Shôkôjo Seira | 小公女セイラ

Publié par | 15 février 2011

Il existe une histoire qui a marqué plusieurs générations et qui continue toujours de le faire. Une histoire que tout le monde connaît. Ce sont sur ces mots que Shôkôjo Seira débute. Si intitulé de la sorte, la série ne dit pas forcément grand chose au grand public, il va de soi que si l’on parle de Princesse Sarah, il y a fort à parier que l’ampoule dans votre tête s’allume. Shôkôjo Seira est effectivement l’adaptation du roman A Little Princess de Frances Hodgson Burnett publié en 1905. Plusieurs d’entre vous ont probablement regardé l’anime des années 1980, Princesse Sarah (Purinsesu Seira en VO). Ce fut mon cas. Je sais ne pas avoir tout vu, n’ayant aucune idée de la fin par exemple, mais je pense avoir visionné la première moitié du dessin animé. Par contre, je n’ai jamais lu le roman. De nombreuses adaptations ont été réalisées. Celle dont nous allons parler aujourd’hui est certainement la première série télévisée japonaise sur ce sujet. Composée de dix épisodes, elle fut diffusée sur TBS entre octobre et décembre 2009. Le premier épisode dure 90 minutes et les suivants 50, ils sont donc plus longs que la normale. Aucun spoiler.

Kuroda Seira est une jeune fille dont le père est extrêmement riche. Elle vit en Inde à ses côtés avant de partir étudier au Japon. Cependant, à peine arrivée dans sa nouvelle école, son père décède subitement et elle se retrouve sans argent. De petite princesse, Seira devient alors employée de maison au service de son ancienne école. Et d’élève brillante, elle passe à un rôle de souffre-douleur de certaines de ses anciennes camarades de classe. De plus, la directrice de cette école, d’ailleurs en proie à des difficultés financières, semble lui vouait une rancœur tenace. Heureusement Seira peut compter sur quelques amis.
Source : NewsAsia

Il était une fois une jeune fille japonaise très riche vivant en Inde, très gentille et ayant le cœur sur la main. Sa maman n’étant plus de ce monde, elle désire à tout prix étudier dans le même pensionnat qu’elle mais problème, il se trouve au Japon. Tant pis, elle quitte son père et ses riches mines de diamant et s’inscrit dans cette nouvelle école. Comme la vie est tragique, son père décède et la laisse sans sou, sans tuteur légal, sans rien. C’est incroyable mais si, c’est possible. Le directrice qui la hait de tout son être décide de l’utiliser jusqu’au trognon, tout en piquant crise d’hystérie sur crise d’hystérie. Pas de chance, une élève ayant abusé du blush et des nœuds sur la tête la déteste aussi viscéralement et le lui fait bien sentir. La jolie jeune fille souffre et son avenir semble bien noir. Elle est tellement brave qu’elle ne baisse pas les bras. Elle peut compter sur le soutien sans faille d’un autre larbin, d’une amie pas très intelligente et de deux souris exceptionnelles. Elle ne déteste pas ses bourreaux. Non, elle les aime. Elle les comprend. Oh Seira, que tu es parfaite, humble et bonne. Oh Seira, comme j’ai envie de te couper la tête et les bras avec un couteau mal aiguisé pour voir si moi, tu me haïras.

Hmm. Si je devais m’exprimer en langage de jeunes, je pense que cet article pourrait être d’abord un gros WTF puis un immense LOL. C’est quand même fou de passer à côté d’une œuvre à ce point. Il est vrai que je ne m’attendais pas spécialement à un chef-d’œuvre. Je ne garde pas un souvenir particulièrement bon de l’anime. Disons qu’avec une pauvre fille se retrouvant dans une mauvaise posture, on sait qu’il y aura pas mal de misérabilisme et et de bons sentiments. Mouais. Mais d’un côté, j’avais quand même envie de voir ce qu’il en était, surtout que je n’ai lu aucun avis à ce sujet sur la toile. Les gens sont certainement plus futés que moi ! A la base, le roman se déroule au XIXème siècle, en Angleterre. Contre toute attente, le j-drama se passe au Japon actuel. Pour des raisons de crédibilité, c’est préférable d’être en Asie, nous sommes d’accord. Il est aussi bien de déplacer l’intrigue dans le temps. Ce qui est franchement bizarre est qu’en dépit de cette délocalisation spatio-temporelle, tout le cadre est gardé. Il n’y aucune adaptation. Vous en connaissez beaucoup vous des pensionnats au Japon où l’éducation se passe comme en Angleterre au XIXème siècle ? Il n’est pas nécessaire d’avoir mis les pieds dans le pays pour se douter quelque peu de la réalité. Dans Shôkôjo Seira, les mentalités sont donc les mêmes que dans le roman original mais aussi les attitudes, les vêtements, etc. C’est d’un ridicule sans nom. C’est pourquoi il est fondamentalement impossible de prendre la série au sérieux. Rien qu’avec ça, on ne peut s’empêcher d’écarquiller grand les yeux tant il existe des incohérences incroyables. Dans la série, nous sommes en 2010 au Japon et le scénariste tente de nous faire avaler que la vie peut être celle de l’Angleterre de l’époque victorienne.

