Troisième jour de l’animation de Noël, troisième cadeau et c’est Saru à l’honneur avec sa demande : Misfits.

Il y a de ces séries dont on a des échos, mais pour lesquelles, finalement, on ne sait strictement rien. C’est exactement ce qui s’est passé pour moi avec Misfits. Je n’avais absolument aucune idée de quoi il en retournait, si ce n’est qu’il était question d’inadaptés sociaux ou de quelque chose dans le genre. Créée en 2009, Misfits est une production anglaise diffusée sur E4, la même chaîne que Skins. Il existe pour le moment deux saisons et une troisième est d’ores et déjà prévue. La première, datant de novembre/décembre 2009 est composée de six épisodes d’une quarantaine de minutes. C’est elle à l’honneur aujourd’hui, la suite viendra plus tard. Aucun spoiler.

Cinq jeunes marginaux ne se connaissant pas débutent simultanément des travaux d’intérêt général. Leur vie aurait pu se dérouler plus ou moins tranquillement comme c’était le cas jusque-là, mais un étrange orage s’abat sur eux. Contre toute attente, les voilà dotés de pouvoirs spéciaux.

Alors là… Avec ce genre de série, j’ai juste envie d’écrire un « regardez-la ». J’imagine que ça ne vous suffira pas, donc je vais essayer de m’atteler à la tâche. Pour faire simple, clair et net, Misfits est ma révélation de l’année 2010. Rien que ça. Si d’autres facteurs n’entraient pas en compte, les six épisodes auraient été visionnés à la suite sans aucun problème. À vrai dire, j’ai regardé cette première saison en deux temps de trois épisodes. Celle-ci navigue entre plusieurs genres ; effectivement, elle se permet tour à tour d’effectuer quelques incursions dans la science-fiction, d’émettre une certaine critique de la société, de proposer des portraits de jeunes Anglais sur le bas-côté de la route, de faire rire jusqu’à plus soif, ou encore de donner à votre cœur quelques petites secousses en raison d’émotions et de romance. Ce mélange fonctionne à merveille et laisse presque pantois. Le ton est résolument moderne, sans toutefois tomber dans la surenchère. Il est évident que la comparaison avec Skins est vite réalisée. Si, ici, les personnages ne vont pas tous à des fêtes de folie, il en résulte une ambiance assez similaire et une manière de parler quasi identique. Par conséquent, les dialogues sont plutôt crus et vulgaires, mais rien de bien choquant. Ils n’en ressortent que plus authentiques dans ce cas précis. L’humour est fort présent et se révèle noir, ironique et corrosif. En vérité, il masque souvent le mal-être des protagonistes qui ont tous été mis au ban de la société pour des raisons aussi diverses que variées. Leurs pouvoirs fraîchement acquis vont leur permettre de tenter de se réadapter, ou malheureusement pas. Cette saison une, en dépit de son côté parfois un brin cocasse et volontairement osé, n’hésite pas à traiter certains sujets plus ou moins difficiles principalement en lien avec les jeunes adultes. Les thèmes abordés sont dès lors multiples et touchent la notion d’identité, le sexe, le viol, la famille, l’amitié, la solitude, etc. Quand bien même la plupart d’entre vous ne possèdent certainement pas de pouvoir extraordinaire, il est aisé de se sentir concerné et de s’attacher à ces personnages. Ici, ils ne tentent plus de vivre, mais de survivre dans un monde devenu un peu trop étrange. En effet, si les héros développent certaines habiletés hors du commun, ils ne sont pas les seuls, et cela peut diriger les habitants du coin vers de graves catastrophes.

En dehors du scénario bien ficelé et des dialogues brillamment écrits, les six premiers épisodes sont visuellement très beaux et globalement travaillés. La photographie est en effet très jolie. La saison s’essaie par ailleurs à l’exercice de style assez risqué qu’est le fameux voyage dans le temps. L’épisode quatre y est entièrement dédié et est probablement le plus réussi. Il met parfaitement en exergue les aboutissements et les conséquences de ce qui peut en découler. Impossible de ne pas saluer le générique qui est à lui tout seul une petite perle dont nous parlerons d’ici quelques semaines. De même, la musique contribue à cette atmosphère jeune, fraîche et rock ‘n’ roll.

