Alors que le nouveau Docteur est sur le point d’effectuer ses premiers pas dans la fameuse aventure de Noël, il est temps de revenir sur sa première saison à lui, à savoir la cinquième de Doctor Who version 2005. Comme il a auparavant été écrit, Doctor Who fut remis au goût du jour par Russel T Davies. Il a quitté le TARDIS en cours de route puisqu’au terme de quatre années globalement réussies, il a confié les rênes à Steven Moffat. Pour l’occasion, treize épisodes inédits furent diffusés sur BBC One entre avril et juin 2010. Aucun spoiler.

Steven Moffat n’est pas étranger à l’univers de Doctor Who et y a déjà officié avec succès en tant que scénariste. Par conséquent, c’est extrêmement optimiste que j’ai commencé ce chapitre de fraîche date, cela malgré une certaine appréhension : le Docteur allait-il me plaire sous cette forme ? Le personnage change encore une fois de visage et donc, d’acteur. Adieu, Ten et David Tennant ; bonjour, Eleven et Matt Smith. D’après sa filmographie, il semblerait que le comédien ait croisé par le passé mes aventures téléphagiques étant donné qu’il a joué dans The Sally Lockhart Mysteries. Honnêtement, je ne me souvenais pas du tout de lui. Ce qu’il y a d’assez fou, c’est qu’il suffit de quelques minutes pour se faire à ce héros remodelé. Si le coup de foudre n’est pas forcément immédiat pour tout le monde, parvenu en fin du premier épisode, il paraît clair que l’on est alors embarqué qu’on le veuille ou non. Tout aussi dynamique que son prédécesseur, il n’est pas une simple et banale copie. Matt Smith s’impose rapidement et prend facilement ses marques, apportant sa touche à l’ensemble. Sa prestation étant enlevée et agréable à voir, il est difficile d’être mitigé. Subsiste en revanche le caractère du nouveau Docteur, sensiblement différent de celui de Ten et fort susceptible d’irriter. Sauf que cette réserve ne trouve pas sa source dans les compétences de l’acteur, mais dans la direction demandée par Moffat et son équipe. Bien que l’ultime Seigneur du Temps soit somme toute sympathique, il laisse une curieuse sensation de frilosité en raison de son attitude parfois usante, principalement parce qu’il se comporte à plusieurs reprises comme un enfant pourri gâté, méprisant et manipulateur. Cela dit, le charme particulier de Matt Smith est tel que l’on ne tient guère rigueur à son héros. Tout du moins pour l’instant, car il reste à découvrir si cette lune de miel sera en mesure de perdurer. Outre ce renouvellement de la distribution, Moffat ne s’arrête pas là, probablement pour commencer à essayer de s’approprier cet univers touffu, et insuffle d’autres changements. Par exemple, le TARDIS se voit parer de nouveaux décors – très réussis, d’ailleurs – et le screwdriver subit un sacré lifting ; de même, le générique et la musique montrent plusieurs modifications. Bien que cela fasse beaucoup à digérer, la transition se déroule aisément et de manière intuitive. Il convient de préciser que la mise en scène est nettement supérieure à celle à laquelle nous avons été accoutumés, ce qui annihile par moments tout sens critique tant ce spectacle émerveille. Effectivement, le jeu de lumières et de couleurs est certainement l’un des éléments les plus fascinants de ces épisodes.

