Voici le cinquième jour de la semaine de Noël et, grâce à Llilliathari, nous repartons en Angleterre avec Sherlock.

Après avoir dépoussiéré le récit du docteur Jekyll et du fameux mister Hyde dans Jekyll, Steven Moffat s’est attaqué au non moins célèbre Sherlock Holmes dans une nouvelle série, sobrement intitulée Sherlock. La première saison se constitue de trois épisodes d’une heure et demie chacun passés sur la BBC au cours de l’été 2010. Une deuxième est déjà prévue, mais elle n’arrivera pas avant l’automne 2011. Ce retour à l’antenne semble particulièrement loin et doit en partie se comprendre par le fait que Moffat préfère s’occuper entre-temps de Doctor Who. À l’exception de la deuxième histoire, écrite par Mark Gatiss – celui portant ici les traits de Mycroft –, les deux autres ont été scénarisées par Moffat. À noter que l’ensemble sera disponible sur France 4 dès le 1er janvier 2011, mais malheureusement uniquement en version française. Aucun spoiler.

Sans avoir lu les illustres romans d’Arthur Conan Doyle, quiconque connaît forcément Sherlock Holmes tant le personnage est entré dans la culture populaire depuis des décennies. Les adaptations et transpositions de ses aventures ne manquent pas. D’ailleurs, parmi les séries, les amateurs de House y ont déjà remarqué les nombreuses références. Ce détective particulier sempiternellement affublé de son éternel complice, le docteur Watson, résout les énigmes les plus diverses, et ce, avec brio et panache. Tout comme il l’a réalisé au préalable avec Jekyll, Steven Moffat rafraîchit un autre mythe fictionnel et propose sa propre vision, remaniée au goût du jour. Au lieu d’installer le récit à la fin du XIXè siècle, il modernise totalement les principales figures et le cadre. Ainsi, Sherlock Holmes (Benedict Cumberbatch) vit toujours à Londres au 221B Baker Street, se chamaille avec son frère Mycroft, possède une extraordinaire mémoire, mais use cette fois des avancées du monde contemporain autant que possible. Il adore les textos et ne se sépare jamais de son smartphone. L’utilisation de nouvelles technologies aurait pu être préjudiciable, mais ce n’est jamais le cas, car elle sert ici l’intrigue plutôt qu’autre chose. Par exemple, alors que, généralement, la caméra montre nettement l’écran de l’ordinateur/du téléphone pour illustrer une information plus ou moins importante au public, Sherlock inscrit directement le message sur l’image télévisuelle en tant que telle. De cette manière, le spectateur voit ce que le héros regarde, mais il ne se départ pas non plus du visuel du protagoniste. La manière se veut somme toute extrêmement simple et le résultat n’en devient que plus naturel et réussi.

Dans la série, le docteur Watson (Martin Freeman) est toujours médecin si ce n’est qu’il revient de la guerre en Afghanistan, où il a exercé et s’est au passage psychologiquement et physiquement affaibli. Cette transposition à notre époque permet de grandement rafraîchir les pérégrinations du gentleman anglais. Cela offre aussi probablement à la BBC la possibilité d’attirer une audience plus large et versatile, tout bonnement parce que tout le monde n’apprécie pas les productions en costumes. Quoi qu’il en soit, que les amateurs du personnage mythique se rassurent, le tout est parfaitement cohérent et concorde avec ce que l’on connaît de lui. Sherlock Holmes est en effet un homme excentrique, arrogant, obsédé par le travail, égoïste et possédant un sens de l’observation assez incroyable. Il ne garde en mémoire que ce qui peut lui servir par la suite et jette le superflu. Ses répliques fusent et sont souvent absolument délicieuses. Les dialogues exquis représentent l’un des atouts les plus indiscutables de ces trois épisodes, ne le nions pas. De surcroît, la dynamique entre le héros et Watson se veut intéressante, car elle se révèle riche, mouvementée et assez ambiguë. L’arrivée du médecin dans la vie du détective lui donne par ailleurs un coup de fouet et lui permet certainement de s’amuser bien davantage. La réciproque est évidemment de mise. Sinon, tous les autres éléments propres au canon sont présents comme Mrs Hudson, l’inspecteur Lestrade, Mycroft, Scotland Yard et, inévitablement, le fameux Moriarty, le grand ennemi de Sherlock Holmes.

Qualitativement parlant, les trois aventures sont globalement bien écrites et se visionnent agréablement. La deuxième, The Blind Blanker, est peut-être un peu moins prenante, mais elle n’en demeure pas moins réussie. Le dernier chapitre s’autorise un cliffhanger plutôt frustrant, ce qui est une excellente chose pour fidéliser le téléspectateur. Dire qu’il faudra attendre l’automne 2011, c’est tellement loin ! Si les histoires sont assez dramatiques, des pointes d’humour très anglais répondent à l’appel et font mouche, désamorçant dès lors des situations parfois intenses. Cette association offre par conséquent à la série une franche coloration agréable. Les épisodes peuvent être regardés de manière indépendante, car ils ne se suivent pas vraiment. Du point de vue plus formel, les décors sont particulièrement soignés. L’appartement de Holmes semble tout droit sorti de l’imagination d’Arthur Conan Doyle et c’est un vrai délice que d’y voir interagir les personnages, d’autant plus que la réalisation est vive et solide.

Au final, la première année de Sherlock parvient à insuffler une nouvelle vie au mythe qu’est Sherlock Holmes. Alors que la modernisation pouvait laisser envisager le pire, les craintes sont vite balayées tant l’ensemble se révèle convaincant et interprété efficacement. Effectivement, ces trois histoires sont divertissantes et menées tambour battant grâce à des enquêtes dirigées d’une main de maître par le détective excentrique aux répliques savoureuses. Le protagoniste et l’univers du canon ne sont en aucun cas dénaturés, bien au contraire, puisque l’on sent une volonté de coller au plus près de l’œuvre mondialement connue. Quant au duo phare, il s’avère aussi jouissif que complémentaire. Bref, c’est définitif, cette saison de Sherlock s’apparente à une jolie réussite de Steven Moffat.