Au-delà de cette adaptation étrange, le drama a un autre problème majeur : son ton. Étrangement, il n’y a pas trop de pathos. Certes, on sent une réelle volonté de montrer à quel point les méchants personnages font du mal à Seira en la privant de nourriture, en l’humiliant ou en la faisant vivre dans une pièce insalubre, mais il est difficile de prendre tout cela au sérieux. Pourquoi ? Parce qu’il y a beaucoup d’humour insipide. Le mélange entre l’aspect dramatique de la vie de l’héroïne et les délires hallucinants de certains protagonistes, comme la sœur surexcitée et totalement stupide de la directrice, ne fonctionne pas du tout. Au contraire, si tant est que le drama n’était pas déjà crédible, cette fois-ci, il n’y a aucun doute possible. On regarde donc les épisodes et on ne peut s’empêcher d’être consterné par tant de bêtises. Oh cela se laisse visionner sans trop de souci. L’ennui n’est pas si souvent que cela présent, sauf lors des premiers épisodes qui sont très répétitifs, notamment en raison des crises identitaires de cette fameuse sœur, puérile et exaspérante. Forcément, le tout est arrosé de surjeu constant et  horripilant pour la majeure partie de la distribution.
N’oublions pas de parler des souris qui, je crois, étaient aussi présentes dans l’anime, et qui viennent régulièrement voir Seira. Elles sont moches au possible et ont été ajoutées via l’ordinateur… Dans le rayon ratage complet, le passage en Inde est hilarant car pas crédible pour un sou. On y voit des Indiens qui ne parlent certainement pas Japonais et qui ont été doublés faut voir comment.

Ce qui sauve Shôkôjo Seira est son interprète principale, Shida Mirai. Elle nuance un petit peu son personnage mais en dépit de qualités probables, elle ne peut pas trop en faire en raison de ce qu’on lui propose. En substance, Seira est d’un irréalisme incroyable. Si de telles personnes existent, elles sont probablement niaises. Seira quitte très vite son monde de petite princesse heureuse et doit alors éplucher les pommes de terre, nettoyer les salles, repasser le linge et c’est dur. Vous comprenez, elle n’est pas du tout habituée à lever ne serait-ce que le petit doigt. On lui reproche à tout moment qu’elle n’est qu’une princesse, acquiesce sans broncher et finit la série en remerciant la directrice pour lui avoir donné du caractère. Mais oui bien sûr. Quelle parfaite compréhension du caractère humain. Dit ainsi, on a vraiment envie de secouer Seira mais comme écrit plus haut, son actrice permet de supporter les épisodes. Jusque là, je ne connaissais pas du tout Shida Mirai qui semble avoir pas mal d’admirateurs. Elle a d’ailleurs reçu un prix pour son interprétation de ce rôle.

Côté personnages, la série met surtout en avant les élèves du pensionnat féminin. Il y a les pestes comme celle qui a abuse du blush et qui finira par se révéler un brin intéressante, les silencieuses, les insipides, les simplettes… Aucune ne tire réellement son épingle du jeu. La directrice est irritante car si l’on comprend plus ou moins la raison de sa haine, elle n’en demeure pas moins bien légère et superficielle. Elle pique par ailleurs de grosses colères et se ridiculise, le summum étant tout de même lorsque Seira l’excuse. Sa sœur, professeur, est une surexcitée qui passe son temps à manger des biscuits et chouiner dans son coin. Quant aux autres professeurs, on n’en voit qu’un seul, celui du cours de français. Eh oui,  nous entendons énormément parler notre langue dans la série. Il y a des passages entiers, c’est assez rigolo d’ailleurs et on remercie souvent les sous-titres ! Ce professeur est incarné par Tanabe Seiichi (LIAR GAME : The Final Stage) qui a définitivement abusé du botox et des liftings. Du côté des méchants, les deux employés dans la cuisine sont juste bêtes et fatiguent plus qu’autre chose. Il reste le bon à tout faire qui apprend dans son coin la littérature anglaise et qui en pince pour Seira. Il y a en effet un petit peu de romance, on n’évite pas une éternelle rivale, mais cela reste relativement léger.
Autrement, la mère de Seira, bien qu’elle soit morte, est souvent vue en flashbacks et son actrice, Kurokawa Tomoka fait extrêmement vieille pour jouer une collégienne. A l’inverse, celle qui porte les traits de la directrice jeune est parfaitement trouvée et attachante. Enfin, Kaname Jun (Ashita no Kita Yoshio) incarne un personnage important qui permettra à Seira d’avancer.

