Même si je ne navigue dans le monde des séries japonaises que depuis à peine deux ans, j’admets avoir déjà quelques chouchous. Tsukamoto Takashi figure probablement parmi eux et c’est pourquoi j’explore son travail ; cela me permet en plus d’élargir mes horizons. Histoire de changer un peu du format habituel, j’ai tâché de me plonger dans un unitaire intitulé 6-jikan Go ni Kimi wa Shinu dont le titre peut être approximativement traduit par vous allez mourir dans six heures. Ce tanpatsu d’une durée de cent seize minutes fut diffusé sur WOWOW le 28 mars 2008. Aucun spoiler.

Alors qu’elle s’apprête à rejoindre une amie, Harada Mio est accostée dans la rue par une personne lui demandant cinq minutes de son temps. Cet individu disant s’appeler Edogawa Keishi lui annonce de but en blanc qu’il ne lui reste plus que six heures à vivre. Il a effectivement eu une vision de son assassinat qui devrait se passer aux alentours de minuit. Contre toute attente, la jeune femme accepte de rentrer dans son jeu, probablement parce que peu auparavant, de tristes évènements ont impacté son quotidien. Jusqu’alors, son travail s’approchait de celle d’une call-girl puisqu’elle accompagnait des hommes dans leurs envies aussi diverses que variées. Sauf qu’après le violent meurtre d’une de ses collègues, elle décide de démissionner, mais est depuis harcelée par un de ses anciens clients. Et si ce n’était justement pas ce dernier qui finira par la tuer ? Mais quelle est la véritable identité de ce supposé voyant ? Que souhaite-t-il réellement ? Dans tous les cas, l’horloge tourne…

6-jikan Go ni Kimi wa Shinu ne comporte qu’une seule partie, mais en réalité, il est subdivisé en deux histoires assez distinctes. Si le couple principal est inchangé, ces récits ne se suivent pas et pourraient presque être regardés indépendamment. Leur tare majeure est d’ailleurs de se ressembler sur le principe et de ne faire que répéter une même structure narrative. Malgré tout, la deuxième moitié de ce tanpatsu s’avère nettement plus distrayante, car en dépit d’un sentiment de redondance, elle souffre moins de prévisibilité. En effet, l’ensemble se veut classique et ne s’embarrasse pas de quelques incohérences et autres facilités. Voir l’héroïne entrer dans le jeu de Keishi si vite laisse assez perplexe, surtout lorsque l’on sait qu’elle est harcelée par un homme qu’elle juge plutôt inquiétant. En réalité, le but de ce divertissement semble de proposer une ambiance riche en suspense, en rebondissements et en confessions grâce à une intrigue avançant rapidement. Malheureusement, les ficelles se révèlent légèrement trop grossières, voire invraisemblables, pour convaincre et surprendre totalement, ce qui ne signifie tout de même pas que l’on s’ennuie ou soupire. Le manque de franche originalité se remarque aussi à travers la mise en scène banale sûrement limitée par le budget et la musique non désagréable et subtile d’Endô Kôji, mais assez peu mémorable. Davantage d’énergie et d’entrain auraient clairement amélioré ce téléfilm possédant un certain potentiel.

À travers ce double récit illustrant la rencontre de Mio (Maki Yôko – Tôkyô Friends) et de Keishi (Tsukamoto Takashi – Kisarazu Cat’s Eye) un peu ridicule à plisser les yeux, 6-jikan Go ni Kimi wa Shinu tente de pousser la réflexion sur les possibilités de changer son futur et la notion de destin. Avec une durée succincte, le développement demeure néanmoins très abstrait et superficiel. Il est également dommage que l’épisode ne cherche pas à expliquer davantage le pouvoir du protagoniste. Si les visions représentent le moteur du tanpatsu, elles ne créent pas du tout un registre fantastique et s’intègrent de manière traditionnelle au reste de l’histoire, quasiment comme si tout ceci était naturel. L’atmosphère se dote en prime de quelques relents romantiques avec le duo que forment les deux héros. Le ton doux-amer et la pudeur latente font mouche, ce qui comble l’absence d’alchimie palpable et la caractérisation inexistante. Effectivement, les deux acteurs ne sont pas mauvais si ce n’est qu’ils donnent l’impression de ne pas se sentir totalement concernés. Quant aux personnages secondaires, ils ne servent que de faire-valoir ou d’éléments unidimensionnels strictement liés aux affaires à éclaircir. C’est l’occasion d’y retrouver Sawamura Ikki, Ozawa Yukiyoshi et Watanabe Tetsu.

Pour résumer, 6-jikan Go ni Kimi wa Shinu s’apparente dans sa première partie à une course contre la montre où un homme cherche à sauver une inconnue d’une mort apparemment imminente. La seconde change légèrement la donne et se montre plus convaincante. À défaut de provoquer une vraie poussée d’adrénaline, d’empathie ou de surprise, cet unitaire reste correct. En effet, malgré plusieurs facilités, un rythme un peu branlant et une interprétation légèrement timorée, l’ensemble réussit à intriguer suffisamment pour ne pas avoir le désagréable sentiment de perdre son temps. Les grands amateurs de récit à suspense pourraient ainsi être intéressés même si tout s’y veut ici résolument classique et dispensable.