Étant légèrement atteinte de Shôta-mania, je suis tout ce dans quoi il joue à la trace. Il paraissait donc impensable que je ne m’intéresse pas à Love Shuffle. Diffusée entre janvier et mars 2009 sur TBS, la série est composée de dix épisodes. Seul le premier comporte un quart d’heure de plus que les quarante-cinq minutes habituelles. Le scénariste, Nojima Shinji, est déjà l’auteur de pépites comme Pride ou encore Bara no nai Hanaya, ce qui donne forcément l’eau à la bouche. Aucun spoiler.

En rentrant chez lui, l’ascenseur dans lequel se trouve Usami Kei tombe en panne. Coincé à l’intérieur avec trois autres de ses voisins qu’il ne connaît pas du tout, ils en viennent à discuter d’âmes sœurs. Tout individu aurait-il une personne qui lui serait destinée ? Une chose en amenant une autre, ils décident de conduire une petite expérience originale en mélangeant les relations de chacun.

   

Le moins que l’on puisse dire est qu’à première vue, cette histoire paraît assez étrange. Suite à une discussion a priori banale, quatre habitants d’un même immeuble mettent ainsi au point une activité atypique. Ils organisent une rencontre où chacun d’entre eux invite une de leurs connaissances de manière à ce qu’ils soient en tout et pour tout, huit. Et c’est à partir de là que chaque semaine, les participants de ce love shuffle échangent de partenaire, tout en sachant qu’il n’existe au départ aucun lien romantique mutuel entre eux. Ils ont le droit à deux rendez-vous, un imaginé par la femme et l’autre par l’homme. Bien que sur le papier tout cela puisse faire club échangiste, ce n’est pas du tout le cas. Après tout, nous sommes dans une série japonaise ! En fait, ce concept s’approche presque du speed dating. Les duos, parfois totalement originaux et apparemment peu compatibles, se forment dès lors le temps d’une semaine et pour certains, il ne se passe strictement rien si ce n’est un dîner catastrophique. Tout le monde sait que l’alchimie ne s’invente clairement pas. Le but de ces personnes est par conséquent de trouver, ou tout du moins de chercher, LA personne, celle qui fera battre son cœur plus vite et et qui donnera des papillons dans le ventre. Le j-drama est sans aucun doute possible l’occasion de créer de nouvelles relations, de détruire des établies, d’approfondir d’autres, etc. Durant tous les épisodes, la caméra suit les différents partenaires dans leur grand mélange ce qui permet à la fois de découvrir leur caractère mais aussi leur passé ou ce qu’ils sont et font à l’heure actuelle. Par ailleurs, le point éminemment positif est que s’il s’agit d’une série mettant l’amour à l’honneur, elle n’oublie aucunement les autres sentiments. Les couples en tant que tels ne sont pas le point-clé de Love Shuffle car avant tout, la série est une grande et très belle histoire d’amitié. En se lançant dans cet échange grandeur nature, les quatre habitants de l’immeuble commencent à se réunir entre eux, sur le pallier, pour manger, boire et discuter. En très peu de temps, le renzoku lance son intrigue puisqu’en même pas cinq minutes, les personnages se sont déjà rencontrés et même s’ils s’exaspèrent pour la plupart, ils ne peuvent désormais plus se détacher les uns des autres. Le rythme ne faiblit presque pas tout au long et il y a rarement des temps morts. Avouons toutefois que le milieu souffre d’une légère baisse de régime mais heureusement, on n’en tient pas compte tant les qualités supplantent le reste. Au final, durant ces dix épisodes on n’a clairement pas le temps de s’ennuyer.

Un des gros points forts du j-drama est assurément son ton. Très enlevé et totalement décalé, il multiplie les répliques fusant dans tous les sens et n’hésite pas non plus à truffer ses dialogues de jeux de mots. Même si l’on ne comprend rien au japonais, on ne peut que rire aux éclats car c’est plus ici une question de sonorités et d’ambiance. Par exemple, le mot panda est utilisé à toutes les sauces et les gimmicks Say it ain’t so, Joe et Yay Panda~ restent définitivement scotchés en tête une fois la télévision éteinte. Très rapidement, le téléspectateur se sent comme partie intégrante des délires des protagonistes qui sont sacrément allumés pour la plupart. Inévitablement, le surjeu est présent mais il ne devrait pas trop déranger ceux qui y sont totalement réfractaires car il est clairement indissociable de l’ensemble. Toutefois, quand bien même l’atmosphère soit aux blagues et à la décontraction, la série sait aussi surprendre par des thématiques parfois sombres et dramatiques. Plusieurs séquences sont effectivement difficiles et émouvantes. Tous les personnages possèdent des zones d’ombre qu’ils tentent d’enrayer à leur manière. En évitant habilement les stéréotypes et les écueils habituels, Love Shuffle aborde plusieurs sujets susceptibles d’intéresser n’importe qui et il est alors facile de s’identifier à l’un ou plusieurs héros de ce mélange géant. Ce qui fait autant plaisir est que pour une fois, la tranche d’âge est celle concernant la vingtaine voire la trentaine tassée. Pour peu que l’on soit lassé des productions japonaises à foison à destination des adolescents, on se sent limite revivre face à cette maturité appréciable non dénuée d’un grain de folie. En outre, pour un j-drama, les marques d’affection sont assez présentes et, dans l’ensemble, dépassent ce que l’on a l’habitude de voir. En d’autres termes, la pudeur caractéristique est plus ou moins rangée au placard et la série trouve un juste-milieu entre ce qu’il faut montrer et ce qu’il convient de cacher afin de faire marcher l’imagination.

