C’est assez marrant de voir comme une série peut passer, en quelques années, d’un engouement phénoménal à une invisibilité presque totale. Heroes en représente un parfait exemple. En effet, sa quatrième saison vient de s’achever aux États-Unis, dans une certaine discrétion. Est-ce étrange ? Pas vraiment. Elle est constituée de dix-neuf épisodes diffusés entre septembre 2009 et février 2010 sur NBC. Comme d’habitude, ceux-ci sont divisés en deux volumes distincts, à savoir le cinquième, Redemption, et le sixième ne durant qu’une toute petite minute avant la conclusion, Brave New World ; ce dernier amorce donc probablement l’hypothétique future saison cinq. Pour l’instant, le sort de la production n’est effectivement pas encore clair et il paraît fort possible qu’elle soit annulée. Concernant une arrivée française sur le réseau hertzien, vous pouvez plus ou moins faire une croix dessus ; en tout cas, sur TF1, c’est cuit. Aucun spoiler.

La saison trois de Heroes était nulle. Entre les principales figures changeant de caractère comme de chemise, les retournements de situation bidons et la lassitude mortelle qui en découlait, on avait de quoi faire. Comme je suis incapable d’arrêter une fiction même si je suis à deux doigts du massacre de télé, la suite est passée sur mon écran. L’amorce est à peu près correcte, ne serait-ce que parce qu’elle se dote d’une certaine atmosphère ressemblant à celle des débuts de la série. Certes, la qualité n’est pas nécessairement exceptionnelle, mais le public n’a pas de quoi s’ennuyer profondément. Les idées paraissent plutôt cohérentes, se succèdent selon une logique appropriée et les personnages ne sont pas inintéressants. Malheureusement, l’arc sur Samuel (Robert Knepper – Prison Break) et ses copains forains plombe rapidement l’ambiance. L’intrigue aurait pu être pertinente et divertissante, mais elle devient surtout profondément pénible à regarder. Le rythme est très lent, il ne se déroule pas grand-chose. Samuel est entouré de comparses incolores ayant tous des pouvoirs extraordinaires sauf qu’ils ne servent strictement à rien. De surcroît, les motivations de cet homme ambivalent ne sont jamais réellement illustrées à l’écran. Pourquoi se bat-il ? Que souhaite-t-il ? Bonne question. De toute manière, il ne semble pas lui même savoir ce qui l’anime, alors… En oubliant d’installer des enjeux, la saison ne décolle jamais et l’on n’a aucune idée de là où les scénaristes essayent de nous diriger. Pour l’anecdote, c’est l’occasion de retrouver Todd Stashwick (The Riches), Kate Vernon (Battlestar Galactica) ou encore Madeline Zima (Californication).

L’épilogue de la saison précédente se terminait sur la mort d’un personnage important, autrement dit Nathan Petrelli. S’il est toujours présent au tout début de ces aventures inédites suite à un stratagème inepte avec le désormais fade Sylas, il finit par disparaître complètement. Je ne l’aimais pas du tout tant il était devenu progressivement antipathique, donc je me fiche royalement de son décès, mais il n’empêche que cet écartement abrupt se révèle curieux. Sur une note similaire, le traitement autour de ce qui lui arrive est, en plus d’être ridicule, totalement sorti de nulle part et pas crédible pour un sou. Le season finale s’achève dans l’indifférence la plus totale et pourrait officier en tant que series finale sans réel problème. Certes, il s’agirait de la sorte d’un ultime épisode du pauvre, mais même s’il use d’un cliffhanger, il s’avère en mesure de se transformer en conclusion ouverte. Sinon, le développement de Noah est profondément redondant, Claire est égale à elle-même en restant toujours aussi insupportable au sein de ses aventures universitaires. Un des rares éléments sympathiques, c’est lorsque Hiro se balade partout en passant pour un vrai geek et quand il retrouve un certain individu dans un tribunal particulier. Quelle joie de revoir cet acteur !

Pour terminer, il est indiscutable que les lois télévisuelles sont impénétrables et l’on ne connaît pas encore le sort réservé à Heroes. Elle ne mérite pas une cinquième saison, mais de toute façon, une quatrième année était déjà de trop comme le prouvent ces derniers épisodes. Ce serait tellement chouette si elle quittait définitivement le paysage du petit écran. Encore une fois, cet ensemble se montre d’une médiocrité souvent affligeante. Ne nions pas que les histoires oublient leur aspect stupidement tarabiscoté, mais l’action disparaît pour faire place à une lenteur ennuyante. En prime, de nouveaux personnages sont de la partie et ne servent à rien. Qui a compris l’intérêt d’Emma ? Quant aux protagonistes existants au préalable, leur massacre continue en bonne et due forme. Il est par exemple difficile de ne pas avoir un gros mal au cœur en voyant Sylar. Où est passé le meurtrier angoissant de la saison une ? Bref, cette année est meilleure que la précédente, mais elle demeure malgré tout au ras des pâquerettes. Avec son incursion dans le monde des forains, elle m’aura seulement donné envie de regarder Carnivàle. Allez, zou, envoyez donc cette production moribonde aux oubliettes !
Mise à jour : La série est annulée. Merci, merci, merci !