Les personnages, bien qu’étant marginaux et condamnés à des travaux d’intérêt général, ne sont pas de gros durs s’acharnant sur le système. Ce n’est pas parce qu’ils ont des pouvoirs récemment acquis qu’ils se sentent obligés de sauver la planète à coup de « yatta ! » et de « sauvons la cheerleader ». Ils sortent ainsi des clichés habituels et procurent par la même occasion une sensation agréable au téléspectateur. Ils sont tous extrêmement attachants, mais comme souvent, chacun a forcément ses préférences. Grande gueule ne pouvant jamais s’arrêter de parler, Nathan (Robert Sheehan) est ce que l’on pourrait appeler un petit con. Il n’en rate jamais une pour se moquer de tout le monde. Sur le papier, il a tout pour être agaçant, mais ce n’est pas du tout le cas. Il est extrêmement drôle et est surtout l’instigateur de toutes ces répliques délicieusement piquantes. Il est le seul à ne pas voir se développer un pouvoir et met cela sur le compte qu’il n’y avait rien à améliorer chez lui. Forcément, on se doute bien que cela est faux et que quelque chose finira par se déclencher. Curtis (Nathan Stewart-Jarrett) avait tout pour devenir quelqu’un. Sportif de haut niveau, il allait même participer aux Jeux olympiques de 2012. Malheureusement, il se fait attraper en possession de drogue et sa vie toute tracée s’effondre. Il n’est pas étonnant que son pouvoir soit celui de retourner dans le temps, comme pour annuler son passé. Troisième et dernier garçon de la bande, Simon (Iwan Rheon) est asocial et n’a donc pas d’amis. Ce n’est pas qu’il n’en veut pas, mais personne ne s’intéresse à lui. Il est effacé en temps normal aux yeux des autres, et l’orage lui donne la possibilité de devenir invisible. Il s’agit de mon chouchou. Étrange et réservé, il cache une profonde détresse et la saison sera bien cruelle avec lui.

Chez les filles, mention spéciale à Kelly (Lauren Socha) qui a un accent à couper au couteau. C’est dans ces moments que l’on remercie les sous-titres. Râleuse, elle partage certains traits avec Nathan comme ce côté grande-gueule bien qu’elle soit davantage réfléchie. Elle développe la possibilité d’entendre dans les pensées, ce qui n’est jamais aussi extraordinaire que ce que l’on pourrait croire. C’est la jolie Alisha (Antonia Thomas) qui termine cette nouvelle équipe de bras cassés. Usant de ses atouts féminins, elle drague tout ce qui bouge et se retrouve ainsi avec un pouvoir bien handicapant, car dès qu’elle touche quelqu’un, il est irrésistiblement attiré par elle et n’a qu’une envie, coucher avec elle. Difficile par conséquent de faire la part des choses entre la réalité et ce que son talent induit. D’autres protagonistes secondaires gravitent autour d’eux, mais ne sont pas les éléments importants de la saison. Ceux ayant apprécié le personnage de Leon dans Hex seront aux anges puisque Jamie Davis est présent le temps de quelques épisodes.

Au final, la première saison de Misfits est une véritable réussite à tout point de vue. Assez acerbe et crue, elle nous plonge immédiatement dans son monde noir et désabusé. Les thématiques plutôt difficiles sont contrebalancées par l’humour quasi perpétuel et extrêmement rafraîchissant, les répliques ciselées aidant. Sous couvert d’un genre fantastique, la série est surtout un brossage en règle d’une galerie d’individus marginaux et charismatiques. L’aspect esthétique ne peut non plus être occulté tant il est travaillé et agréable ; par exemple, les couleurs sont belles et la musique très british particulièrement bien choisie. Si vous cherchez une fiction acérée, distrayante, fun, aboutie, addictive et avec des protagonistes intéressants, c’est tout trouvé, regardez Misfits.