Après avoir regardé – et adoré – Byakuyakô en 2009, il me paraissait indispensable de commencer l’autre j-drama avec la même équipe créative, le même compositeur de musique et une bonne partie de la même distribution. Je fais bien évidemment référence à Sekai no Chûshin de, Ai wo Sakebu, souvent raccourci pour des raisons compréhensibles en SekaChû. L’appellation anglaise, Crying out Love, in the Centre of the World, est assez régulièrement trouvée sur Internet ; elle pourrait se traduire par un cri d’amour au centre du monde. Justement, la série est une adaptation du roman à succès écrit par Katayama Kyôchi (plus de 3 millions de copies ont été vendues) et publié en 2001 au Japon. Fait rare pour être noté, il est édité en France depuis quelques années. Diffusée sur TBS entre juillet et septembre 2004, la série est composée de onze épisodes de quarante-cinq minutes et d’un spécial. Concernant ce dernier, il ne s’agirait que d’un résumé condensé donc il ne vaudrait franchement pas la peine de s’y intéresser. Le j-drama a reçu à l’époque de nombreuses distinctions ; le scénario a été écrit par Morishita Yoshiko, à l’origine notamment de Byakuyakô mais aussi de JIN. Sinon, il existe une jolie version cinématographique, avec entre autres Nagasawa Masami, Shibasaki Kô, Moriyama Mirai et Ôsawa Takao. À noter qu’elle aussi date de 2004. Les adaptations ne s’arrêtent pas là puisqu’un manga d’un seul tome, un one-shot dessiné par Kazui Kazumi, reprend également l’histoire à sa manière et est publié aux États-Unis sous l’intitulé Socrates in Love ; mais il y a en plus un film sud-coréen, Parang Juuibo (My Girl and I), sorti en 2005. Difficile de le nier, cette tragique romance a définitivement laissé son empreinte sous de multiples formes. Aucun spoiler.

Le jeune adolescent Matsumoto Sakutarô se tient sur le relief australien, Uluru, et s’apprête à y disperser les cendres de celle qu’il aime. Pourtant, il ne peut s’y résoudre. Dix-sept longues années plus tard, il se trouve au Japon où il s’acharne au travail pour ne pas penser à son ancien amour dont il garde toujours les cendres près de lui. Lorsqu’il décide de retourner dans son village natal, ses souvenirs ne sont alors que plus vivaces.

   

Vous l’avez compris en lisant le synopsis, cette série est à classer dans le genre de celles qui font pleurer jusqu’à avoir envie d’arracher son propre cœur. C’est le second j-drama de cette catégorie que je regarde après Kamisama Mô Sukoshi Dake. Comme un certain nombre de personnes, j’imagine, je mets toujours beaucoup de temps avant de me lancer dans ces productions ayant pour moteur les maladies et autres joyeusetés amenant doucement mais sûrement vers la mort. Pourquoi ? Par peur d’être déprimée après avoir regardé les épisodes ? Par peur de me transformer en madeleine et de ne plus pouvoir m’arrêter ? Oui, c’est un peu de tout ça. Mais surtout, je suis au final assez peu réceptive face à la surenchère de pathos et je suis souvent très critique. Il n’en faut pas beaucoup pour que je trouve l’écriture irritante car cherchant beaucoup trop à émouvoir. En d’autres termes, la facilité a plutôt tendance à me faire fuir. Pour cette raison, il est généralement nécessaire que je me donne un petit coup de pied au derrière pour me jeter dans la gueule de loup. À l’instar de Kamisama Mô Sukoshi Dake qui, rappelons-le, m’avait moyennement plu à l’époque, je ne peux pas dire avoir été très touchée par ce qui arrive aux protagonistes de Sekai no Chûshin de, Ai wo Sakebu au point de déverser des torrents de larme. En fait, je n’ai même pas pleuré – je suis déçue ! Pour comparer à Byakuyakô qui lui ressemble d’un point de vue technique, on peut dire que ce fut le jour et la nuit tant celle-ci m’a vraiment attristée, au point où j’y pensais régulièrement alors que je faisais autre chose. Le principal problème des séries sur les maladies est peut-être qu’on attend justement de finir dévasté alors que leur but n’est pas forcément tel. En tout cas, et contre toute attente, Sekai no Chûshin de, Ai wo Sakebu ne cherche aucunement à verser dans le misérabilisme et dans l’émotion gratuite.

