Aussi incroyable que cela puisse paraître, en plus de trois ans d’existence, il n’a jamais été question de Doctor Who sur Luminophore. Pourtant, je regarde la série depuis son arrivée en France – en VO, s’il vous plaît – et dès la saison trois, j’étais en direct de l’Angleterre. Je ne me considère pas fan, mais j’ai énormément d’affection pour elle, comme vous allez pouvoir le constater. Par contre, je suis bien plus sur la réserve concernant Torchwood que je juge tout juste correcte, notamment en raison d’un manque d’homogénéité. À l’heure actuelle, est-il encore nécessaire de présenter Doctor Who ? Voyons, n’importe quel sériephile a forcément entendu son nom à un moment ou à un autre – en tout cas, s’il apprécie la science-fiction. Doctor Who, c’est seulement la production anglaise du genre la plus longtemps retransmise. Oui, seulement ça. Plutôt que de vous dresser un historique qui ne pourra qu’être sommaire à moins d’y consacrer un vrai billet, je vous conseille de lire la très riche page Wikipédia si le sujet titille votre curiosité.

Rapidement, plaçons malgré tout le contexte. Il est généralement considéré qu’il existe deux subdivisions au sein de Doctor Who ; la première, diffusée de 1963 à 1989, comporte vingt-six saisons. S’en est suivie une conséquente période de disette nonobstant quelques adaptations apparemment plus que discutables. En 2005, Russel T Davies (Queer as Folk – UK), grand fan de l’univers devant l’éternel, décide de le remettre au goût du jour et lance un tout nouveau Doctor Who. Cette version du créateur se verra octroyer quatre saisons – et de nombreux épisodes spéciaux –, passées entre 2005 et 2009 sur BBC One, ainsi que des séries dérivées (Torchwood, The Sarah Jane Adventures, K-9, etc). Pour simplifier et marquer la différence entre les épisodes les plus vieux et les plus récents, celle qui nous concerne est souvent intitulée Doctor Who (2005), tandis que les plus anciennes sont rapatriées sous l’appellation Doctor Who Classics. Notons qu’il n’est pas du tout nécessaire de remonter les archives pour se plonger dans les aventures contemporaines du Docteur. Attendez, l’histoire ne s’arrête pas encore là ! Si Davies a quitté le TARDIS en cours de route, Doctor Who était bel et bien présent en 2010, pour sa cinquième année, cela grâce au scénariste Steven Moffat (Jekyll). Bref, en résumé, il faut retenir qu’aujourd’hui, nous allons parler de l’ère Davies, soit des saisons une à quatre de la version 2005. La cinquième suivra lorsque je l’aurai visionnée. Pour information, sachez que je n’ai pas regardé la série originale et je serai par conséquent dans l’incapacité de comparer quoi que ce soit. Toutefois, je dois avouer que ça ne me gênerait pas de la tester dans un futur plus ou moins proche. Aucun spoiler.

Le Docteur est le dernier survivant de sa race, les Seigneurs du Temps. Grâce à son TARDIS (Time And Relative Dimension(s) In Space), une boîte bleue ressemblant à une ancienne cabine de police britannique, il voyage dans le temps et dans l’espace. Généralement accompagné d’humains, il se plaît à passer d’aventure en aventure et découvrir le vaste Univers. En dépit d’une bonne humeur et d’un entrain communicatifs, il est régulièrement confronté à de terribles évènements qu’il tente parfois en vain d’enrayer.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le microcosme de Doctor Who est riche, et ce, à tous points de vue. Avec son TARDIS – que chaque amateur de la série doit certainement posséder en réplique, avec possiblement le tournevis sonique – faisant un bruit si particulier, mais ô combien identifiable dès la première seconde, le Docteur saute entre les siècles, les millénaires, les planètes et autres endroits habités dans le cosmos. Aucune frontière spatiotemporelle ne lui résiste. Au cours d’un épisode, l’époque victorienne bat son plein et les personnages partagent un tête-à-tête avec la reine d’Angleterre ; et durant le suivant, le Soleil termine sa longue course, explosant et détruisant tout sur son passage. Des moments-clés de notre Histoire sont dès lors revisités et c’est par exemple l’occasion d’assister à l’éruption du Vésuve ou d’avoir un aperçu des futurs Jeux olympiques de Londres 2012. Et comme tout voyageur qui se respecte, le Docteur s’impose des règles telles que la nécessité de ne jamais influencer ou modifier la ligne temporelle. Or, ne va-t-il pas parfois y déroger ? Après tout, qu’est-ce que cela changerait ? Et puis, bon… il est tout puissant, donc pourquoi s’embêter ? Si la caméra se pose souvent sur Terre à des périodes différentes de la nôtre, d’autres terrains de jeu sont arpentés. Et qui dit territoires inédits par nous, modestes individus que nous sommes, signifie peuples originaux et tout ce que cela importe. Les extraterrestres sont variés, certains sont d’ailleurs étonnamment proches de ce que l’on connaît – et pas toujours de la façon à laquelle on s’attend – ; tandis que d’autres sont bien trop instables pour pouvoir être considérés comme fréquentables. Le principal risque dans une œuvre visuelle de science-fiction où les non humains sont présents est de perdre en crédibilité compte tenu des métamorphoses des acteurs. En plus, Doctor Who étant une production anglaise, le budget n’est pas exceptionnel. Avouons-le, les effets spéciaux sont à la frontière du correct. Cependant, si les décors et maquillages font parfois assez kitsch, voire artisanaux, il s’en dégage un charme suranné jamais désagréable. Personnellement, je suis assez friande de ce parti pris de faire avec les moyens du bord et d’assumer ses limites. Mine de rien, la série est inventive et sait utiliser à bon escient n’importe quel ingrédient pour le potentialiser à son maximum. Il suffit de regarder plusieurs créatures pour vite s’en rendre compte. Si votre mémoire vous fait défaut, pensez aux Oods, aux Daleks, aux Slitheens ou encore aux Cybermen. Les monstres en tous genres sont tellement omniprésents que chercher à tous les citer s’apparenterait à un travail encyclopédique. Au risque de le répéter, Doctor Who est une fiction d’une grande richesse où les protagonistes parviennent aisément à surprendre pour toutes les couleurs qu’ils revêtent. Bien sûr, des échecs subsistent et quelques êtres exotiques sont moins distrayants ou franchement ratés, mais globalement, l’ensemble peut être suffisamment solide pour convaincre.

