Suggérée par Miyuse pour ce troisième jour de la semaine de Noël, voici la première saison de Community !

Ce n’est un secret pour personne, les sitcoms et moi, nous ne sommes pas très amies. Certes, il m’arrive d’en regarder, mais je les compte sur les doigts d’une main ; et surtout, celles que j’ai en cours ont commencé il y a des années et je tente de les terminer. Je n’en démarre plus de nouvelles parce que ça ne m’intéresse pas. J’apprécie assez les comédies, mais il me faut souvent davantage de temps pour y accrocher et le format court ne me convainc pas. Sans la demande de Miyuse, Community avait par conséquent peu de chance de passer sur mes écrans un jour. Débutée en septembre 2009, cette série créée par Dan Harmon en est actuellement à sa deuxième saison. La première dont nous allons parler aujourd’hui se compose de vingt-cinq épisodes de vingt minutes chacun qui furent diffusés entre septembre 2009 et mai 2010 sur NBC. Aucun spoiler.

En raison de son statut fort méprisé, l’université communautaire (community college) de Greendale est assimilée à un établissement n’accueillant que les pauvres incapables de se payer une formation digne de ce nom, les marginaux, et tous les élèves plus âgés reprenant le chemin de l’école. En d’autres termes, la faune locale s’y avère plus qu’hétéroclite et mérite parfois quelques-unes de ces railleries. Suite à certaines circonstances, un ancien avocat retourne étudier et y rencontre un groupe définitivement haut en couleur.

Contrairement au lycée, les séries se déroulant à la fac se veulent, finalement, assez peu nombreuses. Puisque je viens de quitter cet univers très récemment, il m’est encore familier. En tout cas, pour la majorité de la population, la vie estudiantine n’est probablement pas aussi mouvementée qu’à Greendale. Community narre ainsi les aventures d’un groupe d’étude d’espagnol composé de six membres extrêmement différents, bien que tous névrosés. Les personnages participant au succès de cette production, il convient de s’attarder un tant soit peu sur eux. Jeff Winger (Joel McHale), le héros – ou tout du moins le chef de la bande –, est un avocat dont le diplôme a été invalidé. Résultat, il est obligé de mener un véritable cursus pour pouvoir récupérer son emploi. Avec son tempérament cynique, il n’en rate pas une pour manipuler et détient des dons d’orateur assez exceptionnels. Même s’il ne possède pas le papier assurant ses compétences d’homme de droit, il est évident qu’il a toutes les qualités – et naturellement les défauts – pour se montrer parfait dans ce rôle de requin du tribunal. Dès son arrivée sur le campus, il a le coup de foudre pour Britta Perry (Gillian Jacobs), une autre étudiante proche de la trentaine. Elle a papillonné et réalisé un nombre incalculable d’activités avant de décider de retourner sur les bancs de l’école. Assez rabat-joie, elle est certainement la plus terre-à-terre du groupe. Shirley Bennett (Yvette Nicole Brown), une mère divorcée de deux garçons, chérit sa chrétienté assumée et affiche un perpétuel sourire, car elle semble se réjouir de toutes les petites choses de la vie. La toute jeune et fraîchement sortie du lycée Annie Edison (Alison Brie) termine la marche du côté féminin. Studieuse et psychorigide, elle suit toujours les règles et ses nouveaux amis s’apprêtent à bouleverser ses habitudes. Chez les hommes, le plus âgé est Pierce Hawthorne (Chevy Chase), un retraité pervers appréciant les blagues racistes et sexistes. L’ancien footballeur Troy Barnes (Donald Glover) a dû mettre de côté sa carrière professionnelle toute tracée en raison d’une mauvaise chute, tandis qu’Abed Nadir (Danny Pudi), un cinéphile et sériephile passionné, présente des difficultés d’interaction sociale.

Au départ, ces six personnes ne se connaissent absolument pas et décident de créer un groupe d’étude pour les cours d’espagnol afin d’améliorer leurs compétences. Elles constatent rapidement qu’elles ne révisent pas et que de toute manière, du fait des situations surréalistes de Greendale, il s’avère préférable de participer aux délires ambiants. Sans aucune surprise, en dépit de leurs grandes différences, ces élèves atypiques finissent par former une véritable unité plutôt soudée, avec toutes les colères et disputes inhérentes. Ce concept n’a donc vraiment rien de bien novateur surtout que les clichés et stéréotypes figurent au programme. Pour autant, au fur et à mesure, cette petite troupe dysfonctionnelle parvient à devenir assez attendrissante par son originalité et ses faiblesses souvent tournées en dérision. Aussi bizarre que cela puisse paraître, les protagonistes sont toutefois loin d’être sympathiques, ou mieux, attachants. Seule la moitié composée d’Annie, Troy et Abed se révèle vraiment intéressante et agréable. Pierce est extrêmement usant, notamment en raison de ses réflexions d’obsédé sexuel consternant, et Jeff et Britta ne dégagent absolument rien bien que les scénaristes essayent de mettre les formes en les plaçant régulièrement au centre des intrigues. Heureusement que subsiste Annie, la fraîcheur incarnée par son côté fleur bleue, mais également le fantastique double que symbolisent Abed et Troy, amenant d’excellentes séquences comme celles en lien avec le rap en espagnol. S’il n’y avait qu’un unique personnage à retenir, ce serait sans aucun doute possible Abed, car il illumine la saison par son esprit vivace, ses répliques ciselées, son déguisement en Christian Bale asthmatique/Batman et son incroyable culture. Sans lui, cette première année de Community n’aurait pas la même saveur.

