Naturellement, après avoir beaucoup apprécié ce bonbon sucré qu’est la première saison de Hana Yori Dango, je n’allais pas laisser de côté la seconde. Les producteurs non plus, d’ailleurs, car ils ont bien compris qu’ils détenaient là une poule aux œufs d’or. Celle-ci se constitue de onze épisodes qui furent diffusés sur TBS entre janvier et mars 2007 ; le premier est quasiment triplé puisqu’il se dote de cent dix minutes et le dernier dure une heure, soit quinze minutes de plus que les autres. Rappelons que l’univers se termine avec un film intitulé Hana Yori Dango: Final, sorti dans les salles nippones en 2008. Aucun spoiler.

Plus d’un an s’est écoulé depuis le départ de Dômyôji Tsukasa pour les États-Unis. Si au départ il communiquait assez régulièrement avec Makino Tsukushi, il ne donne désormais plus aucun signe de vie. Pourquoi ? Est-il si occupé par son travail ? A-t-il oublié sa chère et tendre ? Même ses amis demeurés au Japon n’y comprennent plus rien. Suite à un concours de circonstances totalement improbable, l’héroïne remporte un billet d’avion pour New York et décide de s’y rendre, dans le but d’éclaircir la situation. Et si elle ne l’admet pas d’emblée, Tsukasa lui manque beaucoup. Lorsqu’elle finit enfin par le revoir après une aussi longue séparation, il se montre froid, hautain et lui réplique de le laisser tranquille. Qu’il n’apprécie plus la pétillante adolescente se tolérerait, mais il semble surtout avoir totalement changé de personnalité. Blessée, Tsukushi rentre dans son pays, le cœur en miettes. Quand les Dômyôji retournent également au Japon pour célébrer l’anniversaire du meneur des F4, une immense fête est organisée ; et là, aux yeux de tous, il est annoncé que Tsukasa doit prochainement épouser Ôkawahara Shigeru, une riche héritière que le principal intéressé ne connaît absolument pas ! Ne s’agit-il finalement pas d’une énième manigance de sa mère ? Dans tous les cas, cette situation ambivalente provoque une succession de péripéties et de révélations susceptible de favoriser l’éveil de sentiments inédits, dont ceux de Rui…

C’est un plaisir de retrouver le monde coloré et un brin kitsch de Hana Yori Dango. Cette nouvelle saison continue de mettre les petits plats dans les grands en choyant les décors clinquants, les costumes déjà ridicules à l’époque et la musique forçant légèrement les émotions. La recette fonctionne toujours autant et la série n’oublie clairement pas son ton malicieux en s’amusant de ce qui se passe dans la vie de ses personnages. Sur la forme, le résultat reste donc dans la veine des débuts et seule change la chanson phare, car Utada Hikaru prend les commandes avec son joli et entêtant Flavor of Life. Toutefois, avouons que cette suite perd un peu de fraîcheur en raison d’une histoire répétitive et parfois beaucoup trop prévisible, voire caricaturale. L’originalité n’a jamais étouffé cette fiction, ne le nions pas, mais son rythme effréné et son charme naturel parvenaient à aisément contrebalancer tous ces écueils. Bien que le visionnage s’avère non désagréable grâce à un humour pétillant, subsiste une impression de trop peu. Tout au long des épisodes, Tsukasa et Tsukushi font un pas vers l’autre pour reculer de deux tout aussi rapidement, et cela à maintes reprises. Les quiproquos et moult incompréhensions phagocytent l’intrigue qui tourne toujours autour du même pot. Bien sûr, il s’agit là d’une comédie romantique, avec ses codes propres et son aspect souvent rigide, mais cela n’excuse pas tout. Il n’empêche que les deux héros se révèlent encore une fois hautement appréciables. La jeune fille n’en rate pas une pour montrer sa droiture et son sens de la justice tandis que Tsukasa, lui, est fidèle à lui-même. Son masque imperturbable qu’il s’est créé à New York se craquelle pour laisser apercevoir le grand benêt cachant ses doutes et sa peur de la solitude dans la violence. Le personnage est développé avec une certaine finesse à travers un évènement l’ayant traumatisé et responsabilisé. Il ne veut plus être un enfant et essaye de se comporter en adulte qu’il n’est pourtant clairement pas encore. Sa mère profite de sa faiblesse du moment pour le manipuler à sa guise et le faire culpabiliser. La société Dômyôji se porte effectivement mal et pour améliorer son statut en bourse, il convient de trouver des fonds. C’est pourquoi un mariage avec Ôkawahara Shigeru (Katô Natsuki – Yankee Bokô ni Kaeru) dont le père dirige une entreprise nippone serait la solution idéale… Voilà le premier triangle romantique de la saison ! Car oui, il y en a malheureusement plusieurs. Shigeru s’apparente à un vrai boute-en-train un peu naïve, joviale et perpétuellement optimiste. Sa caractérisation ne manque pas d’intérêt sauf que l’écriture la dessert. Elle s’entiche de Tsukasa en deux secondes pour des raisons inconnues et vers la fin des épisodes, agit de manière irrationnelle par rapport au reste. Sa dynamique avec Tsukushi lui offre de jolis moments, mais cela ne suffit pas pour satisfaire entièrement. Shigeru entrave ainsi la relation du couple principal, qu’elle le fasse intentionnellement ou non. Toutefois, elle n’est pas la seule à créer des zones d’ombre.