Donna ayant quitté le navire, le héros se doit de rafraîchir le rang de ses acolytes. Place à Amy Pond, une jeune femme ayant pensé quasiment toute sa vie au Docteur. Et pour cause, il lui a rendu visite lorsqu’elle était petite et lui a promis de venir la chercher sous peu. Mais nous savons tous que quand on voyage dans le temps et dans l’espace, les minutes s’écoulant détiennent parfois une autre saveur… Ayant du caractère, Amy prend les devants et n’hésite pas à bousculer Eleven dans des domaines auxquels il n’est pas très coutumier ou à l’aise. Si la majorité semble beaucoup apprécier cette compagne et son actrice, Karen Gillan, ce n’est pas du tout mon cas. À mon sens, Amy est plus souvent pénible et agaçante qu’autre chose. De plus, elle ne me touche pas du tout et je ne réussis jamais à la trouver ne serait-ce qu’attachante, sauf lorsqu’elle interagit avec quelques personnages. Ne nions toutefois pas que l’alchimie existant entre elle et Eleven est plus que palpable. De surcroît, la dynamique les liant est intéressante et amène son lot de scènes agréables malgré une interprétation approximative de la comédienne, notamment en raison d’un nombre incalculable de mimiques. Il devient ainsi compliqué d’adhérer à cette nouvelle héroïne et la déception s’installe parce que les aventures sont bien moins intenses émotionnellement parlant que d’autres auxquelles la série nous a habitués. En revanche, Rory (Arthur Darvill), le fiancé d’Amy, est parfait. Adorable, fou amoureux de sa belle, romantique, il est développé au fil des semaines et se révèle un atout considérable. N’évoquons même pas la relation qu’il se construit avec Eleven. Les deux forment une paire assez mythique, et espérons qu’on en verra encore plus lors de la saison six. Rory représente une vraie bouffée d’air frais parfois capable de contrebalancer les lacunes induites par celle qu’il aime. Enfin, le second élément positif dans cette galerie de protagonistes réside en la personne de River que nous connaissions déjà. Pour notre plus grand plaisir, cette femme mystérieuse revient le temps de quelques récits et n’oublie pas son charisme au passage. Avouons toutefois que sa présence n’aide pas vraiment à davantage intégrer Amy tant elle écrase la rousse par son magnétisme et sa superbe. Il aurait peut-être fallu attendre un petit peu avant de la réintégrer dans la distribution, histoire qu’Amy prenne ses marques. Là, le constat n’est clairement pas en la valeur de la plus jeune.

Concernant les épisodes à proprement parler, à part quelques exceptions comme le 5×10, Vincent and the Doctor, sur le fameux peintre, ils manquent souvent d’aboutissement. Beaucoup sont indépendants et se suffisent à eux seuls, même si quelques éléments sur l’intrigue majeure sont dispersés, le tout sans aucune subtilité. Le fil rouge est dédié à une faille spatiotemporelle insaisissable et quasi incompréhensible. Cet arc volontairement confus se donne de grands airs et est au final décevant, car il est brouillon, orgueilleux et surtout… ennuyant. Quand on sait que Moffat a probablement écrit les meilleurs récits durant l’ère Davies, on peut se poser de sérieuses questions sur ce qui se passe. Le rythme fait cruellement défaut puisque l’on alterne entre des moments trop longs à se mettre en place avec d’autres où tout s’enchaîne plus vite que de raison. Par ailleurs, aucun scénario n’est véritablement marquant si ce n’est peut-être le premier faisant office d’une parfaite introduction d’Eleven. Pire, les méchants sont souvent sous-exploités et manquent cruellement de charisme. Transformer les Daleks en Biomen ne changera pas quoi que ce soit. Mine de rien, on voit peu d’extraterrestres, de voyages dans le futur et tout ce qui caractérisait jusque-là Doctor Who, ce qui s’avère dommage.

Pour conclure, la saison cinq de Doctor Who est ainsi une petite déception en dépit d’une réalisation léchée s’exprimant, entre autres, par des plans majestueux et une superbe photographie. Si Matt Smith est un Eleven extraordinaire et sait de suite s’imposer, le reste est bien plus nuancé. Néanmoins, comme il s’agit de la première année de Moffat en tant que showrunner, il convient d’être indulgent. La version 2005 de Davies fut loin d’être parfaite dès le départ, de toute manière. Malheureusement, au-delà du manque d’intérêt global de certains scénarios, beaucoup de facilités auraient pu être corrigées et rendent l’ensemble approximatif, voire surfait en raison d’un aspect feuilletonnant présomptueux. Ajoutons-y Amy, une compagne agaçante sur certains points – bien que rattrapée par l’adorable Rory – et l’on souffle le chaud et le froid sans réussir à se sentir pleinement enthousiaste par ce que l’on regarde. Bien sûr, tout ne doit évidemment pas partir à la poubelle. Après tout, l’univers garde toujours son unicité, même s’il faut peut-être faire le deuil de l’ancienne mouture qui nous était chère. Espérons qu’il ne s’agit que de treize épisodes d’échauffement et que les nouveaux sauront se départir de cette qualité inégale.