Si vous lisez Luminophore depuis un moment, vous devez connaître mon faible pour les vampires. Il n’est par conséquent guère étonnant que je m’intéresse de près à tout média mettant ces dents pointues à l’honneur. J’ai quelques productions en prévision qui n’attendent que d’être regardées, Blood Ties par exemple. Au début de l’été, je me suis penchée sur une autre fiction ayant fait parler d’elle ces derniers mois : True Blood, la nouvelle création d’Alan Ball, celui à l’origine de Six Feet Under. Diffusée sur HBO depuis 2008, la série est composée pour le moment de deux saisons et une troisième est d’ores et déjà d’actualité. La première d’entre elles comporte douze épisodes durant approximativement cinquante à cinquante-cinq minutes. À l’origine se trouvent les romans de Charlaine Harris qui sont justement disponibles en partie en France sous l’appellation La Communauté du Sud (The Southern Vampire Mysteries en VO). Ne les ayant pas lus, je n’ai aucune idée de la fidélité de cette adaptation, mais il semblerait qu’elle soit assez libre. Aucun spoiler.

Sookie Stackhouse vit depuis toujours à Bon Temps, en Louisiane, avec sa grand-mère et son frère, Jason. Travaillant comme serveuse dans un bar, elle mène une vie tranquille malgré un don de télépathie dont elle se passerait volontiers. Lorsqu’elle rencontre son premier vampire depuis que ces créatures ont révélé leur existence au monde entier, elle est particulièrement enthousiaste, d’autant plus que pour une fois, elle n’entend pas ses pensées ! Bien que ces êtres surnaturels disent ne boire dorénavant que du sang synthétique, la société se doute qu’ils demeureront à jamais des tueurs…

À la sortie du pre-air, on lisait à peu près le même son de cloches partout : cet épisode serait purement infâme. La grande majorité semblait se demander où était passé le génie de Ball. Que les choses soient claires, si j’ai apprécié la totalité de Six Feet Under, cette série ne figure assurément pas parmi mes favorites pour des raisons précises qu’il faudra que j’évoque un jour. Effectivement, je n’ai toujours pas écrit de billet à son sujet ; l’argument comme quoi je n’ai pas digéré les dix dernières minutes n’est plus valable. Tout ça pour dire que ce n’est pas parce que Ball est aux commandes que je m’attendais à quelque chose d’exceptionnel. Dans tous les cas, les échos que j’avais concernant la saison une de True Blood n’étaient donc pas extraordinaires – même par des gens qui, pourtant, apprécient en général les histoires de vampires. Eh bien, pour faire clair, bref et concis, j’ai adoré. À l’heure où vous lisez ces mots, j’ai normalement amorcé la suite et j’espère qu’elle se montre d’une qualité similaire.

True Blood se déroule en Louisiane, là où la chaleur étouffante côtoie perpétuellement l’humidité. Le climat est parfaitement rendu et donne un aspect poisseux et assez malsain à l’ensemble. L’ambiance est ainsi singulière et l’accent fortement prononcé des habitants prolonge l’immersion. Pour être honnête, lorsque j’ai commencé la fiction, je nécessitais vraiment les sous-titres parce que j’avais un mal de chien à comprendre certains personnages ; ne le nions pas, nous saisissons immédiatement que nous sommes arrivés en Amérique profonde. Quoi qu’il en soit, sachant en plus qu’une grande partie de la saison se déroule la nuit, l’atmosphère n’en est que plus tendue. Étant sur HBO, la série n’est pas avare en scènes crues. Ça marche pour tout ce qui est sanguinolent et pour tout ce qui est sexuel. Pour ma part, c’est un mélange qui me plaît bien. Je n’écrirais pas que c’est vulgairement provocant ; non, le résultat se veut surtout curieusement spécial. Ce qui m’a surtout charmé dans True Blood, c’est ce côté un peu décalé. On se demande s’il faut prendre ça au premier degré ou au trente-sixième. Parce que quoi qu’on puisse en dire, la série est un peu plus profonde que ce qu’elle laisse supposer. En son sein, les vampires sortent au grand jour et boivent du TruBlood, du faux sang. Ils vivent sans se cacher et essayent de disposer des mêmes droits que ceux en vigueur chez les humains. Sans grande surprise, leurs demandes et souhaits sont peu exaucés. Il paraît clair que leur situation est à mettre en résonance avec celle des Noirs. Ce n’est pas toujours très subtil et parfois l’on veut certainement voir plus loin que ce qu’on nous offre, mais je suis persuadée que la série n’est pas que du vent comme certains se plaisent à le penser. Cette première saison s’attarde sur une succession de meurtres brutaux et imprévisibles. Un vampire est-il derrière ces crimes ? Quel est le mobile de l’assassin ? Sookie est-elle en danger ? Les mystères se font de plus en plus présents, les révélations suivent, la tension va crescendo et pendant que chacun apprend à vivre dans ce monde récemment transformé, Bon Temps sombre dans le chaos. Le fil rouge est suffisamment efficace pour donner envie d’enchaîner les épisodes les uns à la suite des autres, ce qui est toujours un excellent point. Cette première année d’aventures ne serait pas aussi solide sans la fine équipe truculente la gouvernant.