Une des principales caractéristiques de ces débuts, c’est de beaucoup jouer avec les duos. Chaque épisode représente l’occasion de tester plusieurs associations : Abed/Troy, Jeff/Britta, Annie/Shirley, etc. Les dynamiques se renouvellent ainsi perpétuellement et si plusieurs rebondissements tombent à plat, l’ennui n’a guère le temps de s’installer, le format court aidant au passage. Avec une psychologie générale bien définie dès le départ, l’écriture s’en amuse et en étire les limites à l’infini. Pour faire simple, quand bien même les héros ne provoquent que de rares vagues de sympathie lorsqu’ils sont seuls, tout change à partir de l’instant où ils se retrouvent à deux ou à plusieurs. Ces formations nourrissent les scénarios et piment les situations. Cette symbiose transpire également dans l’histoire en tant que telle. Effectivement, si les différentes intrigues semblent parfois n’avoir aucun rapport entre elles et ne s’apparenter qu’à une accumulation informelle, elles réussissent souvent à se rejoindre plus tard. Absolument tous les personnages perdent les pédales au cours de cette année, ce qui démontre une fois de plus que le réalisme n’est clairement pas l’effet recherché. Outre les principales figures, comptons sur une galerie de visages secondaires truculents tels que le doyen amateur du politiquement correct (Jim Rash), le prof d’espagnol totalement fou (Ken Jeong) ou celui de psychologie (John Oliver), un Anglais alcoolique notoire. Ce microcosme loufoque participe à l’ambiance de Community et transforme la fiction en un délire excentrique composé de métahumour, de références à foison et de parodies.

Honnêtement, le début de cette série se veut assez poussif en raison de premières semaines moyennement inspirées et de blagues peu communicatives. En fait, je n’ai pas du tout ri avant un moment et je ne peux pas non plus dire avoir été spécialement transportée au long cours. Pourtant, je crois appartenir au public cible. Parmi les épisodes les plus solides, citons le 1×22, The Art of Discourse, et le 1×23, Modern Warfare. Les personnages prennent doucement leurs marques et il leur faut un certain temps avant de sortir des clichés les caractérisant. Au fil de la saison, l’intérêt progresse et l’humour réussit à faire mouche, sans en devenir non plus aussi extraordinaire que ce que beaucoup semblent répéter. Sous couvert de sarcasmes, le ton demeure quand même assez consensuel en dépit de la créativité et de l’imagination des scénaristes. Quoi qu’il en soit, là où Community montre son talent, c’est dans ses dialogues pertinents, rapides et enlevés, et avec son écriture autoréférentielle plutôt sympathique à petites doses. Tout en multipliant les apports à la culture populaire, les épisodes se résument parfois presque uniquement à des parodies de films et de séries télévisées. N’étant pas du tout familière des sitcoms, j’en ai certainement raté un très grand nombre, mais cela importe peu puisque le reste se veut assez jouissif dans le genre. Pensons tout particulièrement au pastiche de Ghost, le long-métrage avec Patrick Swayze et Demi Moore. Abed se passionnant pour le cinéma, il voit tout ce qui se passe autour de lui à travers un projecteur. Du point de vue du divertissement, cette première saison de Community paraît dès lors réussie grâce au détournement de tous ses poncifs pour amuser le téléspectateur. Néanmoins, impossible de ne pas être quelque peu sur la réserve, car en dehors des références et caricatures volontaires, c’est un peu le vide… La série ne donne, pour l’instant, pas l’impression de détenir toutes les cartes en main pour satisfaire sur la durée. Sinon, l’ensemble se permet d’apporter sur un plateau quelques invités : Jack Black, Owen Wilson, Anthony Michael Hall (The Dead Zone)… Certains reconnaîtront aussi Eric Christian Olsen (Get Real, Tru Calling) dans le rôle de Vaughn, le hippie bobo fleur bleue aux mini-tétons.

Pour conclure, si la première année de Community peine à démarrer, elle montre un certain potentiel une fois ses protagonistes installés dans le paysage. Très loin d’être parfaite, elle souffre d’une vraie inconstance tant elle alterne de solides épisodes avec d’autres plus moyens. Avouons qu’en raison de sa propension à se focaliser uniquement sur les parodies et les références, et non pas sur le développement de ses figures, son futur laisse dubitatif ; certes, là n’est pas encore la question. Si plusieurs de ses héros manquent d’exploitation et de sympathie, ils sont heureusement compensés par d’autres attachants et des personnages secondaires truculents. À grand renfort d’un martèlement de culture populaire, la saison fait parfois rire et propose plusieurs aventures décalées et vivifiantes. Grâce à sa fraîcheur et sa créativité, cette série se recommande à ceux appréciant le genre. En revanche, ceux n’ayant pas d’affinité particulière avec les sitcoms pourront passer allégrement leur chemin étant donné qu’à part délivrer un divertissement plaisant, Community n’est pas non plus si novatrice et extraordinaire que d’aucuns l’affirment.