Ce qu’il y a d’embêtant avec les séries que j’aime et qui me touche plus que les autres c’est que je n’arrive jamais à écrire quelque chose sur elles. A chaque fois c’est pareil. J’en suis presque malade à l’idée de devoir rédiger un article. Le syndrome de la page blanche est quasi systématique. C’est frustrant, surtout lorsque la série en question n’a que peu de téléspectateurs dans le monde alors qu’elle le mérite. Et c’est ainsi que tous les ans, vous avez en retard le bilan de la dernière saison diffusée de Friday Night Lights. Je n’y peux rien, je bloque. La cinquième et dernière saison a débuté il y a quelques semaines aux Etats-Unis, par conséquent cela me fait me bouger. Eh oui, je tiens toujours à écrire l’article de la saison passée avant la nouvelle. Or, j’ai vraiment, vraiment hâte de retourner à Dillon, pour probablement me transformer en madeleine, donc… il faut bien que je vous rédige quelque chose. Certes, je pourrais m’abstenir mais mon côté maniaque / psychorigide fait que je me sens obligée de le faire. Pourquoi j’écris tout ça ? Hmm. Bonne question. Probablement pour essayer de vous faire comprendre que Friday Night Lights est une série fantastique et que je ne me sens pas du tout à la hauteur d’écrire sur elle car je sais que je ne peux transmettre tout ce qui fait sa substance. Ceci dit, nous allons essayer.
Alors que tout le monde la disait morte et enterrée au terme de sa première saison, Friday Night Lights s’est vue octroyer une seconde saison, toujours sur NBC. Contre toute attente, une troisième vit le jour dans sa nouvelle maison, DirectTV, et comme par enchantement, on annonça que deux autres saisons seraient produites pour conclure la série. Autant il est tout à fait possible de s’énerver et de râler contre les networks, autant cette fois-ci, on peut remercier les personnes qui sont derrière. Diffusée entre octobre 2009 et février 2010, la saison quatre comporte treize épisodes. Concernant la diffusion française, je ne sais guère où cela en est mais je crois que nombre de sériephiles ont arrêté de rêver. Par contre, les coffrets DVD commencent à sortir, ce dont on peut se réjouir ! Aucun spoiler.

Après une seconde saison peu homogène, la troisième a rattrapé ses erreurs pour nous offrir du Friday Night Lights de très haute qualité. Les derniers épisodes laissaient supposer des changements majeurs à Dillon. Le coach avait effectivement quitté son poste à West Dillon et commençait à l’autre lycée au bout de la ville, East Dillon. Si sur le papier cela pouvait laisser imaginer un simple déplacement de l’intrigue, cela n’est absolument pas le cas. A vrai dire, ce changement de lycée est à l’origine de nombreux bouleversements dans la vie des principaux protagonistes. West Dillon est le côté pimpant de la ville texane. Si tout n’y est pas rose, ses habitants sont toutefois relativement à l’aise dans leur vie socioprofessionnelle, le lycée a un certain budget, l’équipe de foot gagne le Championnat d’Etat ou s’en approche, etc. Ce n’est pas la panacée mais c’est relativement correct. East Dillon en est le reflet négatif. Friday Night Lights change ainsi de terrain et permet dès lors de se renouveler grâce à certains thèmes, parfois précédemment abordés, mais ils gagnent ici davantage en profondeur. Ainsi, profitant de l’arrivée de nouveaux personnages, il est question de violence, de gangsters, de drogues ou de manière plus terre-à-terre de collecte de fonds pour obtenir une simple pelouse pour un terrain de football. Cela peut parfois paraître trivial mais c’est ce qui fait que la vie de l’autre côté de Dillon est plus difficile, plus dure et plus amère que là où le soleil se couche.

