La psychologie étant ce qui fera bouillir très prochainement ma marmite, je me voyais mal laisser de côté Lie to Me, une série ayant débuté il n’y a pas très longtemps. Disposant pour l’heure de deux saisons, une troisième est d’ores et déjà d’actualité. Aujourd’hui, il ne sera question que de la première, composée de treize épisodes diffusés sur Fox entre janvier et mai 2009. En France, elle est passée courant mai/juin 2010 sur M6. Aucun spoiler.

Le docteur Cal Lightman est un spécialiste des micro-expressions. Travaillant comme détecteur de mensonges humain, il a créé sa propre entreprise d’analyse et reçoit des demandes de la police, de l’administration fédérale ou de quiconque pouvant s’offrir ses services. À travers un geste, un regard et une simple posture, il est capable de déceler le vrai du faux.

Malgré un synopsis qui ne m’attirait que moyennement, j’ai décidé d’essayer la série. Si j’étais autant frileuse, c’est parce qu’il s’agit d’une énième fiction reposant sur le principe d’une histoire par épisode. Plus les années passent et moins je tolère ce registre finissant par perdre en fraîcheur. Tenter une nouvelle ne me disait donc rien qui vaille. Or, compte tenu de sa thématique et de son approche, ma curiosité n’a pas pu s’empêcher d’être titillée. Il est très rare qu’une production s’intéresse à ce courant fort particulier de la psychologie, la psychothérapie ayant plutôt toutes les faveurs. Ainsi, dans Lie to Me, le héros, Cal Lightman, s’inspire des travaux du psychologue Paul Ekman sur les émotions et leur expression faciale. N’importe quel étudiant dans ce domaine a forcément entendu parler de ces recherches à un moment donné de son parcours universitaire. Il paraîtrait que la série ressemble assez à The Mentalist, ce qui est fort possible, mais ne l’ayant jamais visionnée, je ne pourrai pas réfuter ou confirmer cette constatation. Avant toute chose, il convient de préciser que ceux espérant découvrir de la psychologie pure et dure peuvent passer leur chemin. Effectivement, Lightman ne fait que regarder les expressions et mimiques faciales, n’écoutant même pas vraiment ce que les personnes racontent. Pour quelqu’un se disant psychologue, c’est quelque chose d’assez aberrant dans le sens où il est perpétuellement en train d’agir de la sorte, n’ayant absolument aucun tact, croyant à chaque fois tout maîtriser mieux que tout le monde. D’après ses propos et le respect qu’ont ses proches pour son talent, il détecterait les mensonges en un clin d’œil. La personne en face de lui n’a même pas besoin d’ouvrir la bouche, il sait ce qu’elle pense. Après tout, cette compétence est possible, mais le résultat à l’écran ne l’est pas toujours, ça c’est certain. Dans le cas de Light to Me, cette caractérisation délivre un aspect froid et peu humain alors que, justement, ce sont les émotions qui sont supposées gouverner l’ensemble. C’est pourquoi la déception est presque présente puisque tout ne se limite qu’à une simple observation et non pas à l’exploration de la psychologie des personnages. À vrai dire, avant toute chose, Lie to Me est une série d’investigation. La mode étant à l’ajout d’une habileté particulière, les créateurs se sont inspirés des micro-expressions comme ils auraient très bien pu opter pour un autre attribut n’ayant rien à voir. Dès lors, elle devrait plausiblement plaire aux amateurs des fictions procédurales, car elle comporte tous les codes inhérents au genre.

