Et nous voilà repartis vers un j-drama déprimant. En fait, j’essaye actuellement d’alterner les séries japonaises joyeuses avec celles qui le sont moins de manière à laisser mon cœur récupérer. Lorsque l’on se trouve face à des renzoku aussi durs que celui dont nous allons parler aujourd’hui, il vaut mieux se laisser un petit temps de répit si l’on ne veut pas se mettre à broyer du noir. Bref, sautons dans le bain et discutons aujourd’hui de Byakuyakô. Avant toute chose, nous allons tenter de faire un petit peu de transcription. Loin de moi l’idée de donner un cours de japonais mais j’avoue être assez agacée par la transcription que l’on retrouve sur le net concernant cette série. Elle n’est pas la seule, ça me fait le même effet avec Kamisama Mô Sukoshi Dake par exemple. Je n’aime effectivement pas du tout les rajouts de u (ou pire, de h) lorsque la voyelle est double. Après avoir hésité, j’ai finalement décidé de laisser de côté l’appel du référencement et des hypothétiques nouveaux visiteurs en optant pour la transcription que je préfère. Tout ça pour dire à ceux qui ne le savent pas, ça se prononce bya-kou-ya-koo. Bref, sur ces considérations n’intéressant pas grand monde, entrons donc dans le vif du sujet.

   

Son titre laisse peu de doute, Byakuyakô est une série japonaise pouvant être traduite en nuit blanche. Diffusée entre janvier et mars 2006 sur TBS, elle comporte onze épisodes. Si les dix derniers durent 45 minutes, le premier est double car il dispose de 90 minutes. Comme souvent avec les j-dramas, ce renzoku est une adaptation du même nom de Higashino Keigo. Cet écrivain est d’ailleurs plutôt connu au Japon pour ses romans privilégiant les mystères et plusieurs d’entre eux ont déjà eu le droit à une adaptation télévisée. On peut ainsi penser à Galileo, Ryûsei no Kizuna ou encore Meitantei no Okite. Le succès du roman Byakuyakô est tel qu’il existe aussi deux versions cinématographiques. La première, Baekyahaeng (White Night) date de 2009 et est sud-coréenne ; tandis que la seconde, Byakuyakô, est sortie en 2011 au Japon et ce sont Horikita Maki et Kôra Kengo dans les rôles principaux. Pour peu que l’on apprécie l’univers dépeint dans le livre de Higashino, il y a donc largement moyen d’y trouver son compte. Pour en revenir au j-drama, sa scénariste, Morishita Yoshiko s’est occupé de ceux de JIN mais aussi de celui de Sekai no Chûshin de, Ai wo Sakebu qui partage une grande partie de son équipe créative avec celle de Byakuyakô. Aucun spoiler.

Kirihara Ryôji a douze ans et vit avec ses parents dans un petit village plutôt tranquille. Comme beaucoup d’enfants de son âge, il connaît ses premiers émois amoureux et tombe rapidement sous le charme d’une jolie jeune fille, Nishimoto Yukiho. Malheureusement, Ryôji est confronté à un évènement tragique et agit sous le coup de l’impulsion en tuant quelqu’un, sous les yeux de Yukiho. Les deux enfants décident alors de garder le secret, coûte que coûte, quitte à mentir à tout le monde et commettre d’autres actes tout aussi graves. Afin de ne pas éveiller les soupçons, ils ne se voient plus jusqu’à ce que plusieurs années passent. Quatorze ans plus tard, ils se retrouvent en espérant pouvoir un jour s’aimer à la lumière. Seulement, ils sont toujours autant empêtrés dans leurs actions et un policier est bien décidé à faire la lumière sur ce qu’il s’est passé autrefois.

