L’expression anglaise television drama fait référence aux programmes télévisés dont l’histoire est scénarisée et, normalement, imaginaire. Il s’agit ni plus ni moins que des fameuses séries abreuvant notre petit écran depuis des années. Les fictions nippones sont, elles, régulièrement regroupées sous l’intitulé plutôt trompeur des j-dramas. Effectivement, au Japon, un drama – prononcé dorama – est tout bonnement une série diffusée à la télé (terebi). Buffy the Vampire Slayer, Doctor Who, Julie Lescaut, Iljimae, Byakuyakô, etc. sont des terebi dorama. La nationalité importe peu. Pour une raison inconnue – bien que l’on puisse plus ou moins la deviner –, les internautes ont nommé toutes les productions d’Asie orientale, dramas. Il y a donc les j-dramas pour les japonaises, les k-dramas pour les sud-coréennes, les tw-dramas pour les taïwanaises, etc. Cette formule est par conséquent plus que galvaudée, mais cela ne m’empêche pas de l’utiliser, à l’instar de presque tout le monde.

Les j-dramas disposent de plusieurs formats, chaque personne étant ainsi susceptible de trouver chaussure à son pied. Renzoku, tanpatsu, asadora, keitai drama, taiga drama, etc., tant d’appellations correspondant à un type spécifique ; ces termes sont explicités avec plus ou moins de détails dans le glossaire dédié. Lorsque l’on discute des séries japonaises, ce sont généralement les renzoku qui sont à l’honneur, eux qui ressemblent à une vraie machine parfaitement huilée et en perpétuel mouvement. Ce format feuilletonnant se rapproche sur de nombreux points des séries occidentales que l’on connaît tous par cœur, et ce n’est donc guère étonnant que ce soit lui qui a toutes les faveurs des téléspectateurs vivant en dehors du sol nippon. Il en existe des milliers et des milliers, ce qui n’est même pas un euphémisme, car chaque année voit apparaître plus de deux cents nouveautés. Oui, rien que ça !

 

Derrière le terme un peu barbare de renzoku se cache, dans la majorité des cas, une série d’une petite dizaine d’épisodes de quarante-cinq minutes – d’une heure si l’on compte les quinze minutes de publicités additionnelles. Il n’est pas rare que le premier et le dernier disposent d’un quart d’heure supplémentaire. Ces fictions sont diffusées sur diverses chaînes au rythme d’un épisode par semaine, en soirée, et à heures fixes. La grande différence avec les productions étasuniennes se situe au niveau de la structure propre. Effectivement, les renzoku détiennent un début et, surtout, une fin préétablie. Ils ne sont pas prévus pour se prolonger dans le paysage télévisuel et n’ont qu’un temps de vie de trois mois, soit la période où leurs épisodes apparaissent dans la petite lucarne. En d’autres termes, quand bien même les audiences sont catastrophiques, la conclusion sera diffusée et, la frustration d’être coupé dans son élan, inexistante. Naturellement, il arrive qu’afin d’atténuer l’hémorragie financière, ladite série soit raccourcie d’un ou deux épisodes, mais c’est assez rare et, de toute manière, la fin est écrite et montrée à l’écran. Quel bien fou ! L’annulation est un véritable calvaire et une source d’agacement, alors ne pas devoir la subir s’avère plus que réjouissant. Voilà probablement l’un des principaux atouts des j-dramas, d’autant plus que l’on sait dès le départ que ceux-ci ne s’installeront pas ad vitam æternam et, du fait de leur format condensé, seront moins susceptibles de souffrir d’une dilution de l’intrigue. Depuis plusieurs années, les scénarios tendent à multiplier les adaptations de romans et de mangas, tandis qu’auparavant, les créations originales étaient favorisées.

Le système des saisons caractéristique des productions étasuniennes n’est pas une évidence au Japon. En effet, comme stipulé plus haut, les j-dramas sont conçus pour une durée déterminée en amont. Il n’y a donc généralement pas une seconde salve d’épisodes. L’appât du gain étant toutefois toujours le plus fort ou, si l’on souhaite être moins cynique, l’envie de faire plaisir au public prédominant, il arrive qu’une suite apparaisse à l’écran. Sans grande surprise, ce sont plutôt les locomotives d’audience qui bénéficient de ce privilège qui ne sera décidé qu’après la fin de la première saison. Le résultat risque de se révéler plus que discutable puisque, rappelons-le, le scénario a été initialement écrit pour un nombre préétabli d’épisodes. Ce n’est guère étonnant que les fictions policières, judiciaires et médicales soient les championnes des saisons parce qu’elles répètent généralement une structure analogue, chaque épisode étant dédié à une enquête/un cas. Hanchô, Iryû, Aibô et d’autres reviennent sept, huit, neuf fois à l’antenne. Il ne s’agit alors pas forcément d’une suite à proprement parler, plus d’un éternel recommencement. Cependant, de vraies continuations en bonne et due forme existent ; Hana Yori Dango, Bloody Monday, LIAR GAME, les exemples se veulent nombreux. Si le système nippon se différencie de l’américain, les lois capitalistes sont universelles. D’ailleurs, qui finance les j-dramas ? Le budget – bien sûr assez limité par rapport à ce que l’on côtoie aux États-Unis – est fourni par des sponsors aussi divers que variés ; outre les firmes locales telles que Toyota, Shiseido, Docomo, des internationales de la trempe de Coca Cola et de McDonald’s se mêlent également à cette manne économique. Ces mécènes sont annoncés à chaque début et fin d’encarts publicitaires. S’il est logique que les séries japonaises ne rapportent pas des sommes colossales comparativement à ses voisines d’outre-Pacifique, personne ne semble trop à plaindre.