Sur une note triviale, il est assez intéressant de mettre en résonance Sekai no Chûshin de, Ai wo Sakebu et Byakuyakô car les deux possèdent en effet de nombreuses similarités entre les comédiens, la scénariste, le producteur, les réalisateurs ou encore le compositeur de musique. Il n’est pas rare que des acteurs japonais se retrouvent régulièrement dans diverses séries mais ici, les analogies sont encore plus marquées puisque la quasi totalité de l’équipe aux commandes est la même. Ce j-drama met aussi en avant la première rencontre en couple à la télévision de Yamada Takayuki et Ayase Haruka ; les deux, ensemble comme séparément, font assurément preuve de talent et lorsqu’on les voit, on comprend sans mal pourquoi ils ont fini par percer dans leur propre pays. L’autre point assez amusant est que la chanson du générique de fin, Katachi Aru Mono, est également interprétée par la même chanteuse que pour Byakuyakô, Shibasaki Kô. On peut pousser les ressemblances encore plus loin car l’artiste est aussi actrice et a notamment joué dans le film de Sekai no Chûshin de, Ai wo Sakebu. Forcément, si l’on a apprécié l’un ou l’autre des j-dramas, on a envie de tenter celui qui lui ressemble tant sur le papier, bien qu’en réalité, les deux possèdent une identité totalement différente.

La série débute par son héros, Matsumoto Sakutarô, en Australie, le regard dans le vide et l’esprit occupé par celle qu’il aime. Malheureusement, la jeune fille, Hirose Aki, est décédée quelque temps auparavant d’une leucémie. Le fil rouge du j-drama est par conséquent la maladie de l’adolescente. Néanmoins, quand bien même la maladie soit au cœur même de l’histoire, le scénario ne tourne pas uniquement autour d’elle. Heureusement d’ailleurs d’autant plus que le pathos et l’aspect mélodrame sont plutôt habilement évités grâce à une écriture et une caractérisation des personnages solides. Au départ, Sakutarô est un garçon comme il y en a des millions. Insouciant, pensant aux filles et souhaitant juste passer du bon temps, il n’a pas de réel souci et fait ce qu’on attend de lui. Aki, de son côté, est une bûcheuse répondant aux moindres plaisirs de ses parents, et plus particulièrement ceux de son père (Miura Tomokazu – Tôkyô DOGS, Bara no nai Hanaya). Lorsque Sakutarô et elle discutent, ils réalisent que c’est l’étincelle. En se rapprochant, les sentiments commencent alors à naître puis à s’épanouir. Or, entre temps la maladie frappe et plonge alors le couple encore naïf dans les hôpitaux, les chambres de décontamination et l’absence de promesse d’un futur radieux. La série prend vraiment le temps de développer leur dynamique, juste, sincère et mignonne comme tout. Les deux sont attachants à leur manière et il est facile de se prendre d’affection pour eux, surtout lorsque l’on sait à quel point la vie peut se montrer cruelle sans véritable raison. Si Sakutarô est sympathique, c’est probablement Aki qui illumine l’ensemble par sa gaieté, son optimisme et le fait qu’elle essaye de ne pas baisser les bras. Son interprète, Ayase Haruka, lui donne beaucoup de sa superbe puisqu’elle y est véritablement magistrale. L’actrice s’est impliquée dans le rôle car elle s’est réellement rasé le crâne et a perdu plusieurs kilos lors du tournage. Tout ne tourne pas autour de Sakutarô, d’Aki et de la maladie. Le renzoku dresse avant toute chose la naissance des sentiments amoureux, leur pureté lorsque l’on est un adolescent, l’épreuve du deuil ou encore les rêves et projets d’une vie future. C’est au final une jolie peinture d’un petit village japonais dans les années 1980 où l’existence se déroule tranquillement, sans grande vague.

En-dehors de l’aspect purement pathologique, Sekai no Chûshin de, Ai wo Sakebu s’attarde sur une galerie de personnages globalement intéressants. Les familles des deux jeunes sont plutôt creusées et on y voit le père d’Aki, bourru, intransigeant et définitivement protecteur, le grand-père de Sakutarô qui se révèle être un véritable modèle pour son petit-fils, la prof proche de ses élèves (Matsushita Yuki – Engine), etc. Les adultes ne sont donc pas oubliés, même si l’accent est davantage mis sur les plus jeunes. D’ailleurs, les amis des héros ont le droit à plusieurs moments dédiés à leur vie et eux aussi finissent par se montrer attendrissants voire très drôles en dépit d’un aspect parfois moralisateur et de bons sentiments. Tanaka Kôtarô (Byakuyakô, H2) et Emoto Tasuku (Soratobu Tire) portent respectivement les traits du peu motivé par les études Ôki Ryûnosuke et de Nakagawa Akiyoshi, surnommé Bozu, qui n’a aucune envie de suivre le chemin spirituel de son père. Le trio qu’ils forment avec Sakutarô est à l’origine de moments très rafraîchissants permettant à la production d’être plus légère. Naturellement, c’est aussi l’occasion de voir quelques visages plus ou moins connus comme Kaho (Otomen) et Takahashi Katsumi (Don Quixote), incarnant ici la sœur et le père de Sakutarô, mais il y a aussi Tanaka Kei (Soredemo, Ikite Yuku, Taiyô no Uta, Water Boys) en lycéen et Asano Kazuyuki (Karei Naru Ichizoku) comme médecin.

