Voilà, le chapitre Hana Yori Dango s’est refermé après avoir provoqué un véritable raz-de-marée au Japon et dans les pays voisins. Pour mettre les petits plats dans les grands, la série télévisée s’est accordé un film en guise de conclusion sobrement intitulé Hana Yori Dango: Final et réalisé par l’équipe créative des deux précédentes saisons. D’une durée approximative de cent trente minutes, il est sorti dans les salles obscures le 28 juin 2008. Aucun spoiler.

Quatre années se sont écoulées depuis les retrouvailles au lycée de l’illustre paire que forment Dômyôji Tsukasa et Makino Tsukushi. Le riche héritier décide qu’il est l’heure d’annoncer au monde ses fiançailles avec sa chère et tendre. Le mariage se prépare donc doucement et plus rien ne semble en mesure de l’arrêter. Même pas la mère du promis d’autant plus qu’elle offre à sa future belle-fille le sourire de Vénus, une tiare en diamants sertie de maintes autres pierres précieuses transmise dans la famille de génération en génération. Ce geste touche beaucoup l’héroïne, mais quelques heures plus tard, le couple se la fait voler par un individu masqué ! Fait étrange, la direction de l’hôtel dans lequel ils séjournent ne prend pas cette effraction au sérieux. Que se passe-t-il ? Quelqu’un leur veut-il du mal ? Les amoureux décident de batailler ferme pour récupérer ce cadeau, quitte à traverser le monde en long en large et en travers.

Après avoir laissé de côté l’univers un brin kitsch et tape-à-l’œil de Hana Yori Dango, quel plaisir de le retrouver ! L’humour malicieux et les personnages attachants injectent encore une fois une certaine dose de bonne humeur. Il s’agit clairement là d’un bonbon acidulé faisant beaucoup de bien au cœur. La série ne s’est jamais targuée d’offrir une réflexion pertinente et, avec simplicité, elle illustre le parcours mouvementé de ses héros. En tout cas avec elle, le divertissement répond à l’appel. Malgré ma grande sympathie pour ce microcosme haut en couleur, je partais un peu à reculons en ce qui concerne ce film, probablement parce que je craignais une douche froide. Malheureusement, sans s’avérer atroce, il se révèle totalement dispensable et souffre une fois de plus du phénomène propre à ces fictions s’étirant à l’extrême pour continuer de profiter de leur succès. Le scénario ? Apparemment, il importe peu. Tout n’est qu’un prétexte pour proposer un dernier tour d’honneur, quitte à forcer les situations et, pire, sombrer dans des excès ridicules. Certes, les rebondissements de la production télé ne se veulent pas non plus toujours très crédibles, mais ce long-métrage savoure son budget pour pousser le bouchon à l’extrême. La photographie et la réalisation frappent par leur soin, ne le nions pas. De même, les décors naturels subjuguent et démontrent l’envie d’épater l’audience. Car outre les habituels artifices clinquants avec marques à foison, la caméra s’envole à Las Vegas, probablement dans le désert du Nevada, à Hong Kong et sur une île paradisiaque sentant bon le sable chaud. Non, la forme ne déçoit pas, mais elle prouve que s’armer de superbes paysages et d’une musique assez entraînante n’atténue pas les lacunes narratives parce que le rythme peine à plusieurs reprises et induit un certain sentiment d’ennui.

Tsukushi et Tsukasa s’apprêtent donc à se passer la bague au doigt, mais coup du sort, ils sont confrontés à la subtilisation de la tiare donnée par la mère du second. Ils y voient là un mauvais présage et, de surcroît, ne comptent pas se laisser faire. Le spectateur réalise vite qu’un individu ambigu campé par Kitaôji Kinya (Karei Naru Ichizoku) se cache derrière ce cambriolage, mais ses motivations demeurent brumeuses jusqu’à la moitié. Si le mystère entourant l’intrigue n’est résolu qu’en toute fin de parcours, la supercherie se comprend rapidement et ne permet pas d’insuffler un véritable suspense. Le scénario se perd tristement dans maintes répétitions, avec des disputes sur des sujets analogues, les indécisions de Tsukushi et plusieurs quiproquos. Au lieu d’essayer d’approfondir les personnages secondaires, le film se borne une fois de plus à utiliser les ressorts romantiques déjà usés de la série télévisée et à établir des parallèles métaphoriques au goût douteux avec ce qui se déroule à l’écran. Rui, Akira et Sôjirô se contentent de la place de plantes vertes tandis qu’un homme joué par Fujiki Naohito (Hotaru no Hikari) aide l’héroïne à cheminer ; pour l’anecdote, il incarne Rui dans l’horrible production cinématographique de 1995. Les péripéties rocambolesques s’enchaînent avec des séances d’arts martiaux, des coups de feu tirés par des yakuzas armés jusqu’aux dents, des enchères aux montants astronomiques, une arrivée sur une île sortie tout droit de Lost, etc. Au final, l’intrigue dénuée de crédibilité oublie de créer un véritable pont émotionnel. Le duo de tourtereaux s’avère toujours aussi mignon et les déclarations maladroites de Tsukasa touchent, mais pour une conclusion, le résultat reste trop forcé, peu subtil et totalement mièvre. Le récit n’y va pas de main morte avec son sentimentalisme exacerbé, quitte à écœurer un Bisounours.

Pour résumer, Hana Yori Dango: Final s’apparente à l’ultime épreuve du couple phare de la série avant leur mariage. En subissant des mésaventures ubuesques les unes à la suite des autres, leur amour est rudement malmené et l’attrait du cadre cosmopolite ne parvient guère à taire leurs doutes. Bien que plusieurs ingrédients ayant participé à la recette savamment dosée de la fiction télévisée soient de retour, ce long-métrage manque de relief, de réalisme, d’humour et d’intérêt. La vacuité du scénario multipliant les inepties abracadabrantesques et l’omniprésence d’une guimauve dégoulinante ne viennent qu’allonger la liste des nombreux écueils. Trop interminable, sirupeux et ridicule, ce film excessif ne séduit pas malgré le plaisir de retrouver des personnages au demeurant attachants. Maintenant, il ne me reste plus qu’à oser tester l’adaptation sud-coréenne !