 

Comme tout le monde le sait normalement, il existe quatre saisons dans l’année : printemps, été, automne et hiver. Le calendrier télévisuel japonais repose sur ce découpage et propose un agenda trimestriel. Tous les trois mois, l’offre se renouvelle. Certes, quelques séries s’incrustent sur plusieurs saisons, mais ce sont plus des exceptions que des règles et la grille des programmes est clairement rigide. Par exemple, les taiga drama, ces récits historiques de NHK, se déroulent sur une année complète. Quoi qu’il en soit, si une saison ne s’annonce guère enthousiasmante, il suffit de se montrer patient puisque des nouveautés apparaîtront très peu de temps plus tard. Les séries d’hiver sont visibles de janvier à mars, celles du printemps d’avril à juin, l’été s’installe de juillet à septembre, et les productions d’automne passent d’octobre à décembre. S’ajoutent aux renzoku les tanpatsu, des sortes de téléfilms diffusés en une fois ou sur plusieurs soirées consécutives. La grande majorité des chaînes s’octroie ses propres histoires. La plus connue d’entre elles est probablement l’unique groupe audiovisuel public NHK, mais d’autres se partagent le devant de l’affiche : Fuji TV, NTV, TV Asahi, TBS, etc. À noter qu’il existe, tout comme chez nous, un réseau gratuit et, un autre, payant ; à ce sujet, WOWOW est la chaîne la plus susceptible d’intéresser le sériephile averti. Elles visent dans tous les cas un auditoire différent et proposent naturellement des fictions adaptées à leur cible. Le choix de la distribution n’est pas négligeable et, peut-être parfois plus que le scénario, savamment étudié. Outre des acteurs de métier, de nombreuses idoles – dont les fameux Johnny’s – et autres stars de l’archipel s’y essayent pour le pire comme pour le meilleur. La sélection des deux ou trois chansons entendues régulièrement au cours de la série est effectuée avec tout autant de soin.

Quid des genres, au fait ? Le principal atout de la culture japonaise est sa versatilité. D’aucuns sont persuadés que les récits sombrent systématiquement dans la surenchère, l’humour profondément stupide et le surjeu outrancier. Ne nions pas que les comédies foisonnent, que le cabotinage est roi et que les fictions télévisuelles sont pour beaucoup parasitées par des caractéristiques pouvant être rapidement insupportables, qui plus est si l’on n’a aucune affinité avec ce style fort particulier. Les échecs sont bien plus nombreux que les franches réussites, mais ce constat est valable pour n’importe quel domaine, non ? En la matière, Nodame Cantabile fait figure d’une série déjantée jouant avec les codes du manga et, contre toute attente, se montre savoureuse et délicieusement décalée. Ce serait mensonger que d’affirmer que tous les j-dramas versent dans une telle caricature et ne savent pas faire preuve de réalisme. Si les plus connus d’entre eux – en Occident, du moins – sont des comédies légèrement superficielles ou ridicules à destination des adolescents, il existe tout un pan moins illustre, plus sérieux, adulte et radicalement différent. L’humour côtoie le drame, la maladie, la finance, l’historique, l’horreur, le fantastique… Pour argumenter ces allégations, il suffit de regarder Fumô Chitai qui s’attarde sur la reconstruction incroyable du pays après la Seconde Guerre mondiale, Soredemo, Ikite Yuku qui dresse un portrait humain des répercussions d’un terrible meurtre sur plusieurs familles, ou encore Gaiji Keisatsu plongeant dans les turbulences délétères d’une unité d’espionnage. Résumer le panel de ce que la télé nippone propose est impossible, car, au final, tout peut y être trouvé. Ce qu’il y a d’amusant, c’est aussi cette capacité qu’ont les Japonais à partir d’une idée à première vue totalement farfelue et de parvenir à délivrer une histoire solidement ficelée. Il n’y a pas à dire, cet univers est source d’étonnement, à condition de faire l’effort de chercher le registre le plus à même de plaire.

 

Pour résumer ces paragraphes, il suffit de savoir que les séries japonaises – celles regroupées sous le format classique du renzoku – sont majoritairement constituées d’une petite dizaine d’épisodes d’une quarantaine de minutes chacun. Écrites à l’avance, elle ne souffrent pas d’une fin prématurée et ressemblent ainsi d’une certaine manière aux mini-séries occidentales. La plupart des chaînes de télé en diffusent quotidiennement à toute heure de la journée, mais, tout comme dans nos vertes contrées, la première partie de soirée est le créneau le plus prestigieux et favorisé. L’offre est dans tous les cas abondante puisque le calendrier se renouvelle tous les trois mois. Le gourmand pourrait presque être débordé tant il est étourdi face à cette pléthore de fictions attirantes. S’il est indiscutable que l’empreinte culturelle est parfois marquée et risque de laisser certains circonspects ou plus qu’hermétiques, la versatilité des genres distinguant à merveille le visage télévisuel japonais permet de contrebalancer cette sorte d’obstacle rapidement surmontable pour peu que l’on s’en donne la peine.

Quelques liens intéressants

  • DramaWiki : base de données régulièrement actualisée d’une grande partie des dramas asiatiques
  • Jdorama.com : autre base de données disposant également d’un forum plutôt actif
  • Forum de D-Addicts : nombreuses discussions diverses
  • MyDramaList.infoMyDramaList.com : communautés similaires contenant une importante base de données et permettant de gérer ses propres visionnages