Aujourd’hui, discutons d’une série ayant grandement fait parler d’elle en 2010 : Spartacus. Créée par Steven S. DeKnight et Sam Raimi – soit une partie de l’équipe ayant officié sur Xena: Warrior Princess, Hercules: The Legendary Journeys et plus récemment sur Legend of the Seeker – elle vit sa première saison intitulée Blood and Sand diffusée sur Starz de janvier à avril 2010, le temps de treize épisodes. Comme son titre l’indique, il est question du gladiateur Spartacus, normalement connu par tous. Son histoire a été adaptée à plusieurs reprises bien qu’une seule ressorte réellement du lot à travers le film de Stanley Kubrick de 1960. Aucun spoiler.

La première bande-annonce m’a plutôt mis l’eau à la bouche dès son arrivée. Au cas où vous ne l’auriez pas déjà compris, j’aime les péplums. Alors que la fiction paraissait être visuellement parlant dans la même veine que 300, j’espérais qualitativement quelque chose de plus proche de Rome, le petit bijou de HBO. Malheureusement, le résultat en est assez loin. Si de nombreux commentaires semblent s’accorder sur le fait que les premiers pas sont chaotiques, beaucoup mettent en avant une évolution positive, rendant la saison correcte, voire bonne. Ce n’est pas vraiment le cas de la maison. Les amorces initiales se veulent effectivement catastrophiques. Peu subtiles – et c’est le moins que l’on puisse dire – excessives et outrancières, elles demeurent plates et peinent à convaincre. Cela dit, puisqu’il s’agit du début, il convient de se montrer un tant soit peu indulgent dans le sens où Spartacus n’est pas encore Spartacus ; il n’est qu’un Thrace venant de se faire acheter comme esclave. À partir du moment où il prend conscience de sa nouvelle condition et qu’il met sa femme de côté, la saison s’améliore.

La série se déroule quasiment uniquement dans la cité romaine de Capoue. On y découvre peu d’éléments si ce n’est le ludus de Batiatus, une école de gladiateurs où tous passent leurs journées à s’entraîner, avant d’aller s’entretuer dans l’arène avec l’un des combattants d’une autre maisonnée. Les sorties des personnages dans les rues sont plus une exception qu’une règle. Même si le cadre est ainsi relativement fermé, les différentes intrigues tiennent le cap et permettent de ne pas trop ennuyer l’audience, tout en se renouvelant quelque peu. Si l’on pouvait espérer une critique de la société romaine, de ses mœurs et de ses prises de pouvoirs, on est obligé de revoir ses besoins à la baisse. En dépit de sporadiques éléments intéressants et poussant la réflexion un peu plus loin que les corps dénudés omniprésents à l’écran, cette première année de Spartacus n’a assurément pas pour but initial d’analyser quoi que ce soit. Néanmoins, ne soyons pas trop médisants parce que quelques guerres intestines plutôt bien menées couplées à des traîtrises et des manipulations assez croustillantes parsèment le scénario machiavélique. La saison se terminant sur une véritable boucherie inévitable, la suite s’annonce davantage variée et sera peut-être plus profonde, faisant en effet prendre du galon à son héros.

