De temps en temps, sur Luminophore j’aime assez aller voir ce qui se passe en France. Après tout, c’est bien beau de critiquer, mais si l’on ne regarde pas vraiment, j’estime qu’on ne peut pas trop le faire. Fin 2009, je me suis ainsi laissée tenter par Braquo. Créée par Olivier Marchal, ancien policier à la P.J. avant de devenir réalisateur, sa première saison de huit épisodes de cinquante-deux minutes chacun fut diffusée entre octobre et novembre 2009 sur Canal+. À noter qu’une suite est d’ores et déjà prévue. Aucun spoiler.

Eddy Caplan, Théo Vachewski, Walter Morlighem et Roxane Delgado sont des flics de terrain au SDPJ 92 intervenant entre Neuilly et Nanterre. Lorsque leur commandant est injustement condamné et finit par se suicider, les quatre collègues décident de se lancer dans une contre-enquête afin de rétablir la vérité. Mais ce qu’ils ne savent pas encore, c’est qu’ils vont devoir naviguer à contre-courant, bousculer l’administration, outrepasser leurs droits et se mettre à dos l’IGS, la police des polices.

 

Avant de commencer Braquo, j’étais dans de bonnes conditions puisque 2009 fut synonyme de découverte avec Fais pas ci, fais pas ça que j’ai beaucoup appréciée. Autrement dit, j’étais toute prête à accorder ma confiance à une nouvelle série française, chose qui n’arrive pas tous les jours. Le fait est que je ne regrette absolument pas de m’être penchée sur la question. Je ne peux pas dire m’y connaître tant que ça dans le rayon des productions françaises, mais je ne pense guère me fourvoyer en énonçant que Braquo se situe à des années-lumière de ce qui se fait à la télévision, ou en tout cas sur les chaînes hertziennes. La fiction est effectivement noire, âpre, difficile et extrêmement pessimiste. Est-elle réaliste ? Aucune idée. En dépit de quelques évènements faisant exagérés (espérons-le !), elle se montre globalement crédible et c’est peut-être pour ça qu’elle se révèle parfois assez dérangeante. Les dialogues sont très – et, par moments, trop – crus. D’ailleurs, il s’avère assez amusant que cela m’ait autant interpellée alors que je visionne déjà d’autres séries avec un langage aussi coloré. Le problème vient possiblement du fait que le français est ma langue maternelle et, bien que je comprenne l’anglais, l’écho n’a pas un effet identique à mes oreilles. Bref. Quoi qu’il en soit, étant donné le sujet et les thématiques abordées, la violence est omniprésente, les flics flirtant en outre perpétuellement avec la loi et n’hésitant pas à dépasser la fameuse ligne rouge. Ils entrent dès lors dans un engrenage duquel ils ne parviennent pas à sortir. On ne sent pas de véritable volonté de banaliser la brutalité ou de faire le contraire, autrement dit de la surajouter et de tomber dans une surenchère gratuite. Ne nions pas que les épisodes démontrent une envie de rendre le tout spectaculaire via un rythme effréné et de nombreux retournements de situation. Cette première saison de Braquo est souvent comparée à The Shield ; il sera difficile pour moi de dire si cela se tient ou pas puisque je ne l’ai jamais regardée. Dans tous les cas, s’il existe des éléments analogues, il ne s’agit pas d’une vulgaire copie comme la plupart des séries de TF1 qui ne se cachent même pas d’être des remakes de travaux étasuniens. Un de ses points forts est sa réalisation nerveuse et son sens de la mise en scène, avec notamment une atmosphère lourde.

Dans l’ensemble, les personnages principaux, ceux constituant ce petit groupe de policiers obligés de « monter au braquo », ne sont pas manichéens. Ils ont chacun un passé sans que l’on ne sombre de trop dans le pathos ou les stéréotypes. Tous ne sont pas suffisamment développés, mais l’effort est palpable et, après tout, il n’y a que huit épisodes. Loin d’être de bons gentils flics ou, au contraire, de vrais ripoux durs de chez durs, ils représentent plutôt un mélange entre les deux. Les frontières sont fines et il semble parfois difficile de savoir ce que l’on pense réellement d’eux. En ça, cette première saison de Braquo est réussie, car elle bouscule assez les fidèles habitudes du téléspectateur concernant les séries françaises. En revanche, comme ces quatre protagonistes naviguent tellement en eaux troubles et ne donnent pas systématiquement l’impression d’en avoir quelque chose à faire des lois, on ne peut pas dire non plus que l’on s’attache à eux. Il manque peut-être un certain impact émotionnel, quand bien même on sentirait l’unité les liant. La distribution se veut de qualité, ce qui fait forcément plaisir. Caplan, le chef du groupe, est joué par Jean-Hugues Anglade que je n’avais pas vu depuis… pfiou, longtemps. Le visage assez buriné, il a le look parfait pour le rôle de ce flic toujours sur la brèche. Autrement, son noyau dur se compose notamment de Vachewski portant les traits de Nicolas Duvauchelle et sa voix très grave. Dans les têtes connues, Michel Duchaussoy et Samuel Le Bihan figurent au programme.

En conclusion, cette première année de Braquo s’apparente à une agréable surprise. Sans se montrer non plus dénuée de défauts, car elle tombe parfois dans certains excès, elle met en avant une équipe de personnages plutôt travaillés et nuancés, un scénario rondement mené, riche en rebondissements et en action, ainsi qu’une ambiance digne d’un vrai bon polar. C’est nerveux, noir, amer et à la limite du dépressif. Correctement interprétée, elle se targue en plus d’un cliffhanger solide. Espérons maintenant que la saison deux ne sera pas diffusée dans deux ans.