Progressivement, on arrive au bout des bilans des séries télé 2009/2010 que je regarde en direct des États-Unis. Après sa petite sœur début juillet, il est l’heure de parler de Grey’s Anatomy et de sa saison six qui fut diffusée sur ABC de septembre 2009 à mai 2010, durant vingt-quatre épisodes – dont deux doubles. Aucun spoiler.

Plus le temps passe, plus la fiction semble perdre en intérêt. À vrai dire, depuis la fin de sa deuxième année, Grey’s Anatomy n’est jamais parvenue à retrouver cette qualité sur une longue période. Certes, sur du court terme, elle est capable de donner le change et de satisfaire, mais dès qu’il s’agit d’arcs quelconques, la production coule à pic. Cette année en est l’exemple parfait. La saison cinq se terminait en toute beauté sur un cliffhanger dont la résolution ne laissait aucun doute en raison des bruits de couloir concernant la distribution. Le début de cette salve d’épisodes inédits est également l’occasion de se séparer momentanément de Meredith Grey, Ellen Pompeo étant en congé maternité. D’ailleurs, les plans supposés cacher son ventre bien rond se veulent assez drôles. Aussi étrange que cela puisse paraître, Meredith est on ne peut plus supportable durant cette année. Son absence est bien gérée, elle ne manque pas, mais lorsqu’elle revient, on ne regrette pas non plus le fait qu’elle soit de retour. Elle a enfin réalisé un certain travail sur elle-même, ce qui lui permet d’avancer. Ça fait du bien, on n’attendait que ça depuis la première année. Son union avec Derek est équilibrée et l’on en a terminé avec les sempiternels questionnements. À ce sujet, c’est du tout bon, mais cela laisse songeur quant à la suite, car les transformer en duo ronronnant risque d’endormir les téléspectateurs dans leurs chaumières. Justement, à propos de Derek, il devient, lui, par contre plutôt désagréable bien qu’il se rattrape vers la fin.

Puisque l’on parle de romance, qu’en est-il lors de cette saison riche en rebondissements ? Si Grey’s Anatomy ne joue pas autant aux chaises musicales que Private Practice, elle n’en reste pas moins adepte de cette pratique. Cependant, les couples sont assez stables cette année, même s’ils finissent quasiment tous par se déchirer pour parfois revenir au point de départ. L’arc sur Izzie et Alex est extrêmement mal mené, mais de ce côté-là, il est assez difficile de blâmer les scénaristes compte tenu de l’attitude de Katherine Heigl. Résultat, ce n’est pas clair, on tourne en rond et l’audience ne comprend pas vers où l’histoire désire se diriger. A priori, ce souci est réglé. Dans tous les cas, espérons que la blonde devenue insupportable demeure là où elle se trouve en fin de parcours. Sinon, ces épisodes sont l’occasion de mettre en place un triangle amoureux avec l’arrivée d’un nouveau protagoniste, Teddy, jouée par Kim Raver (24). Il n’est pas chose aisée de s’y intéresser, même si le lien qui se tisse entre Cristina et elle est sympathique comme tout. Le couple unissant Callie et Arizona continue tranquillement sa route. Le point positif ici, c’est qu’il est toujours agréable de voir des relations autres qu’hétérosexuelles obtenir un traitement qui leur est similaire. Deux personnages principaux étant assez absents en début d’année, il convient donc de tenter de combler un peu le vide laissé. C’est pour cette raison que des internes de Mercy West franchissent les portes du Seattle Grace, non sans fracas, d’ailleurs. Seul un se démarque réellement, Jackson Avery (Jesse Williams – Greek). Si d’autres comme ceux joués par Sara Drew et Nora Zehetner (Everwood) disposent d’un temps d’antenne plus important que d’autres, on ne peut pas dire qu’ils soient des plus passionnants pour l’instant.

Sinon, la saison six est du même acabit que les précédentes avec son pathos par moments trop prononcé, ses héros névrosés et ses affaires médicales régulièrement extraordinaires, mais finalement pas tant que ça. Malheureusement, les histoires tournent un peu en rond et l’ennui s’avère bien trop présent cette année. Si certaines évoluent dans le bon sens, pour beaucoup, on en revient à chaque fois à des ficelles similaires. Les aventures se suivent, se ressemblent et sont souvent sans saveur. Néanmoins, deux épisodes se distinguent du reste et pas forcément pour d’agréables raisons. Le premier est le 6×15, The Time Warp, car il est inutile et n’apporte strictement rien à l’intrigue. Outre, cette illustration soporifique des souvenirs de Richard avec Ellis Grey, il fait uniquement plaisir à ceux désirant revoir Gunn J. August Richards depuis l’arrêt d’Angel. L’autre, qui lui est tout son inverse, est le season finale. Il s’agit, pour moi, du meilleur épisode de la série depuis ses débuts. Tout simplement. Intense et chargé en émotions, il ne peut laisser indifférent un public soufflé. Les personnages s’y montrent magnifiques, réfléchis, et le scénario est impeccable.

Pour conclure, cette sixième saison de Grey’s Anatomy se révèle bien faible. À l’exception de son double épisode la clôturant, il n’y a pas grand-chose de réellement enthousiasmant. L’ensemble se regarde plutôt aisément, mais il devient tristement routinier et mécanique. Au bout du compte, ce n’est donc pas tant que cela soit véritablement mauvais – en dépit de quelques intrigues peu heureuses –, mais il manque juste un minimum de vitamines, d’originalité et de renouvellement pour vraiment rendre le téléspectateur passionné. Il ne reste plus qu’à voir si la série continuera sur ce chemin, ou si elle réussira enfin à se bouger plus d’une semaine par an.