En dépit du mauvais traitement des vampires dans une certaine saga de romans récemment transposée au cinéma, les êtres aux dents pointues continuent toujours de m’intéresser. Comme j’ai déjà eu l’occasion de l’écrire, dès que des créatures de la nuit s’aventurent dans une série, je sais que je vais finir par lui donner sa chance. Après avoir commencé True Blood l’année dernière, c’est au tour de The Vampire Diaries de passer à la moulinette. Il s’agit de l’adaptation de la suite littéraire de L.J Smith, disponible en France sous le titre Journal d’un vampire. L’initiateur de cette fiction inédite n’est autre que Kevin Williamson, celui même à l’origine de Dawson’s Creek, de Glory Days et du scénario de plusieurs Scream. La première saison de vingt-deux épisodes fut diffusée sur The CW entre septembre 2009 et mai 2010 ; elle devrait arriver sur TF1 un jour, la chaîne ayant acheté les droits. Notons que la seconde débute aux États-Unis le 9 septembre prochain. Aucun spoiler.

Elena Gilbert est une adolescente vivant à Mystic Falls, une petite ville a priori tranquille. Belle, populaire et intelligente, la jeune fille a tout pour plaire. Or, depuis le récent décès de ses parents, elle tend à se renfermer sur elle. Quand elle rencontre un nouveau mystérieux élève, Stefan Salvatore, elle est immédiatement attirée par lui pour une raison qu’elle ne s’explique pas. Ce qu’elle ne sait alors pas, c’est qu’il est en réalité un vampire. S’il suit de son côté des principes diététiques très stricts, son frère, le difficilement contrôlable Damon, préfère se délecter d’êtres humains. Étrangement, les Salvatore semblent partager une fascination analogue pour Elena dont la vie n’a clairement pas fini d’être chamboulée.

Bien que la production parle de vampires, je dois avouer avoir eu beaucoup de mal à me lancer. Les premiers échos étaient extrêmement mauvais, ce qui ne me donnait pas spécialement envie d’oser franchir le pas. Le fait que la chaîne soit The CW n’était pas non plus convaincant ; je n’ai plus seize ans depuis longtemps et je regarde déjà assez de séries de chez eux. Toutefois, au fil des épisodes les critiques se sont atténuées, pour même devenir presque positives. À ce moment, il fut difficile de ne pas être quelque peu intrigué. C’est pourquoi j’ai rattrapé mon retard cet été en visionnant la première saison. Pour ne pas être originale, mon constat est le même que celui de quasiment tout le monde. En clair, le début est médiocre, voire nul tant le pilote est un condensé d’éléments insupportables : une romance prévisible, des personnages stéréotypés, des tubes musicaux à s’en détruire les tympans, un peu de niais, des voix off avec la lecture des journaux intimes, etc. Sauf que le deuxième épisode est un petit peu mieux ; le troisième montre des signes d’amélioration et, finalement, la sauce prend. Est-ce que l’on s’est habitué à avoir du navrant en face des yeux ? Clairement, non. La première saison de The Vampire Diaries trouve rapidement ses marques et dispose d’un rythme assez incroyable tout au long de sa durée. Si l’histoire en elle-même n’a rien d’original, elle n’en demeure pas moins plutôt sympathique. Toutes les ficelles classiques du genre fantastico-horrifique – et adolescent – y passent. Les vampires sont bien sûr à l’honneur, mais d’autres créatures légendaires sont de la partie comme les sorcières, les loups-garous (quoique, là, ce sont plus des soupçons), etc. Au final, la série n’invente rien et donne l’impression d’être un condensé de tout ce qui s’est fait avant – en moins bien quand même, n’est pas Buffy the Vampire Slayer qui veut. Ceci étant, la saison se visionne sans trop de déplaisir et est un excellent divertissement. Si les moments typiquement adolescents sont parfois assez pénibles, ils sont vite rattrapés par les intrigues plus fantastiques ou en lien avec le triangle romantique.

