Rappelez-vous, en 2009 sur Luminophore, deux critiques dithyrambiques étaient publiées concernant une certaine série se déroulant dans une Louisiane moite et tachetée de sang. Vous avez évidemment reconnue True Blood dont la réputation n’est plus à faire. Qu’on la regarde ou pas, on a déjà entendu parler de la nouvelle création d’Alan Ball. Pour certains, ce succès est mérité tandis que pour d’autres, assurément pas. Comme j’ai précédemment pu l’écrire, je fais partie de la première catégorie puisque ce fut un véritable coup de cœur. Est-ce que la troisième année a chamboulé ce constat ? Diffusée sur HBO entre juin et septembre 2010, elle se compose de douze épisodes. Aucun spoiler.

L’amatrice de bêtes aux canines acérées que je suis fut ravie par la seconde saison de True Blood. Irrévérencieuse, impertinente, indéfinissable, elle choquait tout en se montrant drôle et complètement barrée. La fiction possède une identité propre et se révèle clairement particulière. Il est tout à fait compréhensible qu’elle ne plaise pas à tout le monde tant elle dépareille face à ce qui se fait en règle générale. C’est donc avec une très grande joie que j’ai commencé sa troisième saison. Malheureusement, cette fois-ci, la recette n’a pas pris. Si les premiers pas sont assez chaotiques en donnant l’impression de partir dans le n’importe quoi, sans fil rouge prédominant, le public peut, à la rigueur, passer outre. Après tout, c’est le début et cet aspect désorganisé symbolise quelque peu cette série. Or, l’écueil majeur, c’est que la saison ne parvient jamais à concrétiser ce qu’elle tente de mettre en place. Les intrigues finissent pour certaines par s’imbriquer, mais soit cela arrive trop tard, soit ce n’est pas du tout pertinent ou, soit on s’en fiche royalement. Il existe un énorme problème d’homogénéité au sein de ces épisodes. Pour être clair, le scénario part dans tous les sens, à tel point que l’on est embrouillé et, par conséquent, ennuyé, voire agacé. Les arcs parallèles s’avèrent trop nombreux et manquent pour la plupart d’exploitation. Il aurait été plus judicieux d’en enlever certains – comme celui avec Sam et sa famille de bouseux, dont LJ Burrows Marshall Allman (Prison Break), ou bien celui de Jason avec la blonde pénible – pour en privilégier d’autres davantage intéressants.

Tout ne mérite heureusement pas de partir en direction de la poubelle. En effet, la saison a la bonne idée de se recentrer sur les vampires. C’est ainsi l’occasion de comprendre de manière plus approfondie le système en vigueur et de découvrir le fameux roi du Mississippi, Russell Edgington, interprété par le génial Denis O’Hare. Sans lui, l’année aurait été bien plus fade. Imprévisible, il ose tout et semble n’avoir aucune limite. Il offre des scènes piquantes et assez jouissives, mais, encore une fois, tout n’est pas parfait et est parfois plombé par certains éléments tels que Bill. Justement, du côté des créatures sanguinaires, on n’a pas trop à redire. Les intrigues se tiennent à peu près et sont suffisamment captivantes. Mention spéciale au personnage de Franklin, incarné par un James Frain (The Tudors) en très grande forme, bien que trop peu exploité. Complètement aliéné, il laisse le téléspectateur partagé entre la stupeur, l’écœurement et la fascination. Eric et Pam sont parfaits et si la vampire est davantage mise en avant qu’auparavant, c’est encore une fois insuffisant. La saison révèle par ailleurs nombreux éléments concernant le passé de ces deux êtres de la nuit, ce qui est fort appréciable. Quant à Bill, il se montre identique à lui-même. Pas toujours intéressant, souvent fade, il est au final assez insipide. Les premiers épisodes le dépeignent froid et distant, mais, malheureusement, il sombre rapidement dans ses travers. Dommage.

En dehors des vampires, cette saison continue son voyage avec l’introduction d’autres protagonistes surnaturels. C’est ainsi que les loups-garous font leur apparition. Malgré le personnage d’Alcide, sympathique et agréable, le bilan se veut surtout très raté. On apprend que peu de choses et ce que l’on voit ne donne pas spécialement envie de s’y intéresser. Ce que l’on retient, c’est qu’il s’agit de chiens pénibles, et puis c’est tout. À noter que l’un d’entre eux est joué par Grant Bowler (Ugly Betty). À Hotshot où Jason passe un peu trop son temps, des créatures font aussi éruption et, là encore, le résultat est très laborieux. La faute revient principalement à Crystal qui est usante au possible, d’autant plus que l’on ne voit pas du tout où les scénaristes veulent en venir. L’année est autrement l’occasion de découvrir la véritable nature de Sookie. Une fois le secret éventé, difficile de ne pas effectuer le même constat que la principale concernée : how fucking lame! Tout laisse par ailleurs à penser que la suite s’aventurera dans le domaine de la sorcellerie, ce qui induit de la perplexité lorsque l’on remarque le traitement de l’intrigue entre Lafayette et Jesus (Kevin Alejandro – Ugly Betty). Là où les deux premières saisons rendaient Bon Temps attachante en dépit de la folie environnante, la troisième parvient tout juste à ne pas donner envie d’étriper certains de ses habitants. Subsistent quelques personnages comme Hoyt et Jessica, mais cela fait bien peu à se mettre sous la dent. Néanmoins, Sookie continue de s’affirmer comme on était en droit de l’espérer. Il n’en ressort rien d’extraordinaire si ce n’est qu’elle essaye de prendre sa vie en main, de ne plus être menée en bateau et agit un peu moins comme une écervelée.

En définitive, cette saison trois est à l’image de ce billet : brouillonne. Elle se laisse regarder, mais après une seconde enlevée comme il faut, il s’avère difficile de ne pas être déçu. La série garde toujours son univers bigarré, absurde et presque burlesque, sauf que ses douze épisodes sont bien trop désordonnés pour offrir un ensemble solide. Si l’année passée représentait celle de l’excès, celle-ci l’est également à sa manière, car il y a trop de personnages et d’intrigues. Il est vrai qu’en regardant True Blood, le public ne s’attend pas à des réflexions poussées sur la vie en général, mais, là aussi, c’est un peu trop léger alors que la fiction n’a jamais été autant bavarde et pompeuse. Allez, quand bien même cet article semble très négatif, l’univers est tel que l’on est toujours un poil charmé par ce fantasque Bon Temps. Toutefois, attention de ne pas commettre les mêmes erreurs avec la quatrième saison parce que là, ce serait clairement de trop.