Après avoir regardé Kamisama Mô Sukoshi Dake j’étais assez déçue car je ne l’avais pas trouvé si triste que ça. Enfin si, la série l’est sur certains points mais alors que la majorité disait s’être transformée en fontaine, ce ne fut pas du tout mon cas. Avec Byakuyakô… si. Pour être tout à fait claire, au bout de deux minutes, je transpirais déjà des yeux. Le moins que l’on puisse dire est que ce début met immédiatement dans l’ambiance, n’est-ce pas ? Cela prouve également que le j-drama débute de la meilleure manière qui soit car à peine a-t-on le temps de reprendre sa respiration que l’on plonge dans l’histoire et que l’on s’attache aux personnages. Pourtant, durant ces deux minutes il ne se passe presque rien si ce n’est que le couple phare transpire une intensité assez magnétique. Il nous donne déjà le pressentiment que nos sentiments risquent d’être rudement malmenés. Byakuyakô n’aurait jamais eu cette sensibilité exacerbée et cet effet torturé si le duo n’était pas interprété par deux acteurs talentueux. Heureusement, il n’y a rien à redire à ce sujet. Ryôji est joué par Yamada Takayuki qui montre encore une fois qu’il excelle dans les rôles à fleur de peau et sur la corde raide. Il m’avait déjà fait forte impression dans Long Love Letter (dans le film Crows Zero de Miike Takashi aussi mais c’est moins visible, vivement Crows Zero II !) mais là, son jeu est clairement d’un niveau supérieur. Il ne surjoue pas et montre tout particulièrement son talent dans les scènes dramatiques. Et dans Byakuyakô, il est verni. En d’autres termes, il va falloir que je surveille de très près la carrière de ce plutôt jeune acteur. Quant à Yukiho, elle est incarnée par la très belle Ayase Haruka que je connaissais déjà grâce au plus que sympathique film Boku no kanojo wa saibôgu (Cyborg Girl). Elle est également une bonne actrice ce qui fait qu’il n’y a pas ici de souci d’interprétation. Puisqu’il est question de la distribution, on peut y noter la présence de Koide Keisuke (Nodame Cantabile), toujours attachant en tant qu’ami de combine de Ryôji, de Kashiwabara Takashi (Orange Days) comme prétendant au cœur de Yukiho ou encore de Nishida Naomi (Stand Up!!) en infirmière réfléchie. Pour la petite anecdote, on peut ajouter que Yamada Takayuki et Ayase Haruka ont déjà tourné ensemble puisqu’ils étaient aussi les deux héros dans Sekai no Chûshin de, Ai wo Sakebu. Tout cela pour dire que comme d’habitude, il y a plein de têtes connues et cerise sur le gâteau, l’interprétation est juste.

Byakuyakô est une série mélangeant une romance sombre avec une enquête policière. Le côté romantique est tout simplement, horrible. Non pas dans le sens où il est fatigant à regarder mais dans le sens où le couple navigue dans des eaux troubles et malsaines. Suite à un meurtre perpétré enfants, les deux jeunes décident de cacher la vérité et s’engouffrent dès lors dans un cercle infernal n’ayant aucune issue positive. Ils le savent, nous le savons mais cela n’empêche pas d’espérer qu’ils s’en sortiront sans trop de dommage. Dès leur plus jeune âge, ils se sont ainsi enfermés dans une prison et tentent depuis de s’en sortir mais à chaque fois qu’ils croient pouvoir enfin sortir et vivre leur amour au soleil, ils sont ramenés à la réalité. Vont-ils parvenir à leur but qui est de marcher côte à côte ? Un inspecteur, Sasagaki, et son jeune collègue tentent de lever le voile sur cet ancien meurtre et les crimes commis aux alentours de Yukiho. Sans dévoiler la fin de la série, on se doute qu’en raison de l’ambiance et des thématiques, ce ne sera pas une partie de plaisir. Durant tous les épisodes, on sent le poids reposant sur les épaules du couple et la torture de leur propre conscience. Toutefois, la caractérisation des deux amants est totalement différente tant leurs actes n’influent pas de la même manière sur leur personnalité. Tandis que Yukiho est assurément une dominatrice et une manipulatrice, Ryôji fait plus office de soumis dans leur relation. Quoi qu’il en soit, ils s’aiment d’une passion destructrice et feraient justement n’importe quoi pour que l’autre soit heureux, quitte à souffrir en silence. C’est surtout valable pour le personnage de Ryôji qui est bien plus rongé par la culpabilité que Yukiho et que l’on est davantage amené à prendre en sympathie. La jeune femme est en revanche assez détestable mais d’un autre côté, on ne peut s’empêcher d’avoir pitié d’elle tant elle ne ne laisse pas indifférent. Quand bien même Ryôji et Yukiho ne soient pas toujours excusables, on espère qu’ils verront enfin le bout du tunnel. Toutefois, la série n’essaye pas du tout de les excuser ou de leur donner raison. Ils sont ce qu’ils sont. Tout simplement et aussi sobrement que cela. Cela dit, peut-on blâmer des enfants pour leurs actions ? À partir de quel moment dira-t-on qu’ils sont coupables ? Lorsqu’ils seront adultes ? La série joue avec notre morale et laisse se faire sa propre opinion. L’ambivalence est justement une des grandes qualités de la série. Dans les épisodes de Byakuyakô, rien n’est noir ou blanc puisque l’on n’y trouve que des nuances de gris. D’ailleurs, ce n’est probablement pas anodin que l’affiche de la série ne soit pas en couleurs car son couple principal est à la recherche de clarté et tend dépasser le cadre d’un manichéisme primaire.

