Cela faisait un sacré moment que ce billet était supposé arriver ici, mais, comme d’habitude, j’ai un petit peu trop traîné les pieds avant de m’atteler à l’écriture. Bref. Bien que je sois complètement sous le charme de l’accent anglais et de tout ce que les contrées outre-Manche ont à nous offrir, je remarque que je ne rends pas régulièrement visite à leurs productions télévisées. En tout cas, j’accumule les énormes lacunes à ce niveau, même si je tente d’essayer de les combler progressivement. C’est dans ce cadre que j’ai commencé l’année dernière – je vous ai dit que j’avais traîné avant la publication ? oui ? hum. – un incontournable britannique : Spooks. J’avoue, ce n’est jamais évident de se lancer dans une série ayant autant de saisons à son actif et, qui plus est, toujours en cours. Non, cette fiction n’a rien à voir avec les fantômes ou autres créatures apparentées comme son titre pourrait le suggérer. Si l’on précise qu’elle est connue en France sous son appellation MI-5, il est de suite plus aisé de comprendre quelle en est la thématique principale. D’ailleurs, outre la notion de spectres et apparitions, spooks signifie également espions. Débutée en 2002, Spooks comporte pour l’instant neuf saisons plutôt courtes puisqu’elles ne dépassent pas les dix épisodes chacune. Pour aujourd’hui, il ne sera question que de la première d’entre elles ; composée de six épisodes d’une heure, elle fut diffusée en mai et juin 2002 sur BBC One. À noter que la fiction passe assez régulièrement sur le réseau de France Télévisions – en version française uniquement, si je ne me trompe pas. Aucun spoiler.

MI-5, écourté en Five, est le service de renseignement britannique se chargeant notamment de la sécurité intérieure et du contre-espionnage. En son sein, la section D s’occupe de l’antiterrorisme. Ses membres tentent avec parfois beaucoup de difficultés de conjuguer vie professionnelle très mouvementée, et personnelle empreinte de secrets et de mensonges non volontaires.

Encore une série s’engouffrant dans le monde de la police, du respect des lois et d’un genre quelque peu similaire ?! Certes. Toutefois, Spooks n’a rien à voir avec la pléthore envahissant nos écrans. En tout premier lieu, ce qui marque et lui permet clairement de se détacher de la masse est son atmosphère particulière. Froide et sobre, elle étonne par son minimalisme presque dérangeant. Ici, point d’explosion à tout va, de démonstration de bravoure patriotique exacerbée, ou d’agent sauvant la planète vingt-quatre fois en vingt-quatre heures. La nationalité de la fiction y est pour beaucoup tant les codes américains devenus monnaie courante ne sont pas une seule seconde en vigueur lors de ces six petits épisodes. La subtilité est préférée à la surenchère, ce qui fait beaucoup de bien, même s’il faut avouer que les débuts sont déconcertants quand on est autant habitué à une emphase permanente. Dans tous les cas, cela ne signifie pas pour autant que Spooks s’avère moins intense ou moins violente qu’une consœur étasunienne. Loin de là. Elle est tout simplement différente et, rien que pour cette raison, elle se révèle intéressante et mérite l’investissement. L’atmosphère donne l’impression de souhaiter coller au mieux à la vérité, de rendre l’ensemble crédible et d’éviter les écueils usuels. Ainsi, le téléspectateur n’a aucune difficulté à croire que plusieurs évoluent en Angleterre en ayant des objectifs analogues à ceux du protagoniste masculin, Tom Quinn, et de ses collègues. Toutefois, ne nions pas le revers de médaille qui est que ce réalisme quasi austère fera assurément reculer un certain nombre de personnes. Ceux qui, à l’inverse, apprécient l’aspect plus glaçant et plus en retenue seront davantage charmés, voire fascinés par cette absence d’un quelconque artifice. La violence est omniprésente, bien qu’elle demeure suggérée, ce qui rend le résultat à l’écran peut-être plus ardu à digérer, comme le prouvent des scènes absolument édifiantes que l’on n’aurait jamais imaginé retrouver alors que les bases de la série tentent encore de s’installer. Il est en revanche dommage que la saison se contente d’histoires indépendantes et ne disposant pas d’un véritable fil rouge. Espérons qu’à la longue, ce côté routinier ne devienne pas trop ennuyant et que l’ensemble parvienne à se renouveler régulièrement. Dans tous les cas, au-delà du traitement des intrigues, les sujets abordés sont eux aussi bien plus réalistes qu’en règle générale. Leur principal atout est leur aspect fédérateur et intemporel. Si le contexte change, les troubles et dynamiques subsistent toujours, que l’on se trouve dans une Angleterre du XXIè siècle ou pas.