Naturellement, l’autre succès de Love Shuffle est bien évidemment sa galerie de personnages. Pour simplifier, il sont presque tous adorables et extrêmement attachants. Celui qui s’apparente le plus à un héros est le farfelu Usami Kei. Fou amoureux de Kagawa Mei, il n’arrive malgré tout pas à la convaincre mais c’est justement peut-être parce qu’il croit l’aimer alors que ce n’est pas forcément le cas… Tamaki Hiroshi (Nodame Cantabile, Guilty ~ Akuma to Keiyakushita Onna, Last Christmas) qui l’incarne montre encore une fois qu’il excelle dans le registre humoristique. Difficile de ne pas être attendri par le mignon duo détonnant que Kei forme avec Ôishi Yukichi, joué par DAIGO que je ne connaissais pas du tout. Yukichi a beau avoir un compte bancaire bien rempli, il n’a aucune assurance en lui et n’a pas d’ami. Il souffre beaucoup de son côté bizarre et espère un jour être apprécié par quelqu’un. Toujours chez les hommes, Matsuda Shôta offre ici ses traits à Sera Ôjirô, un photographe charmeur papillonnant de femme en femme. Ne s’attachant jamais à quiconque, il est plutôt froid et en dépit de son côté à première vue insensible, il est à fleur de peau et s’avère assez fragile. Enfin, le psychanalyste Kikuta Masato complète ce quatuor, lui qui sous ses airs doucereux cache de nombreux rebondissements plus qu’ambigus. Jusque-là, je n’avais jamais été convaincue par son interprète, Tanihara Shôsuke (Tempest, Magerarenai Onna) que je n’avais vu que dans Pride et Gokusen 2 mais peux maintenant affirmer que je suis tombée de haut tant il y est génial.
Quant aux femmes, elles sont bien évidemment présentes elles aussi au nombre de quatre. Ma préférée fut sans conteste Hayakawa Kairi, jouée par la jolie Yoshitaka Yoriko (Tôkyô DOGS, Ashita no Kita Yoshio, Shiroi Haru). Suicidaire et quasi mutique, elle peint de fantastique tableau et ne semble jamais sortir de son monde. Kairi ressemble à une poupée cassée et s’il est difficile de la comprendre, elle touche en plein cœur et émeut. C’est d’autant plus vrai lorsqu’elle se trouve au contact d’un autre participant du love shuffle. Son opposée, Aizawa Airu (Karina) est forte, fière et ne se laisse aucunement marcher sur les pieds. Elle adore embêter Kei avec qui elle se chamaille parfois comme chien et chat. Kagawa Mei (Kanjiya Shihori – Buzzer Beat, H2) est justement la fiancée de Kei dont le côté effacé tendra à s’atténuer par la suite pour révéler le personnage. Et pour terminer cette présentation féminine, place à la plus âgée d’entre elles : Kamijô Reiko (Kojima Hijiri). Véritable cougar, elle a une classe d’enfer, sait ce qu’elle veut et n’hésite pas à tout faire pour voir ses désirs réalisés.
Quelques autres protagonistes évoluent autour de ces huit membres mais ils sont plus anecdotiques qu’autre chose. C’est aussi l’occasion de repérer des invités comme Daitô Shunsuke (Tumbling, Futatsu no Spica) en chef de gang ou encore Hakamada Yoshihiko (Soratobu Tire, Fumô Chitai) en ami intime de Airu. Quoi qu’il en soit, la série a déjà fort à faire de manière à bien développer ces huit personnalités et heureusement, elle le fait plus que bien d’autant plus qu’elle creuse également toutes les relations se tissant entre eux. Certaines sont d’ailleurs plus intéressantes que d’autres mais globalement, l’alchimie et les étincelles sont présentes en grand nombre.

Concernant la forme, il est possible de dire que l’on sent un certain souci du détail. Ce n’est pas si fréquent dans un j-drama donc l’effort est louable. La réalisation n’est effectivement pas tout à fait habituelle, ne serait-ce que parce qu’elle n’hésite pas à proposer des cadrages originaux, de découper l’image en plusieurs parties et que la photographie est plutôt bonne. Visuellement, le travail est par conséquent plus que correct et il en va de même concernant la musique. La bande-son, composée par Kamisaka Kyôsuke, MAYUKO et Izutsu Akio, participe au rythme et entendre Eternal Flame des Bangles et Fantasy de Earth, Wind & Fire met de suite de bonne humeur, si tant est que l’on ne l’est pas déjà en regardant l’épisode ! À noter que le générique de fin s’apparente à une sorte de bêtisier, procédé très rare dans les séries japonaises d’ailleurs. En tout cas, les acteurs ont eu l’air d’avoir bien ri sur le tournage et cette osmose et cette bonne humeur sont plus que communicatives.

En définitive, si Love Shuffle possède certes un développement classique et presque banal, l’ensemble fait preuve d’une telle énergie et d’une sincère amitié que l’on s’amuse comme un petit fou. Avec ses personnages hauts en couleur et touchants, ses dialogues ciselés ainsi qu’avec son rythme enlevé, il est facile de se laisse prendre à ce jeu atypique et tout simplement délicieux. De plus, si le ton est adulte et que les sujets savent faire preuve d’un minimum de profondeur et d’authenticité, le grain de folie n’est jamais oublié. C’est alors le cœur gros comme ça que l’on quitte cette petite bande adorable méritant plus que le détour. Yay Panda~