Après avoir parlé de la saison neuf de Smallville la semaine dernière, il est temps de traiter une autre série fantastique de The CW, à savoir Supernatural et sa cinquième année à l’antenne. Composée comme toujours de vingt-deux épisodes, elle fut diffusée aux États-Unis de septembre 2009 à mai 2010. À noter que son créateur, Eric Kripke, avait dit dès le départ que Supernatural ne comporterait que cinq années. Pour des raisons que l’on ne comprend que trop, ce ne sera pas le cas puisque la sixième débute fin septembre. D’ailleurs, Kripke quitte son poste de showrunner. Aucun spoiler.

Contre toute attente, la saison quatre fut plutôt bien maîtrisée, dépassant le cadre de simple divertissement. Même si elle n’était pas parfaite, elle mettait en place de bons éléments davantage aboutis et travaillés. C’est donc avec une joie évidente que l’on pouvait commencer les aventures inédites. Malheureusement, la fiction est tombée dans des travers dispensables et gâchant assez les épisodes. Ce n’est pas tant qu’elle soit mauvaise, mais le potentiel n’est pas exploité à son maximum, et l’on a facilement l’impression de se faire avoir sur la marchandise. Par ailleurs, Supernatural n’arrive décidément pas à enrayer ses défauts qui deviennent de plus en plus agaçants. Ainsi, la série tourne régulièrement en rond. Toute la saison revient à savoir s’il faut dire oui/non à Lucifer et quand exactement ce sera fait. Au bout d’un moment, on sature d’autant plus que le supposé grand méchant n’a pas autant de charisme que ça, même s’il est campé par Mark Pellegrino (Dexter, Lost). Les Winchester ne font pas grand-chose et sont finalement assez passifs, ce qui accentue la lenteur générale. Ce n’est pas qu’il ne se passe rien, mais… presque. Les intrigues auraient clairement pu être condensées au lieu de s’étirer indéfiniment. Le fil rouge est l’Apocalypse, source apparente de moments trépidants et riches en tension ; or, aussi incroyable que cela peut paraître, l’ensemble manque d’enjeu à proprement parler. Les épisodes censés faire avancer la mythologie ressemblent plus à des loners qu’autre chose. On ne ressent aucune pression et les véritables loners sont moyens, sauf rares exceptions.

Malgré ce que le deuxième paragraphe de cet article peut laisser penser, non, la saison n’est pas une ignominie insupportable. Il y a de bons, voire de très bons éléments, mais ils sont quand même souvent noyés dans le correct, ce qui s’avère fort dommage lorsque l’on compare à l’année précédente. C’est malin de nous avoir rendus si exigeants, tsss. Une idée pertinente est de ramener le Trickster qui se révèle un excellent protagoniste, décalé comme il faut et absolument délicieux. Il est à l’origine de l’épisode 5×08, Changing Channels, qui, sous couvert d’une parodie de séries télévisées comme CSI ou Grey’s Anatomy, fait avancer la mythologie. On le revoit dans le courant de l’année et l’on a le droit à un plus que sympathique rebondissement à ce sujet. Crowley, un démon interprété par Mark Sheppard (Battlestar Galactica), figure également parmi les réussites les plus notables ; et même s’il semble possible de chipoter sur certains éléments liés à ses actes par rapport aux Winchester, il apporte plus que ce qu’on pourrait lui reprocher. Sinon, le chapitre permet de développer assez ses personnages principaux et les relations existant entre eux. Le résultat est plutôt pas mal, sans être toutefois toujours des plus consistants. Le fossé entre Dean et Sam se creuse, tente de diminuer et paraît parfois insurmontable, et de là en découle beaucoup d’émotion. Le season finale en représente d’ailleurs le summum ; il se veut assez solide, bien qu’il souffre de facilités et eût été excellent en series finale.

Au final, la saison cinq de Supernatural possède un matériel satisfaisant et se montre clairement ambitieuse, mais elle ne va pas jusqu’au bout des choses. De ce fait, elle donne surtout l’impression d’être assez surfaite et de tout simplement effleurer les évènements. Les idées sont présentes, ce n’est pas la question, c’est seulement au niveau du traitement que cela pèche – ce qui est un peu malheureux quand on compare à l’année précédente. L’Apocalypse est bien trop gentillette puisque l’on ne ressent que peu de menaces à son sujet, si ce n’est à quelques rares moments. Par exemple, Lucifer n’est que l’ombre du mythe qu’il inspire depuis maints siècles. Néanmoins, l’univers de la série est toujours là et pour peu qu’on l’apprécie, on ne peut s’empêcher de continuer les épisodes. Il faut ajouter que les personnages, assez développés, sont attachants et pour la plupart agréables. Il est seulement dommage que les scénaristes ne sachent de nouveau pas en écrire des féminins qui tiennent la route, mais ça, hein… Bref, la saison est correcte et se laisse regarder bien qu’elle soit certainement une des plus faibles depuis la création de Supernatural. Il reste à croiser les doigts pour que la sixième ne soit pas celle de trop.