Shôkôjo Seira est une série qui passe totalement à côté de l’esprit de l’œuvre originale. Il n’est même pas nécessaire d’avoir lu le roman pour le réaliser. Il en ressort des moments hallucinants car hors propos et ne possédant aucune crédibilité. Le surjeu est perpétuel, on est toujours dans l’outrancier voire le burlesque alors qu’il est question des brimades et du harcèlement d’une jeune fille. Le résultat est assez consternant. Tous les sujets ne se prêtent pas à la comédie. Si les épisodes se laissent regarder, cela s’explique en grande partie par Shida Mirai qui est agréable et plutôt sympathique. Elle arrive à ne pas rendre le personnage de Seira trop fade et sans saveur. Quoiqu’il en soit, ce j-drama est raté et ne mérite pas vraiment que l’on s’y attarde car il est insipide, irréaliste et franchement too much.

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4 commentaires

Nakayomi le 16 février 2011 à 17:59.

Quand même « une série qui passe totalement à côté de l’esprit de l’œuvre originale. Il n’est même pas nécessaire d’avoir lu le roman pour le réaliser. »… Si on enlève le surjeu et l’humour, a priori, le dessin animé me semblait dans la même veine d’après mes souvenirs (j’ai bien du tout voir sur les multiples rediffusions, même si je n’ai jamais été un grand fan de ces longues tragédies à la Sarah et à la Rémi)… Donc est-ce bien vrai ? :P
A la rigueur, je ne sais même pas si j’aurai tilté sur le problème de transposition (sinon, il faut sans doute un peu tout redéfinir), quant au reste, ma foi… C’est sans doute très japonais aussi comme approche quoi ! (Cette partie qui peut parfois nous échapper).
Enfin, même malgré la présence de Mirai Shida, j’avoue que de toute manière, j’ai pas envie de sortir le paquet de mouchoir… Donc je passe mon tour sans regret ! :D

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Kerydwen le 24 février 2011 à 17:55.

Oui mais voilà, le surjeu et l’humour changent totalement la donne. Le drama n’est pas une histoire triste ni rien de ce genre, c’est bien trop décalé pour que l’on ressente vraiment l’horreur de la situation. En fait, c’est presque burlesque à ce stade. A mon goût, ça faisait vraiment déplacé. J’ai beaucoup de mal à croire que le roman soit de cette trempe, ou alors l’auteure est passée à côté de son propos ^^; C’est pour cette raison que j’ai écrit cette première phrase, d’autant plus qu’ici, le surjeu est dans le versant négatif. Autant ça ne me dérange généralement pas, autant là, si. C’était plus ridicule qu’autre chose.

M’enfin, j’ai été assez dure dans ma critique, j’étais peut-être mal lunée lorsque je l’ai écrite ^^;; Sache tout de même que tu n’as pas à sortir les mouchoirs, ce n’est pas du tout triste !

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Mina le 24 mars 2011 à 19:39.

Déjà que je trouvais que le dessin animé était une hérésie par rapport à l’oeuvre de Frances H. Burnett…La Petite Princesse est mon livre préféré, je le lisais plusieurs fois par mois quand j’étais petite et je le connaissais presque par cœur. La seule adaptation qui rend un peu justice au livre est le film d’Alfonso Cuaron sorti en 1995, ou encore la BD crée en collaboration aux éditions Soleil. A l’origine Sara est une jeune fille très chevaleresque, de fort caractère qui ne se laisse jamais marcher sur les pieds ni par Lavinia ni par Miss Michin. Elle n’hésite pas à répondre assez violemment à cette dernière. Lui faire dire merci à son bourreau lorsqu’elle s’en va est juste une insulte au personnage original de Sara.

Le problème c’est que comme les Japonais sont passé complètement à côté du message de l’auteur (quoi qu’il arrive tiens à tes principes et reste digne et surtout ne t’abaisse pas devant ceux qui te font souffrir) tout le monde prend Sara Crew pour une niaiseuse quasi monstrueuse dans sa propension à pardonner à tout le monde qui passe son temps à faire le ménage. Dans le livre elle craque, elle peut se montrer cruelle envers ses amies lorsqu’elle en a assez…bref je déteste ces adaptations. C’était l’instant coup de gueule…
Merci pour cette fiche !

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Kerydwen le 26 mars 2011 à 14:05.

Lui faire dire merci à son bourreau lorsqu’elle s’en va est juste une insulte au personnage original de Sara
Je n’ai jamais lu le roman mais je me doutais bien que le traitement de la série n’était pas identique à celui du livre. Ou alors, je ne comprends pas le succès car c’est bien trop mauvais et agaçant. On ne remercie pas quelqu’un qui passe des mois et des mois à vous traiter comme un chien.
En tout cas, merci pour ton commentaire. Cap me fait plaisir de voir que j’ai bien les yeux en face des trous et que je ne me trompe pas sur ce que devrait inspirer la série / le roman :)

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