Justement, parlons des personnages. Les deux héros sont représentés par Elena (Nina Dobrev) et Stefan (Paul Wesley – Fallen, Everwood). Ils tombent amoureux au premier regard, bla-bla-bla ; mais Stefan est un vampire, bla-bla-bla ; bah, peu importe tant qu’il ne tue personne, bla-bla-bla ; oui, mais s’il devient méchant, que faire ? Bla-bla-bla. Si la mièvrerie est un peu trop régulièrement monnaie courante lorsque le couple est seul, notamment en raison de longs échanges langoureux et supposés vibrants, le résultat n’est étrangement pas trop insupportable grâce au fameux rival. Comme souvent, il faut en effet un élément pour tout faire dérailler. Dans ce cas précis, ce perturbateur revêt les traits du vil frère de Stefan, Damon (Ian Somerhalder – Lost, Young Americans), qui est lui aussi un vampire. Tandis que Stefan ne jure plus que par les rats et mulots en guise de nourriture, son aîné aime la chair fraîche, n’en fait qu’à sa tête, mène sa vie comme il l’entend et semble s’amuser comme un petit fou. Il est, en un mot, irrésistible. D’ailleurs, le parallèle avec le fantastique Spike de Buffy The Vampire Slayer se fait tout naturellement en visionnant The Vampire Diaries. Décomplexé, Damon se fiche de la morale et ne voit pas pourquoi il se contraindrait à des règles qui ne s’appliquent plus à lui. Petit à petit, il développe des sentiments envers Elena, en partie en raison d’une personne : la belle et supposément douce Katherine. Sans dévoiler l’intrigue, la mythologie de la série repose principalement sur cette femme mystérieuse et amène des scènes assez enthousiasmantes. En tout cas, le trio fonctionne de manière on ne peut plus correcte et une réelle alchimie transpire entre Elena et Damon tant se dégage entre eux une véritable tension sexuelle dans l’air. Si, si, nous sommes bien sur The CW – mais pas sur HBO non plus !

En revanche, pour l’instant la galerie les entourant n’est pas toujours mémorable. Effectivement, les autres individus peuvent être de vrais boulets comme Jeremy, inintéressants comme Jenna, posséder un potentiel important, mais se révéler assez vides telle Bonnie, être gourde sur les bords tout en gardant une cote de sympathie comme Caroline, clichés au départ puis attachants dans le genre de Matt, etc. The Vampire Diaries étant une série pour adolescents, ce sont surtout ces jeunes à l’honneur, bien qu’il subsiste tout de même quelques protagonistes plus âgés. Mention spéciale au prof d’histoire, Alaric, cachant un passé trouble et joué par le charmant Matthew Davies (What about Brian). Sinon, il est possible de retrouver dans des rôles plus ou moins secondaires des visages relativement connus : Mia Kirshner (The L Word), Marguerite MacIntyre (Kyle XY), Kelly Hu, David Anders (Alias, Heroes), Melinda Clarke, James Remar (Dexter), Sean Faris (Life As We Know It), Gina Torres (Firefly) ou encore Brandon Quinn, le fameux loup-garou du campus (Big Wolf on Campus) en tant que vampire.

L’atout majeur et assez unique de cette saison est son rythme parfaitement maîtrisé. Rien ne dure jamais, les héros sont sur la corde raide et risquent presque tous de trépasser. En vingt-deux épisodes, le nombre de morts est assez notable, surtout qu’il s’agit de protagonistes parfois importants. Les intrigues s’enchaînent à la vitesse de l’éclair ce qui fait que d’une, l’ennui n’est jamais là ou alors part rapidement, et que, deux, il n’existe pas de situations vaseuses interminables. De ce fait, tout peut arriver puisque la production semble n’avoir aucun scrupule à faire avancer l’ensemble. En ça, The Vampire Diaries est jouissive quand bien même l’histoire demeure classique.

Pour conclure, malgré un manque de profondeur au niveau de ses arcs scénaristiques et de ses personnages, la première année de The Vampire Diaries se laisse aisément regarder. Dynamique, elle file tambour battant et ne s’arrête jamais. Les rebondissements sont de plus en plus incroyables, les révélations fusent de partout, et la machine est sans aucun doute endiablée. Si cela est fort appréciable, on ne peut s’empêcher d’être quelque peu dubitatif, car combien de temps cela va-t-il pouvoir encore durer ? Ceci dit, nous n’en sommes pas encore là. Globalement, la série s’assume pour l’instant et cette attitude est plus que plaisante. Bref, cette fiction n’est clairement pas celle de l’année, mais elle sait rapidement s’imposer en tant que divertissement fun et agréable.