On en parle, on en parle, qui est ce Docteur, alors ? Soigne-t-il les gens tel un médecin ? Est-il titulaire d’un doctorat dans un quelconque domaine ? Du tout. Sans aucun doute, l’appellation de la production n’est autre qu’un clin d’œil à la sempiternelle phrase que le Docteur a le droit d’entendre. Il est un Seigneur du Temps, originaire de Gallifrey, possède deux cœurs et s’arme d’un sens de l’humour british. Il détient la possibilité de se régénérer à sa mort, ne trépassant donc pas réellement. Il est facile de le comprendre, ce don est une aubaine pour une série. Dès que cela s’avère nécessaire, l’acteur principal peut être changé et les pérégrinations du héros reprennent l’air de rien ! C’est ainsi que les saisons une à quatre verront se succéder deux Docteurs. Comme la version originale fut marquée par huit comédiens différents pour incarner ce manipulateur du temps et de l’espace, au début de 2005, c’est un neuvième Docteur qui endosse le costume. Et c’est pour cette raison que l’on évoque Nine, Ten – et Eleven pour la saison cinq. Cette appellation permet notamment aux téléspectateurs de se repérer et de parler de chacun de ces visages sans risque de confusion. Effectivement, quand bien même ils partagent la même identité, ces exemplaires du Docteur ne sont pas si analogues que ce que l’on pourrait imaginer. Outre l’évident changement physique, la caractérisation se dote d’une certaine finesse et de nuances plus ou moins discrètes. Nine, interprété par Christopher Eccleston, est présent lors de la première saison. C’est ma version préférée, contrairement à, j’ai l’impression, un tas de monde. Quant à Ten, il n’est autre que David Tennant, et a eu l’occasion de demeurer un petit moment dans le TARDIS puisqu’il s’est chargé des saisons deux à quatre ainsi que de plusieurs épisodes spéciaux. Quoi qu’il en soit, les deux sont formidables et ont su apporter leur touche personnelle au mythique protagoniste. Ils disposent de leurs propres particularités, qu’elles soient vestimentaires ou comportementales. Le Docteur, malgré ses différents corps, est quelqu’un d’extraverti et curieux. Il aime découvrir l’Univers et s’émerveiller sur tout ce qui se situe sur son chemin. Son véritable nom et son âge ne sont pas mentionnés, mais il a certainement aux alentours de neuf cents ans. En dépit de ce côté excentrique, presque illuminé et jovial – surtout avec Ten, d’ailleurs –, il peut être assez effrayant, voire cruel. Cet individu complexe n’est pas toujours à l’aise avec les sentiments humains, surtout quand ils abordent les relations amoureuses. À vrai dire, des zones d’ombre plus ou moins importantes l’entourent et troublent l’image que l’on est susceptible avoir de lui. Peu d’éléments de son passé sont connus, à l’exception de discrètes révélations éparpillées de-ci de-là, symbolisant parfaitement son ambiguïté permanente. En effet, sa psychologie est ardue à cerner et il devient alors compliqué de savoir de quelle façon prendre ce protagoniste. Pondéré, il subjugue par ses facettes multidimensionnelles et les réflexions antithétiques qu’il inspire. Sous couvert de sa bonhomie, le Docteur transporte sur ses frêles épaules un bien lourd tribut et combat intérieurement ses propres démons, ceux-ci étant en mesure de revenir à la surface pour le malmener encore et encore. En définitive, le portrait de cet extraterrestre est étrangement fascinant et il y aurait beaucoup de choses à écrire sur lui grâce à l’épaisseur dont il se dote. Ajoutons en outre qu’en raison de son âge et de sa condition, on ne peut que difficilement imaginer ce qu’il a vu, vécu, et les cicatrices profondes gravées en lui.

