a passée au milieu de la nuit. Apparemment, on a aussi pu voir les épisodes (peut-être pas dans la totalité ?) sur TMC, Série Club et Jimmy. Bref, ce qui est sûr c’est que vu les conditions, il valait mieux à l’époque être très motivé pour la visionner. La série a pour papa le créateur de The X-Files, à savoir Chris Carter. Le compositeur de la bande musicale est aussi le même puisque c’est encore une fois Mark Snow aux commandes. On sent vraiment la touche Carter/Snow dans MillenniuM – ne serait-ce donc que du point de vue de la musique, mais aussi dans la manière de filmer et l’ambiance qui se dégage de la série. D’ailleurs, le héros de MillenniuM, Frank Black, vient faire un tour dans un épisode de The X-Files. Le titre s’écrit bien avec deux M en lettres capitales, représentant le nombre mille en écriture romaine. Sa première saison, constituée de 22 épisodes, date d’octobre 1996 à mai 1997. Aucun spoiler.

Frank Black possède un étrange don s’apparentant à des visions floues lui permettant d’obtenir des informations sur des meurtres atroces lorsqu’il se trouve sur une scène criminelle. Il réussit en outre à entrer dans les pensées et prévoir le comportement des tueurs. Cette habileté qu’il considère comme une malédiction le perturbe et le gêne dans sa volonté d’une existence somme toute normale. Il est un jour contacté par le groupe Millennium, une organisation mystérieuse spécialisée dans les crimes énigmatiques, qui pense que l’Apocalypse arrivera en 2000 et sera synonyme de l’apogée du Mal.

Bien que l’Apocalypse soit le fil rouge régnant sur l’ensemble de la saison, les épisodes ne montrent pas vraiment de signes la concernant directement. Toutefois, la seconde partie de la saison commence à amorcer quelques éléments allant dans ce sens. Dans une certaine mesure, cela m’a un petit déçue car j’attendais ce développement de pied ferme. Ce sera peut-être le cas lors de la prochaine saison, espérons-le. Disons que pour le moment, on peut se douter de certaines choses sans que ce ne soit jamais très clair. Cela dit, la série parle surtout de l’Apocalypse des valeurs morales, du combat d’un homme seul contre les forces du mal, et non pas de la chute du monde entier.

Le pilote m’avait laissé une très bonne impression. Effectivement, l’ambiance noire, limite glauque, sans tomber dans du malsain primaire, est tout à fait ma tasse de thé. De plus, l’interprétation est solide et les thèmes abordés intéressants. Cependant, alors que je m’imaginais entrer directement dans le vif du sujet, la saison prend le temps d’exposer ses personnages, ses enjeux et pose une description de l’Homme assez perturbante mais malheureusement on ne peut plus réaliste. Cette approche n’est pas un défaut si ce n’est que j’espérais un fil conducteur plus spécifique, et non pas une succession d’épisodes indépendants. J’entends les fans râler donc je m’explique un peu. Oui, il est vrai qu’il existe un arc mythologique en filigrane, si ce n’est qu’il est loin de s’avérer exceptionnel pour l’instant. Par exemple, aucune information ne transpire sur le groupe Millennium et très peu peu sur ses membres. Je pensais que l’on aurait au moins bénéficié de quelque chose de vraiment concret à se mettre sous la dent. Il suffit probablement d’attendre encore un petit peu. C’est sûrement pour cela que j’ai mis autant de temps à finir la saison, parce que j’étais un peu ennuyée par l’aspect au final schématique où un épisode s’attarde sur un tueur en série. Pourtant, les qualités de MillenniuM sont indéniables.

Comme il est écrit plus haut, l’atmosphère de la série est particulière. À l’exception de rares répliques sarcastiques de la part de certains personnages, les traces d’humour sont quasi inexistantes et les meurtres violents monnaie courante. Je ne vais pas trop détailler afin de laisser une certaine surprise à ceux n’ayant jamais eu l’occasion de regarder la fiction mais, je peux vous assurer que les scenarii ne lésinent pas sur l’atrocité et que la caméra ne se prive pas pour montrer la perversité humaine. Ce qu’il y a de surprenant est que la série ne cherche malgré tout pas une approche sensationnaliste et ne s’apparente pas à du voyeurisme gratuit. En revanche, il paraît dès lors clair que MillenniuM n’est pas à destination de tout le monde. Heureusement, si l’ambiance n’est pas au beau fixe, il est possible de souffler quelque peu et de recharger ses batteries de bonheur et de couleurs chaudes lorsque Frank est chez lui, avec sa femme et sa fille. Pour lui, sa maison est une vraie bouée de secours. D’ailleurs, le traitement au niveau de la réalisation est fantastique sur ce point de vue car la demeure jaune du héros est toujours encadrée par un ciel bleu et des tons chatoyants. Tandis que lorsqu’il la quitte, les teintes retombent dans du gris et toutes ses nuances de la palette. Le message est indiscutable.

Globalement, le niveau de la saison est assez homogène et de qualité tout à fait honnête. Naturellement, des épisodes méritent plus que le détour alors que d’autres sont bien plus dispensables. Comme vous l’avez compris, tous parlent d’un ou plusieurs monstres humains. Si le ton est souvent dur, la série est davantage tournée vers le psychologique que le physique. Finalement, même si l’on assiste parfois à scènes peu appétissantes, la suggestion tend à être privilégiée. En soit, ce n’est pas plus mal car le but de MillenniuM n’est en aucun cas de montrer des cadavres sanguinolents et de ne pas pousser la réflexion par derrière. Sinon, au fur et à mesure des épisodes sont distribuées plusieurs informations sur Frank Black, son don et sur ce qui fait qu’il est devenu ce qu’il est à l’heure actuelle. L’écriture permet de densifier le personnage principal de la fiction et lui offre une véritable humanité.

En conclusion, la première saison de MillenniuM dresse un constat désillusionné assez effrayant de l’Homme et de ce qu’il est capable de faire, le pire étant probablement qu’il soit très crédible et réaliste. Par son ambiance extrêmement noire, lourde et presque glauque, il n’est pas étonnant que de nombreuses associations l’aient critiquée lors de sa diffusion. Pourtant, il ressort de cet ensemble une certaine poésie, ne serait-ce qu’avec les jolies citations en début de chaque épisode et la bande-son parfois mystique. Si le tout se tient tout à fait correctement, la saison sert surtout d’exposition au cadre et possède quelques périodes de relâchement, voire de répétitions. L’Apocalypse des valeurs morales n’est pas encore réellement présente, le héros et le groupe Millennium s’occupant pour l’instant des tueurs en série et de leurs liens avec le Mal qui rongerait la planète. Néanmoins, grâce à sa réalisation, l’interprétation sans failles de la plupart des acteurs – et surtout celle de Lance Henriksen (Frank Black) –, la musique et à l’atmosphère particulière, il n’est pas difficile de se laisser séduire par cette saison désabusée. Il convient tout de même de préciser qu’elle ne pourra pas plaire à tout le monde, justement en raison d’une noirceur rarement atteinte à la télévision. Il ne reste plus qu’à espérer que la seconde saison démarrera les choses pour de bon. Pour l’anecdote, la série étant assez vieille, il est possible d’y retrouver plusieurs acteurs désormais connus – avec bien des années en moins, évidemment.
Bonus : si la fiction vous intéresse, direction This Is Who We Are, un excellent site anglophone lui étant consacré. C’est tellement rare de trouver à l’heure actuelle une telle qualité qu’il est bon de le noter.