Le point quelque peu original de Sekai no Chûshin de, Ai wo Sakebu est qu’il possède une construction plutôt atypique. Au lieu de raconter l’histoire de manière chronologique, le scénario multiplie les flashbacks et se déroule plus ou moins à l’envers. Cet aspect peut d’ailleurs dérouter au départ. Les premiers épisodes sont assez plats, le rythme est très lent et il ne se passe pas grand-chose de foncièrement enthousiasmant. À vrai dire, c’est comme si la série était filmée au rythme de la vie qui est, finalement, monotone. Chaque épisode repose sur le même schéma : Sakutarô, adulte, se remémore des instants vécus avec Aki que l’on voit comme s’ils étaient filmés sur l’instant. Il se termine alors par un retour vers le Sakutarô de 34 ans, réalisant que non, il ne peut avancer. Lorsque l’on commence le j-drama, nous savons donc que la jeune fille est bien morte et que Sakutarô n’a définitivement pas fait son deuil en dépit des longues années écoulées depuis. Revenir dans son village va lui permettre, espérons-le, d’essayer d’aller de l’avant, surtout qu’une de ses amies (Sakurai Sachiko – Kôkô Kyôshi 1993) semble vouloir l’aider à s’en sortir. Le concept est intéressant et prouve que ce n’est clairement pas le résultat qui prime mais le cheminement. Le renzoku montre parfaitement l’évolution de ses personnages. Pourtant, Ogata Naoto interprétant la version adulte du héros, est assez agaçant car il est très mou, passif et nonchalant. Il maximise d’autant plus la lenteur du j-drama s’apparentant alors presque à de la torpeur. Heureusement, on ne le voit au final que peu car c’est Yamada Takayuki (Byakuyakô, Arakawa Under the Bridge, H2, Taiyô no Uta, Churasan, Yamikin Ushijima-kun, Long Love Letter, Water Boys) le jouant adolescent qui a le plus de temps d’antenne mais il faut avouer que c’est dommage que cette interprétation soit aussi peu fluide. Quoi qu’il en soit, cette alternance entre le passé et le présent est une bonne idée car elle permet de voir à quel point cette adolescence a profondément changé Sakutarô. Elle permet en outre de définitivement offrir à la série un aspect mélancolique et foncièrement nostalgique. La musique composée par Kôno Shin (Byakuyakô, Hachimitsu to Clover, Jûnen Saki mo Kimi ni Koishite) épouse d’ailleurs à merveille cette tranquillité lénifiante et ce ton approchant du doux-amer. La réalisation, certes classique, profite du cadre atypique de l’ensemble comme l’histoire se déroule en pleine campagne. La caméra s’attarde alors autour de rizières, de jardins d’hortensias, sur une île abandonnée et balaye les paysages d’une superbe lumière. Le résultat s’avère alors magnifique.

En conclusion, Sekai no Chûshin de, Ai wo Sakebu se révèle être un j-drama calme, intimiste, poétique, délicat et presque reposant si ce n’est qu’il traite de sujets parfois difficiles comme la grave maladie d’une jeune fille. Même s’il n’y a aucun doute sur l’issue de l’histoire, cela ne dérange en aucun cas car c’est le déroulement qui est intéressant. Grâce à une bande-originale envoûtante et une construction originale, l’atmosphère se charge indéniablement en mélancolie et en nostalgie. Il est vrai que la série n’est pas parfaite étant donné qu’elle use parfois un peu trop de bons sentiments mais la bonne interprétation de la plupart de la distribution permet de transcender le tout. Ce qu’il y a d’autant plus appréciable est qu’en dépit d’une thématique propice au mélodrame, le renzoku l’évite habilement et cherche tout simplement à toucher sans trop en faire et garder une juste-mesure. L’humour est ainsi régulièrement présent et il en ressort une grande joie de vivre grâce à Aki, une adolescente résolument optimiste, un brin moqueuse et définitivement forte. Au final, Sekai no Chûshin de, Ai wo Sakebu est un drame humain à l’ambiance reposante dans lequel il n’est pas forcément aisé de s’y plonger mais une fois lancé, on n’en sort pas tout à fait indemne.