Autant le Docteur est le visage de la série, autant celui-ci ne serait rien sans ses fameux compagnons. En effet, sauf cas de force majeure, ce dernier ne voyage pas seul. Il apprécie la compagnie et se donner en spectacle. Durant les saisons une à quatre, trois élisent principalement quartier dans le TARDIS : Rose Tyler, Martha Jones et Donna Noble. Rose, jouée par Billie Piper (The Sally Lockhart Mysteries), est certainement l’une des plus emblématiques de la version 2005 de Doctor Who. Son caractère entier et sa dynamique avec le Docteur (Nine et Ten) auront marqué d’une encre indélébile le public. S’instaure entre les deux voyageurs une relation mêlée de respect, d’amitié et d’amour dont le point d’orgue est assurément le second season finale, Doomsday. Rose est une jeune femme forte et courageuse ayant envie de parcourir l’Univers. La série offre l’occasion de découvrir son entourage attachant, avec notamment sa mère et Mickey. Autre compagne ayant peut-être le principal défaut de suivre la populaire Rose, Martha Jones (Freema Agyeman, aperçue aussi dans Torchwood), est essentiellement présente au cours de la saison trois – la plus faible des quatre, en plus. Malheureusement, Martha se révèle moyennement intéressante bien qu’elle possède quelques qualités sympathiques. En tout cas, son retour dans The End of Time est assez délicieux, surtout lorsque l’on voit qui se trouve à ses côtés. Enfin, ma préférée, celle que je chéris jusqu’au plus profond de mon cœur, est la fantastique Donna Noble, interprétée par la non moins fabuleuse Catherine Tate. Ah, Donna… elle se résume tout simplement à la meilleure compagne que le Docteur peut espérer à une période très sombre de son existence. Point d’amour (ouf, après cette tentative approximative avec Martha), se tissent uniquement entre les deux une profonde amitié et, beaucoup, beaucoup d’admiration. Donna est une femme à la folie douce, extrêmement enthousiasmante et qui a toute l’opportunité d’apporter du repos psychologique au héros. Par son naturel, elle l’aide à sortir du gouffre dans lequel il se précipite et lui met du baume aux cœurs. Elle est fraîche et pétillante à souhait. Très franche et expansive, elle ouvre souvent la bouche pour dire tout et n’importe quoi, et elle est bonnement adorable. Doctor Who étant une production sadique prenant un malin plaisir à déprimer son public, son histoire est tragique tout en gagnant au passage ses galons de merveille épique. S’il n’y a qu’une compagne dont il faut se souvenir, c’est bien Donna. Ne commençons même pas à évoquer son grand-père capable de faire fondre comme neige au soleil n’importe quel glaçon. Non, vraiment, cette femme est la pépite de cet univers fantastique.

À part les amis qu’il côtoie quotidiennement dans son TARDIS, il arrive également que le Docteur rencontre au cours de ses aventures certains personnages particuliers. Pensons à l’extraordinaire Jack Harkness, le célèbre capitaine qui perdra bien de sa prestance dans Torchwood, ou encore à l’énigmatique Face of Boe. En fait, Jack est aussi l’un des compagnons du Docteur puisqu’ils auront l’occasion de voyager ensemble. En passant, la dynamique entre ces deux et Rose est fort chouette. Pour ma part, j’adore le Jack de Doctor Who, ce qui explique probablement pourquoi j’ai beaucoup de mal avec l’individu à Cardiff. Dans les compères plus anecdotiques – non pas qu’ils soient moins intéressants, mais parce qu’ils ont peu de temps d’antenne – se trouve l’actrice Michelle Ryan (Bionic Woman), et il est plus ou moins possible d’y inclure Kylie Minogue.

