Après avoir discuté du générique d’Ashita no Kita Yoshio il y a quelques semaines mois, il est maintenant temps de parler de cette série japonaise. Diffusé entre janvier et mars 2008 sur Fuji TV, le j-drama est composé de onze épisodes. Seul le premier comporte dix minutes de plus que les quarante-cinq habituelles. Il s’agit d’une adaptation du roman Jiyû Shikei de Shimada Masahiko qui est apparemment plutôt célèbre dans son pays. Ashita no Kita Yoshio veut tout simplement dire le lendemain de Kita Yoshio. Aucun spoiler.

Kita Yoshio est un homme tout ce qu’il y a de plus banal si ce n’est qu’il semble poursuivi par la malchance. Ne supportant plus sa vie, il décide alors d’y mettre fin. En raison de sa lâcheté, il ne se suicide pas sur l’instant mais préfère préparer son départ définitif. Comme il est persuadé que le chiffre onze le suit depuis toute sa vie, il projette d’agir en conséquence dans onze jours, soit lors de l’anniversaire de la mort de son meilleur ami. Ce qu’il ne sait pas encore c’est que durant cette période, il rencontrera plusieurs personnes susceptibles de lui redonner goût à la vie et qui sait, ne va-t-il pas découvrir certaines vérités ?

C’est en lisant le synopsis et en voyant que Matsuda Ryûhei faisait partie de la distribution que j’ai voulu regarder cette série. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’à première vue, l’histoire semble originale. Normale, elle l’est ! Il s’agit là d’une série assez atypique, mêlant habilement les genres. Allez, je romps le faux suspense en donnant mon opinion dès le départ. Pour faire simple, clair et précis, j’ai adoré ce renzoku. De tous ceux que j’ai regardés cette année, c’est celui qui m’aura le plus plu pour le moment. Ce fut une très agréable découverte et j’espère bien en avoir des aussi bonnes dans cette seconde partie de 2010.

 

Le héros, Kita Yoshio, est un homme pathétique voulant à tout prix se suicider. La série aurait pu prendre le parti de rendre l’ensemble tragique car dans le fond, elle l’est, mais elle ose la tourner de manière à intégrer des passages tout aussi drôles. De cette façon, il est assez difficile de classer Ashita no Kita Yoshio dans un genre précis puisqu’elle en englobe plusieurs, pour notre plus grand plaisir. Ce n’est jamais comique au sens strict du terme mais ce n’est jamais déprimant. Attention, cela ne veut pas dire que ce n’est pas touchant, loin de là. Au contraire. La série ne tire pas vraiment sur la corde sensible mais l’histoire de Yoshio est émouvante. Il n’a jamais vraiment eu de chance si ce n’est qu’en même temps, il arrive toujours à s’en sortir à peu près. Il faut aussi dire que le héros est adorable. Peu sûr de lui, il n’ose pas élever la voix et se laisse marcher sur les pieds. Il s’est autrefois marié à une beauté, ne comprenant pas trop pourquoi elle voulait de lui mais il ne s’est pas posé plus de questions que cela. Lorsqu’elle l’a quitté, il a continué tranquillement sa vie. Sans vraiment lui en vouloir. Ou tout du moins sans vraiment avoir l’impression de lui en vouloir. Lorsqu’il décide de profiter de onze journées avant de se suicider, il fait la rencontre de Heita, un jeune homme assez ambigu. Ce dernier semble vouloir aider Kita Yoshio mais d’un autre côté, il paraît plutôt intéressé par son argent… Les deux finissent par développer une belle histoire d’amitié. La scène sur le toit, dans le dernier épisode, est particulièrement belle par exemple.
Ashita no Kita Yoshio est une série qui fait la part belle aux mystères, il y a donc par conséquent un côté investigation qui est fort réussi. L’aspect romance est lui aussi présent mais sert plus à l’intrigue qu’autre chose. Ce n’est pas une énième bluette.