Outre une atmosphère létale et une mise en scène prônant la sobriété, une des forces de la première saison de Spooks réside en sa galerie de personnages, profondément humains. En raison de leur condition d’espion, ils se doivent d’être fantomatiques, transparents et de ne jamais être remarquables parmi la foule. Être banal est une nécessité vitale. Cette situation inconfortable est illustrée au cours de ces six épisodes, principalement grâce à l’agent Tom Quinn, parfait représentant de cette section loin de tout repos. Mentir et tricher font partie de leur quotidien, même lorsqu’ils se trouvent en présence d’un proche. Le problème, c’est que l’on se doute bien que rien n’est infaillible et il paraît évident qu’un élément sera susceptible de morceler cette carapace apparemment inébranlable. Les Anglais prouvent encore une fois avec Spooks leur capacité à faire disparaître sans remords leurs héros après seulement quelques heures d’antenne. Cette tension sur le qui-vive est maximisée puisque tout le monde se trouve sur la corde raide. Il n’y pas de sauvetage capillotracté et, par moments, le public doit certainement penser que c’est bien dommage tant le malaise devient envahissant et quasi insupportable. Quand bien même les personnages ne sont pas des plus développés, chaque épisode apporte son lot d’informations finissant par composer un tout pertinent. Parmi eux, le maillon central de l’équipe, Harry Pearce (Peter Firth), n’est pas des plus sympathiques, mais son rôle ingrat implique de grandes responsabilités. La saison met plus l’accent sur deux agents en particulier, à savoir Tom Quinn et Zoe Reynolds. Le premier est incarné par le charmant Matthew Macfadyen possédant une bien belle voix. Quant à Zoe, c’est Keeley Hawes qui porte ses traits. Difficile ne pas être bluffé par Tom s’apparentant à un individu particulièrement ciselé et intéressant. Le cliffhanger final – ne laissant que peu de doutes sur son issue – devrait provoquer de moments particulièrement sombres en début de saison deux. Sinon, fait très amusant, la production se targue de la présence de quelques visages anglais connus et souvent appréciés des amateurs de séries. Ne cachons pas notre joie en découvrant Hugh Laurie (House) en membre important du MI-6, d’autant plus qu’il se montre assez détestable. De surcroît, Anthony Head (Buffy the Vampire Slayer, Merlin) est à l’honneur le temps d’un épisode en tant qu’ancien agent devenu terroriste.

Pour conclure, cette première saison de Spooks se révèle maîtrisée et efficace. En étant aussi éloignée des standards auxquels le téléspectateur de séries américaines est habitué, elle se veut marquante et ne laisse clairement pas indifférent, surtout que son atmosphère et sa violence glaçante injectent une dimension atypique. Dès lors, les six épisodes sont intenses et, s’ils ne se suivent pas réellement, il en ressort une réelle logique et un cheminement parfaitement orchestré. Pour couronner le tout, la distribution impeccable met un point d’orgue à cette sobriété et cette froideur. Si vous n’êtes pas encore convaincus, il faut savoir que Richard Armitage est présent dès la septième saison. Enfin, je dis ça, je dis rien, hein (:P).