La mère de Tsukasa n’a jamais toléré l’amour de son fils pour Tsukushi, cette pauvre à la famille bien trop modeste. Elle poursuit ses manigances et n’écoute jamais ses enfants, Tsubaki n’oubliant pas de soutenir son petit frère dès qu’elle le peut. La directrice de la société Dômyôji doit encore une fois se contenter de la place de l’ennemie stéréotypée et butée. Plus de finesse et d’approfondissement l’auraient rendue davantage intéressante. Accessoirement parlant, l’élève joué par Ikuta Tôma ne sert pas à grand-chose. Le résultat se révèle encore plus négatif en ce qui concerne Nakashima Umi (Toda Erika), une patiente d’une certaine clinique dans les deux derniers épisodes. De toute manière, l’intégralité de cet arc reposant sur un rebondissement éculé se veut idiote et poussive en plus d’être beaucoup trop expédiée. Par malchance, ce passage hospitalier et enneigé termine la saison sur une note assez peu favorable malgré une conclusion en apothéose digne du divertissement légèrement ostentatoire qu’est Hana Yori Dango. L’avancée de l’intrigue générale manque d’ailleurs de fluidité, avec un étirement à l’extrême de la romance maîtresse et des ajouts annexes insérés de façon schématique. Deux ou trois semaines de moins auraient allégé le tout parce que pour le coup, le scénario souffre de son artificialité et ne creuse pas assez ses principales figures. Même Tsukushi ne dispose que peu de développement et n’est pratiquement vue qu’à travers le prisme de son amour pour Tsukasa, ses rêves d’une carrière d’avocate se bornant à quelques moments disparates. Ses parents se limitent de nouveau à la place de farfelus amusants, mais son frère offre un bel épisode touchant ; son association avec le fils Dômyôji est excellente et vectrice de beaucoup d’humour attendrissant. Probablement pour pallier les lacunes de la première saison, celle-ci s’attarde davantage sur les personnages secondaires, sans signifier que cela suffit. Akira passe à la trappe et sa famille rose bonbon avec sa mère et ses jumelles de sœurs ne permettent pas du tout de le découvrir. Sôjirô est un peu mieux gâté, mais ne provoque pas un franc enthousiasme. La copine d’enfance de Tsukushi, Yûki, continue de tourner autour de ce charmeur et décide d’apprendre l’art du thé ; elle y rencontre la douce Sara (Kanjiya Shihori – Chiri to Techin) qui, bien sûr puisque nous sommes dans le microcosme de la série, ne sort pas de nulle part. Bref, les bonnes idées ne manquent pas, mais les maladresses narratives et les nombreuses facilités s’ajoutent à la redite scénaristique permanente. Ne parlons surtout pas du fade Rui se bornant à soupirer, la vague à l’âme, et jouant à l’infini une unique mélodie au violon. Il se réveille parfois pour secouer Tsukasa et se rendort aussi rapidement. À croire que les personnages n’existent jamais en dehors de ce qui se déroule à l’écran. Heureusement que l’amitié entre tous ces compères transparaît et participe à ce ballet des émotions allant d’un extrême à un autre.

Pour conclure, cette deuxième saison de Hana Yori Dango peine à inspirer autant de sympathie que la précédente. Certes, son univers coloré et si mignon continue de plaire et d’amuser, mais il paraît légitime d’attendre davantage qu’une romance contrariée répétant jusqu’à plus soif de sempiternels rouages déjà sévèrement éprouvés. Les rivaux se succèdent, créent des remous, cristallisent des malentendus et empêchent les amoureux d’embrasser pleinement leur relation. Les poncifs du genre y sont bien trop appuyés et accentuent l’artificialité de l’intrigue souvent caricaturale. Ces épisodes auraient dû permettre d’explorer les personnages et d’illustrer quelques-unes de leurs facettes inédites sauf que là aussi, l’écriture botte en touche. Ne boudons tout de même pas trop notre plaisir, car malgré tous ces défauts parfois handicapants, d’autres atouts répondent à l’appel. Le poids de l’héritage de Tsukasa et son dilemme moral, les scènes de franche camaraderie, l’humour espiègle latent et la bonne humeur générale délivrent un divertissement tout à fait honorable, bien que perfectible. Croisons les doigts pour que le film s’avère moins superficiel et offre une conclusion exaltante !