Pour terminer sur la galerie de protagonistes, peu exhaustive en raison de son importance, place aux opposants. Naturellement, qui dit pérégrinations dans le temps et dans l’espace apporte conflits, méchants à abattre, et difficultés en vue. Chaque épisode détient généralement son lot de problèmes à résoudre. Or, des ennemis reviennent tout au long des saisons. Trois ont davantage l’occasion de rayonner et d’illustrer leur malignité. Parmi eux, les Cybermen sont peut-être les moins plaisants. Il s’agit d’une sorte de robots sans aucune âme ou sentiment. D’origine humaine, ils veulent ni plus ni moins gouverner le monde. Ceux ayant la cote auprès du grand public sont surtout les Daleks. N’importe quel téléspectateur se souvient forcément de cette fameuse réplique exterminate, exterminate. Difficile d’expliquer à quoi ils ressemblent, en vrai. Cachés derrière une armure métallique atypique et identifiable parmi mille, ils apparaissent légèrement monomaniaques et cruels. Le Docteur leur voue une haine assez féroce peu près de s’arrêter. Enfin, impossible de ne pas évoquer un autre adversaire emblématique : le Master. Que dire de lui si ce n’est qu’il est exquis ? Le fait qu’il soit interprété par John Simm (The Devil’s Whore) n’y est certainement pas pour rien tant il est parfait dans ce rôle taillé pour lui. Le Master est un Seigneur du Temps, soit de la même race que le Docteur. Le résumer à sa folie ou à ses psychoses serait bien réducteur, mais on ne peut nier qu’il l’est, fou. Autrement, mentionnons quelques acteurs plus ou moins connus foulant le sol de Doctor Who comme Alex Kingston (ER), Lindsay Duncan (Rome), Timothy Dalton (Cleopatra), Sophia Myles (Moonlight), Harry Lloyd (Robin Hood), Anthony Head (Buffy the Vampire Slayer), Colin Morgan (Merlin -BBC-), Simon Pegg, Peter Capaldi (The Thick of It), Sir Derek Jacobi, ou encore David Morrissey (State of Play).

Si l’on se focalise sur la qualité des quatre saisons dans leur ensemble, il est tout à fait légitime de statuer que les épisodes sont bons, voire excellents. Empruntant parfois des concepts de la science-fiction et des thématiques assez ardues à dépeindre, ils étonnent par leur maîtrise et les doubles lectures qu’ils sont capables de démontrer. De plus, l’appétence de Russel T Davies pour le spectacle le prouve, les fins de chapitres sont généralement explosives et représentent de vrais feux d’artifice héroïques où l’émotion est à fleur de peau, la surenchère du pathos n’étant jamais loin. Certes demeurent des écueils puisque l’humour est par moments sensiblement raté et sombre dans la facilité, que quelques intrigues sont peu cohérentes, ou bien parce que les décors kitsch empêchent de prendre quoi que ce soit au sérieux ; mais à ce stade, c’est chipoter pour des détails quasi insignifiants du fait de la qualité du reste. Malgré une troisième année plus faible que les autres – principalement à cause de Martha –, elle est au moins extraordinaire pour deux choses : la présence du Master et Blink, l’épisode marquant plus que de raison pour l’angoisse, l’effroi et la fascination qu’il exerce. À noter que Doctor Who aime les aventures doubles, ce qui fait qu’il y en a beaucoup tout au long des années. À vrai dire, ce sont surtout les épisodes spéciaux diffusés entre deux saisons qui sont les moins convaincants en raison de leur aspect brouillon ou de leur indépendance avec le reste. Néanmoins, le tout dernier avec Ten, The End of Time, est absolument divin, car il est dévastateur, et ce, à tous points de vue. En bref, la production possède un cocktail qui, sur le papier, peut sembler curieux alors qu’une fois la télévision allumée, celui-ci fonctionne et capte l’attention. De nombreux téléspectateurs ont apparemment été repoussés par le tout premier épisode, ce qui ne fut pas du tout mon cas ; c’est pourquoi il paraît bon d’essayer au moins d’en regarder plusieurs avant de jeter l’éponge.

Au final, ces quatre premières saisons du nouveau Doctor Who sont un véritable incontournable pour tout individu appréciant un minimum la science-fiction. Et quand bien même ce genre rebute, tenter la série ne serait pas une mauvaise chose afin de parfaire ses connaissances des médias anglo-saxons. Il est vrai que l’univers est particulier avec ces extraterrestres au look étrange navigant dans des décors kitsch, ou encore que le Docteur peut agacer pour son cabotinage. Néanmoins, une évidence saute rapidement aux yeux. Ce monde incroyablement riche injecte de multiples références à la fiction originale et à la culture populaire, tout en dépeignant des personnes attachantes pour la plupart et en faisant preuve de beaucoup d’humour et d’émotions. Pour son panache, son audace, son sens du spectacle et l’impact affectif que ses épisodes délivrent, Doctor Who propose un voyage spatiotemporel laissant rarement indemne.