Dans l’ensemble, la qualité de cette courte première saison est équivalente et réussit à divertir suffisamment ; les treize épisodes ne se révèlent pas ennuyants et parviennent sporadiquement à disposer parfois d’une recherche plus élaborée. En revanche, il est très navrant que les personnages soient aussi peu fouillés et que l’accent soit principalement mis sur les enquêtes. Il s’agit d’ailleurs malheureusement d’un écueil de ce format, même si cela ne cautionne en rien ce défaut. Au final, très peu d’informations filtrent concernant les protagonistes qui ne s’avèrent par conséquent guère intéressants, voire attachants. À la tête de Lie to Me se trouve Cal Lightman, un psychologue cynique assez antipathique s’apparentant plutôt à un antihéros dans la veine d’un docteur House (House MD). C’est Tim Roth qui lui offre ses traits et, alors qu’il propose en règle générale des compositions solides, il se perd ici trop régulièrement dans le cabotinage, bien que ce ne soit pas trop agaçant. Pour mener ses affaires, Cal a créé son entreprise, le groupe Lightman, avec l’aide de sa fidèle amie et collègue, Gillian Foster (Kelli Williams). Douce et dotée d’empathie, elle est l’exacte opposée de Lightman, les deux parvenant à former une équipe soudée et complémentaire. Le premier épisode débute par l’irruption d’une nouvelle recrue au sein de cette structure, Ria Torres (Monica Raymund), un ancien agent des douanes. En dépit de son absence totale de bagage universitaire, elle est capable de détecter les mensonges sans aucune difficulté. Son arrivée sert par la même occasion à faire découvrir au public les tenants et aboutissants du groupe. Malheureusement, le personnage est presque exécrable ; mal interprété, il ne dégage rien et n’exprime pas grand-chose. Puisqu’il faut une mixité, il n’est guère étonnant de retrouver un quatrième membre, Eli Loker (Brendan Hines), à l’honnêteté naturelle tant il dit tout ce qu’il pense. Ce quatuor travaille conjointement, chacun ayant des tâches assez spécifiques. Leur rôle est de résoudre les affaires que de hautes instances leur donnent. Le schéma est généralement assez identique. Cal s’organise comme il le souhaite, se met à dos beaucoup de personnes, finit par épater ce petit monde et l’énigme est expédiée. À côté de ça gravitent d’autres figures, probablement afin d’étayer un tant soit peu l’ensemble et permettre aux épisodes de durer les quarante minutes habituelles. C’est par exemple le cas de certaines d’entre elles incarnées par Jennifer Beals (The L Word), l’ex-femme de Cal, mais aussi de Mekhi Phifer (ER) comme agent du FBI vraisemblablement apte à recevoir prochainement plus de temps d’antenne.

Les épisodes se suivent donc et se ressemblent. Aucun fil rouge ne transparaît et il n’est pas du tout nécessaire de visionner dans l’ordre ou méthodiquement pour tout comprendre. Bien sûr, malgré une certaine homogénéité, certains d’entre eux sont plus efficaces que d’autres, à l’instar du 1×12, Blinded, ou du season finale, Sacrifice. Finalement, le rythme est suffisamment soutenu pour ne pas s’ennuyer. De même, les dialogues sont correctement écrits et sonnent juste. Ce qu’il y a d’intéressant, c’est que régulièrement, pour illustrer les propos de Lightman et de son équipe, des photos de personnalités connues – souvent issue du monde politique, propice à la tromperie – sont montrées à l’écran. Ce système assez corrosif est particulièrement bien trouvé. Sinon, la réalisation demeure banale, sans que cela signifie pour autant qu’elle soit médiocre. Le générique est en revanche particulièrement sympathique, notamment grâce à sa jolie chanson, Brand New Day de Ryan Star.

Pour conclure, la première saison de Lie to Me s’avère suffisamment courte pour ne pas endormir en dépit d’une forme codifiée et peu originale. En effet, elle ne sort pas une seule seconde des sentiers battus et ne se démarque donc pas vraiment de la multitude de séries du même genre phagocytant de trop la télévision. Pour cela, malgré une idée de départ intéressante, elle doit blâmer ses intrigues parfois convenues et, surtout, des personnages insuffisamment travaillés. Cela étant, l’ensemble se regarde aisément pour l’instant, à condition d’espacer suffisamment les épisodes et de ne pas les enchaîner. Si la fiction n’évolue toutefois pas au fur et à mesure de sa progression, elle a en revanche tous les risques de devenir rapidement insipide. La balle est dans son camp, il ne le lui reste plus qu’à se créer une vraie identité et réussir à casser les limites de son format.