Les protagonistes sont assurément un point fort de la saison. L’héroïne, Sookie Stackhouse, est incarnée par Anna Paquin (X-Men) que j’appréciais avant True Blood. Sans aller jusqu’à affirmer qu’elle m’est devenue insupportable, son personnage est assez horripilant par moments. Ainsi, Sookie est blonde, ingénue et extrêmement niaise sur les bords. Elle entend les pensées des gens, ce qui n’est pas forcément un don extraordinaire comme on peut l’imaginer. Lorsqu’elle rencontre un vampire, le ténébreux Bill Compton (Stephen Moyer), elle fond comme neige au soleil et ses ennuis commencent tout aussi rapidement. Les deux sont la pièce maîtresse de la série, mais j’avoue ne pas les trouver passionnants ; ils sont en réalité surtout fades et n’inspirent pas grand-chose de plus, positivement ou négativement. A contrario, le sel de la fiction se déguste à travers les autres figures leur gravitant autour, notamment parce qu’elles dégagent un vrai charisme et sont plutôt bien explorées. Bien sûr, il y a Eric Northman (Alexander Skarsgård), le vampire suédois absolument séduisant si ce n’est qu’apparemment, le meilleur se situe pour lui dans la saison deux. D’ailleurs, globalement les êtres de la nuit sont correctement brossés dans True Blood, même si certains n’échappent pas aux clichés du genre. Contrairement à beaucoup de monde, j’ai un faible pour Jason (Ryan Kwanten), le frère de Sookie ; stupide et ne sachant pas penser autrement qu’avec ce qu’il a dans le pantalon, il n’en demeure pas moins attachant pour son aspect simplet et naïf. Je suis totalement conquise par Lafayette (Nelsan Ellis) et, dans une moindre mesure, par sa cousine, Tara (Rutina Wesley). Je crois que pour cette dernière, là aussi les avis divergent ; c’est le genre de personnage sur la brèche et assez brisé me faisant aisément fondre. Sous ce côté dur et souvent vindicatif lui servant d’épaisse carapace se cache un cœur gros comme ça. N’oublions pas non plus Sam (Sam Trammell) ou encore les figures très secondaires comme Andy Bellefleur (Chris Bauer), le flic pas très doué ou son frère, Terry, campé par Todd Lowe (Gilmore Girls).

Pour conclure, la première saison de True Blood est pour moi une réussite. S’il s’avère indiscutable qu’elle n’évite pas de nombreux défauts, ils sont largement supplantés par des qualités telles que cette atmosphère si particulière du bayou, cette continuité dans l’histoire, ces personnages hauts en couleur, ces dialogues n’y allant pas par quatre chemins, son générique… Le fil rouge qui est la découverte du meurtrier est rondement mené et le public n’a pas l’impression d’être pris pour un idiot avec les révélations disséminées de-ci de-là. Il est indéniable que la production est atypique, voire presque hors-norme. Cependant, elle a le mérite de posséder une vraie identité avec un univers propre, dérangeant et fascinant, à mi-chemin entre le sordide, la perversité et le génie brut. En fait, l’ensemble est génialement barré et sonne parfois très série B. Dit ainsi, le compliment n’est probablement pas évident, mais il est plus que sincère, croyez-moi. Vivement la saison deux !