Cela faisait très longtemps que je n’avais pas eu l’occasion de regarder une série aussi déprimante. Pourtant, le but premier de Byakuyakô n’est pas de faire sortir les mouchoirs. Les personnages ont une vie tellement difficile que cela en devient triste à mourir. Ceci étant dit, le risque était justement de tomber dans la surenchère mais ce n’est pas trop le cas ici. Si les héros s’enfoncent d’épisode en épisode, c’est uniquement de leur faute. On commence par un mensonge, puis un autre pour le cacher, puis encore un autre, et tout cela ne peut que mal finir. Très mal. D’autant plus qu’ils ne font pas que mentir, ils agissent aussi en conséquence. Ce qui fait qu’à un moment donné, il faut payer les pots cassés. Le traitement de l’histoire est globalement réaliste sur ce point-là et évite certains écueils du genre. Cependant, on peut tout de même trouver plusieurs points sur lesquels chipoter comme le fait que l’intrigue traîne parfois un peu en longueur ou que la caractérisation de certains protagonistes soit quelque peu caricaturale. De plus, si l’histoire d’amour est crédible, certains aspects de la série le sont moins comme l’investigation du policier pugnace. Néanmoins, ces défauts sont vraiment minimes et n’empêchent nullement d’apprécier comme il se doit la série et ses relations entrelacées. Il est toutefois nécessaire d’avoir les nerfs accrochés tant la série distille un climat oppressant et très noir. Il est question de meurtres, de pédophilie, de viols, de vols et autres crimes parfois difficiles à regarder. Ryôji et Yukiho manigancent et inévitablement, entraînent d’autres personnes dans leurs crimes. Ces dernières sont parfois profondément bonnes et ne méritent aucunement de subir tout ce que ce duo infernal les font endurer. L’atmosphère est lourde et l’absence d’échappatoire des anti-héros n’accentue que davantage ce fait. Ce n’est donc pas étonnant que certains téléspectateurs ne puissent rester devant ce j-drama qui met immédiatement mal à l’aise mais qui demeure tout de même particulièrement beau dans sa dimension tragique et complexe. Les superbes compositions de Kono Shin accompagnent en outre à merveille ce tourbillon des sentiments passionnés. Il en est de même pour la chanson de fin, Kage chantée par Shibasaki Kô (Orange Days), qui par son rythme lent et traînant ne peut que laisser songeur et mélancolique par rapport à ce que l’on vient de regarder.

En définitive, Byakuyakô est une série mettant en avant une magnifique histoire d’amour loin des clichés à l’eau de rose habituels. Cependant, par sa nature assez crue et psychologiquement aboutie, elle met les nerfs à rude épreuve et ne peut être vue que par un public assez adulte. Il est donc normal que certains téléspectateurs aient laissé tomber en cours de route car ce n’est pas toujours évident de regarder les personnages sombrer peu à peu dans une spirale destructrice. Pourtant, malgré cette noirceur ambiante et cette absence d’espoir, il en ressort une certaine poésie magnifiée par une atmosphère quasi envoûtante. L’histoire de Ryôji et Yukiho a tout de la tragédie et émeut sans mal. Le premier épisode, plus long que les autres, est d’ailleurs la clé de voûte de ce renzoku et les acteurs interprétant les héros jeunes sont tout aussi convaincants que leurs homologues plus âgés. Bien sûr, Byakuyakô souffre de quelques imperfections et n’évite parfois pas une légère caricature ou quelques incohérences. Pourtant, ces défauts sont tellement peu face à la complexité des sentiments et leur mise à nue brute et sans fard que l’on peut facilement passer outre. Il s’agit dès lors là d’une série captivante dont on ne peut en sortir tout à fait indemne, qui sert le cœur jusqu’à étouffer, qui fait mal mais qui en même temps, a un effet cathartique bénéfique. Elle est à réserver aux amateurs de séries complexes et dures souhaitant regarder quelque chose de différent. Cette montagne russe émotionnelle fut pour ma part un énorme coup de cœur.