Dans le rôle de Kita Yoshio, on retrouve le génial Kohinata Fumiyo (Kisarazu Cat’s Eye, JIN), abonné aux seconds rôles que l’on voit un peu partout à la télévision japonaise. Que dire si ce n’est qu’il est parfait et mérite d’être en tête d’affiche ? Son personnage n’est pourtant pas facile à interpréter tant il a une dimension plutôt ambivalente. Attachant, sympathique, Kita Yoshio est assez naïf au premier abord si ce n’est qu’il possède une face cachée qui se révèlera bien difficile à contrôler. Pour marquer cette dualité, la série utilise un procédé qui marche ici très bien. Kohinata Fumiyo peut alors inspirer une grande bonté comme une vraie méchanceté, cela en quelques secondes. Le jeune homme le prenant plus ou moins sous son aile, Heita, est donc Matsuda Ryûhei, le grand frère de Shôta. Le talent, c’est de famille. J’avais déjà eu l’occasion de voir Ryûhei dans quelques films (Aoi Haru et 9 Souls, deux excellents films de Toyoda Toshiaki. À voir de toute urgence si ce n’est pas déjà fait.) et à chaque fois je l’avais beaucoup apprécié. Il joue peu dans des série et ce serait sympathique s’il pouvait en tourner quelques unes de temps en temps. Les deux personnages et leur relation peu commune sont le principal moteur de la série mais d’autres protagonistes gravitent autour d’eux.

Parmi les personnages plus secondaires mais tout aussi nécessaires à l’intrigue, on retrouve l’ex-épouse de Kita Yoshio, Mizuho. D’une beauté presque glaciale, elle peut paraître très faible comme forte et psychorigide. Son interprète, Konishi Manami (Churasan, Orange Days), est impeccable et aurait justement pu agacer en raison de cette voix si fragile qu’elle prend de temps en temps. Sauf que ce n’est pas du tout le cas. On la comprend au fil des épisodes et on se rend compte qu’elle n’est autre qu’une victime d’une certaine personne. Elle est suivie de près par un employé de sa compagnie, Moriwaki Daisuke, incarné par Kaname Jun (Atashinchi no Danshi), qui joue double jeu. Les deux font d’ailleurs l’objet d’une investigation par des experts en assurance qui sont bien décidés à déjouer les complots et autres malversations se tramant dans l’entreprise. Si tout cela paraît bien sérieux sur le papier, en réalité c’est totalement différent. Le duo d’enquêteurs est complètement loufoque et amène un certain nombre de passages bien drôles. Un de ces membres n’est autre que le génial Namase Katsuhisa, le Kyôtô de Gokusen, et l’autre est joué par Maruyama Tomomi (Yume wo Kanaeru Zô).

Parmi les autres personnages importants, on retrouve Kuriyama Chiaki (Rebound, Hagetaka) dans le rôle de la petite-amie d’Heita qui a un besoin pressent d’argent et qui se rend compte qu’elle pourrait aller très loin pour régler ses dettes. Le couple qu’elle forme avec Heita est juste et sympathique. Enfin, la série ajoute une touche glamour avec une idole ayant quelques difficultés à se maintenir à flot : Shinobu. Elle est incarnée par Yoshitaka Yuriko, vue dernièrement pour ma part dans Love Shuffle. Le moins que l’on puisse dire c’est que ce rôle est à des années lumière de celui du j-drama avec Matsuda Shôta ! Assez caractérielle et capricieuse, Shinobu n’en demeure pas moins mignonne comme tout et finalement plus que gentille. Elle se prend d’affection pour Kita Yoshio et fera tout ce qui est en son pouvoir pour l’empêcher de se suicider.

Onze épisodes car il reste onze jours à Kita Yoshio avant de se suicider. Onze épisodes pour changer d’avis. Ou non. Va-t-il finalement passer à l’acte ? La fin d’Ashita no Kita Yoshio est à l’image de la série. Drôle, assez loufoque et émouvante, elle jongle avec les genres d’une facilité déconcertante, sans jamais perdre au passage le téléspectateur qui savoure avec délice ce à quoi il assiste. La bande-son, très jazzy, accentue encore davantage cet aspect atypique et met de suite dans l’ambiance. Grâce aux dynamiques entre les personnages et au léger suspense, le rythme est plutôt soutenu et on a guère le temps de s’ennuyer. On se pose ainsi des questions sur cette triste vérité que l’on découvre progressivement bien qu’elle n’en demeure pourtant pas déprimante. Quand bien même l’avenir soit morose pour Kita Yoshio, on est touché par sa vie plate et on espère de tout cœur qu’il n’osera pas quitter ce monde qui n’a pas toujours été des plus aimable avec lui. Tous les éléments sont dès lors liés et forment une intrigue solide et bien menée dès le départ. Au final, Ashita no Kita Yoshio est une série intelligente, plus fine qu’elle en a l’air, bien écrite, avec des personnages ambivalents et non manichéens. C’est une vraie bouffée d’air frais dans la production nippone. Que demander de plus ?