Spartacus est incarné par un illustre inconnu, Andy Whitfield. Sans faire d’étincelles ou se révéler catastrophique, il effectue son travail de façon globalement correcte. Cet acteur a en revanche malheureusement découvert qu’il souffre d’un cancer – souhaitons-lui un bon et prompt rétablissement. Naturellement, dans la galerie de protagonistes assez étendue, plusieurs sont mieux creusés que d’autres. Bien que la saison s’empêtre parfois dans les incohérences au niveau de leur caractérisation et que trop d’entre eux s’avèrent ternes, elle a le mérite de réussir à croquer certaines de ses figures de manière très rapide et les rendre attachantes malgré des qualités réduites. La série évite avec tact le manichéisme primaire, ce qui fait grandement plaisir. Sans détailler tous les personnages, attardons-nous sur quelques-uns des plus marquants. Par exemple, les fans de la sympathique Lucy Lawless (Xena: Warrior Princess, Battlestar Galactica) seront ravis de sa présence, car elle y incarne Lucretia, la femme du maître du ludus. Opportuniste, cette dernière est prête à tout pour parvenir à ses fins. Son mari, Batiatus, n’est autre que le non moins charmant John Hannah (The Mummy) que, pour ma part, je n’avais pas vu depuis un petit moment. Il casse assez son image avec ce rôle de fourbe et de manipulateur dont les dents raclent le parquet. Sinon, le ludus marque le rassemblement de gladiateurs bigarrés et possédant des caractéristiques propres. Forcément, des noms connus comme le notable Crixus (Manu Bennett) occupent une place importante. Mention spéciale au Doctore joué par un Peter Mensah tout en prestance ; rappelons qu’il est celui qui, dans 300, lance le fameux This is madness avant de se faire jeter sur un This is Sparta. Il est parfait dans ce rôle d’ancien gladiateur tentant d’apprendre à ses élèves en quoi consiste leur mission. Bien sûr, n’oublions pas les nobles soi-disant bien sous tous rapports alors qu’ils sont corrompus et retors. Craig Parker (Legend of the Seeker) est l’un d’entre eux et se révèle délicieux en Romain intraitable. En réalité, si tant est que l’on ait regardé les séries de Sam Raimi, on reconnaît forcément beaucoup de visages. Ça en devient justement assez incroyable.

Si la production a autant fait parler d’elle, ce n’est indubitablement pas pour son scénario, mais pour ses scènes de massacres plus que sanglants et de sexe. Il paraît clair que Spartacus n’est pas à mettre entre les mains de tout le monde. Âmes sensibles, s’abstenir. Concernant les combats, ils ne sont pas nécessairement crédibles dans le sens où la réalisation donne un aspect très jeu vidéo à l’ensemble. Il y a beaucoup de ralentis – trop, d’ailleurs –, et l’hémoglobine gicle de partout, à tel point que parfois ça en devient ridicule. Toutefois, si le budget n’est clairement pas de l’acabit de celui 300 dont la série s’inspire sans aucun doute, pour de la télévision, le constat est positif à condition d’apprécier le parti pris. Quant aux scènes charnelles, elles sont montrées de A à Z ; rien n’est caché. Tout le monde y passe et les relations sont hétérosexuelles, homosexuelles ou les deux en même temps. Bref, chacun est en mesure de trouver à son goût !

Au final, la première saison de Spartacus n’est pas une franche réussite dans sa globalité. En raison du cancer d’Andy Whitfield, le tournage de la suite a été repoussé, mais il aura bien lieu comme cela a été confirmé dernièrement. Afin de faire patienter les téléspectateurs, Starz a mis en chantier une préquelle de six parties sur le ludus. Quoi qu’il en soit, demeurent dans cette salve d’épisodes quelques bons points comme une esthétique particulière et travaillée ou encore une superbe musique composée par Joseph LoDuca (Legend of the Seeker, Xena: Warrior Princess). Ne nions pas que l’ensemble est rapidement envahi par ses défauts qui seront tout aussi vite susceptibles d’irriter plusieurs. Cependant, le résultat final n’est pas si horrible que ce que ces lignes doivent laisser transparaître puisque le tout se regarde sans trop de difficultés, dès la longue période d’exposition du début passée et la période de deuil terminée. En effet, il s’avérait légitime d’attendre davantage de cette fiction. Il aurait été agréable qu’il y ait plus de réflexion, de personnages finement écrits, ou encore moins d’excès, de superficialité et de banalités. En demandais-je trop ? Qui sait, aussi bien la suite apprendra de ses erreurs !
Bonus : la bande-annonce de la saison