Comme c’est l’habitude depuis quelque temps sur Luminophore, les bilans de fin de saison de série sont en retard par rapport à mon visionnement. On va dire tant pis. Place à la quatrième saison de Dexter, diffusée entre septembre et décembre 2009 sur Showtime et qui vient de se terminer il y a plusieurs semaines sur Canal+. À l’instar des précédentes, elle est composée de douze épisodes d’une cinquantaine de minutes. Avant toute chose, grosse pensée à Michael C. Hall qui souffre d’un cancer du système lymphatique, apparemment en rémission. Aucun spoiler.

Après deux excellentes saisons, le soufflet était nettement retombé lors de la troisième année. Certes les acteurs étaient toujours aussi bons et l’ambiance particulière n’était pas oubliée mais on finissait par s’ennuyer. C’est donc avec une certaine appréhension que l’on a retrouvé Dexter pour cette quatrième saison. Finie la vie de célibataire où il pouvait aller plus ou moins tranquillement découper les victimes. Le héros de la série s’est rangé, il a une vie de famille maintenant. Marié, père d’un petit Harrison et ayant en plus les enfants de Rita à sa charge, c’est un Dexter exténué que l’on côtoie en début de saison. À noter que pour la petite blague, lors du season premiere, le générique change un peu pour marquer cette fatigue. Qui dit manque de sommeil, dit erreurs et ça, Dexter en commettra durant la totalité de ces douze épisodes. Des erreurs qui vont le marquer au fer rouge, à l’instar de celle du season finale. Dexter est désormais un nouvel homme, avec des responsabilités qu’il se doit de remplir. Si l’on pouvait avoir un petit peu peur qu’il perde de son mordant et devienne plus routinier, voire pépère, il n’en est rien. Tout ce qui fait le sel de la série est toujours présent. L’atmosphère de la saison est d’ailleurs bien plus anxiogène que les précédentes, donnant presque parfois l’impression d’étouffer. Forcément, on pense à la scène finale qui est d’une horreur et d’une noirceur sans précédent pour la série, mais il n’y a pas que celle-ci. Quoi qu’il en soit, l’avenir s’annonce très sombre pour Dexter. Si l’analyste sanguin et Rita forment un joli couple, il n’est bien sûr pas que bonheur et félicité éternelle. Ils se disputent, en ressortent souvent grandis, et se reposent l’un sur l’autre. Leur relation est bien écrite et ils sont plutôt attachants. Toutefois, il est dommage que Rita soit devenue aussi peu intéressante au fil du temps ; on est assez loin de ce qu’elle pouvait proposer lors de la première saison. D’autres couples se forment et se déforment au fil des épisodes et on ne peut pas dire que de ce côté-là, ce soit particulièrement renversant, ou même intéressant.

Si Dexter est assez sur la corde raide durant la saison, ayant du mal à jongler entre ses activités de père, de mari, d’analyste sanguin, de frère et de tueur en série, c’est donc en partie en raison de son mariage mais aussi parce qu’une nouvelle menace plane sur Miami. Le tueur de la Trinité est arrivé en Floride et commence à œuvrer. Son mode opératoire est nettement différent de celui de Dexter car il tue par trois, d’où son nom, si ce n’est que ses méthodes bien précises, son raisonnement et sa vie font qu’il possède énormément de points communs avec le boucher de Bay Harbor. Par conséquent, ce dernier souhaite bien évidemment le tuer et s’en suivent des doutes sur sa famille, sur ses principes. C’est le temps de la remise en question. L’irruption de ce tueur en série concorde avec celle de l’agent Lundy, toujours interprété par le sympathique Keith Carradine. Trinity est joué par le non moins fameux John Linthgow. Ne faisons pas dans l’euphémisme : il est époustouflant. Il incarne le tueur avec une grande intensité. Un instant sympathique, il peut devenir en un clignement d’œil un meurtrier glaçant. Dexter a clairement trouvé un adversaire à sa taille et ce, jusqu’à la fin. Pour une fois, notre anti-héros ne s’en sortira pas aussi bien que d’habitude. La série joue clairement dans la cour des bons thrillers et la tension est parfois à la limite du supportable. Évidemment, le tout est toujours parsemé des petites réflexions de Dexter, aussi noires que délicieuses.

Outre l’intrigue du tueur de la Trinité, la saison continue le fort excellent développement de Deb. C’est quand même assez fou le chemin qu’elle a parcouru depuis le début de la série. On peut établir le même constat avec son interprète, Jennifer Carpenter. Elle passe la saison à chercher des informations sur son père, son lien avec les prostituées et, forcément, elle remonte petit à petit la piste du conteneur où un jour un certain massacre eut lieu, lui donnant un frère et faisant naître deux psychopathes. La cinquième saison continuera assurément sur cette lancée qui donne déjà plus que l’eau à la bouche. Mais Deb ne se résume clairement pas qu’à ça. Cette année lui permet enfin de voir ses efforts payer, même si le prix est excessivement cher.

Au final, cette quatrième saison est de haute volée, surtout après la crainte de l’année passée. Dexter, toujours confronté à ses démons, doit aussi faire face à ses erreurs et se voit pour la première fois véritablement pris au piège. Le tueur de la Trinité est un véritable atout et comble nos attentes d’une excellente manière. Tout comme Dexter, on se sent pieds et poings liés. Le stress et l’anxiété sont aisément transférés au spectateur qui vit des moments tantôt émouvants, tantôt horribles. Le point d’orgue est assurément cette fameuse scène finale hantant définitivement les esprits une fois la télévision éteinte. Les douze épisodes se permettent, comme les années précédentes, de proposer une analyse pertinente des relations humaines, le tout avec cet humour noir cher à la série. Petite nuance ceci dit car si tension il y a, les épisodes sont parfois assez inégaux et un ventre mou se ressent en milieu de saison. Néanmoins, c’est bien peu comparé aux qualités prépondérantes. La saison cinq s’annonce sous un jour bien difficile pour Dexter. Vivement la rentrée prochaine~