A vrai dire, cette délocalisation a apporté du bon mais aussi du moins bon à cette quatrième saison. Il est évident que les personnages ne peuvent rester éternellement au lycée. C’est pourquoi certains partent et d’autres arrivent. Quatre nouveaux tirent essentiellement leur épingle du jeu. Il y a tout d’abord Vince, joué par Michael B. Jordan (The Wire), qui semble prédestiné au foot mais qui a un tel environnement qui fait que rien n’est jamais simple. Viennent ensuite les deux filles, Jess et Becky. L’une est mature et s’occupe de ses frères avec l’aide de son père, ancien footballeur désabusé alors que l’autre est plus futile en apparence et se révélera au final assez touchante. Enfin, Luke termine ce quatuor. Ancien Panthers, il passe chez les Lions et tente de concilier au mieux sa vie à la ferme et ses ambitions footballistiques. S’il était évident qu’il fallait apporter du sang frais à la série, il n’est pas toujours aisé de s’attacher à ces personnages, surtout lorsque les anciens ont encore leurs marques. Ce n’est pas tant que les nouveaux soient inintéressants mais certaines intrigues se révèlent fragiles et parfois un peu poussives, comme un triangle amoureux par exemple ou Becky qui en milieu de saison est assez usante. Il y a du potentiel mais il n’est que trop rarement exploité à son maximum. S’il s’agissait d’une autre série, cela passerait peut-être mais nous parlons de Friday Nights Lights. C’est ça que d’habituer à une grande finesse et subtilité, le moindre accroc n’est est que plus visible. Si l’interprétation est juste, il manque peut-être une certaine mesure dans le traitement de ces personnages que l’on impose trop rapidement et de manière parfois quelque peu intrusive.

La série insuffle une telle émotivité qu’il est dur de dire au revoir à ses héros. Pourtant, la saison nous oblige à le faire. L’année passée ce fut au tour de Jason et Smash, durant la saison quatre ce fut Matt. Avant toute chose, impossible de ne pas parler de Zach Gilford qui fait là un travail assez incroyable car juste, émouvant et extrêmement intense. Le point d’orgue est indubitablement le 4×05, The Son. Si Friday Nights Lights a toujours été une série riche en émotions, ces treize épisodes ne dépareillent pas face au reste et sont souvent marquants.
Julie, souffre du départ de Matt et devient vraiment intéressante en fin de saison. Quant au meilleur ami de #7, Landry, il est toujours aussi attachant et n’a pas de chance car il fait parti du triangle amoureux peu judicieux. Toutefois, cela ne l’empêche pas d’être l’instigateur de nombreux moments touchants et agréables.

Comme écrit plus haut, ce changement de lycée offre du bon à la saison. Il permet effectivement un certain retour aux sources, à la passion qui unit tous ces personnages. Passion qui n’est autre que le football. Les scènes de match ne sont, à mon goût, pas assez présentes (et pourtant je n’aime pas ce sport !) mais que dire de celle du season finale ? Ouaw. C’est juste ce que j’ai envie d’écrire. Les moyens ne sont plus là, les maillots sont même difficiles à trouver par manque d’argent mais le plaisir est là. Il est palpable et même si on ne sent pas une parfaite cohésion entre les différents joueurs, on s’en approche. Et cela, on le doit évidemment au coach qui comme toujours, est exceptionnel. De la même manière que les précédentes saisons, on peut parler du couple Taylor qui est fabuleux. Jamais parfait mais toujours juste. Il est l’âme de la série, tout simplement.

Reste le dernier ancien… Tim Riggins. Ah. La fin de la saison est assez déconcertante et en même temps agaçante car il a réalisé un travail formidable dans ces treize épisodes. Il se prend en main, fait des choix globalement mesurés et intelligents mais tout cela est gâché bêtement. C’est tuant, surtout lorsque l’on aime autant ce personnage. La série n’a jamais été aussi noire que durant cette saison. Il faut voir ce que donnera Tim en saison cinq mais là, ce fut une déception assez amère.

Si la saison quatre de Friday Night Lights n’en demeure pas moins bonne, elle souffre de quelques inconstances scénaristiques et d’un manque relatif de finesse concernant l’intégration des nouveaux personnages. On est loin, très loin même, d’erreurs ou de fausses notes mais cela entrave le potentiel de la série. Cela n’empêche absolument pas la saison d’être un véritable reflet, probablement réaliste d’une ville telle que Dillon où l’amertume cohabite avec la passion et les rêves. Dans tous les cas, cette saison est assurément nostalgique, extrêmement émotionnelle et souvent éprouvante en raison de son caractère désenchanté. Elle continue à développer ce sentiment d’appartenance à ce coin paumé et il est toujours aussi difficile de ne pas être touché face à ce qu’il se passe devant son écran. Cette saison, tout autant que les précédentes, voire davantage en raison de sa noirceur, est une saison qui se vit et qui se ressent. Tout simplement. La saison cinq s’annonce difficile et douloureuse. Le stock de mouchoirs est déjà prêt.