Quand bien même 2011 soit supposée être synonyme d’achèvement de toutes les séries commencées il y a plusieurs mois / années, cela ne m’empêche pas d’en débuter des nouvelles. La boucle n’est jamais bouclée, n’est-ce pas ? Il y a quelque temps, alors que je regardais si la chaîne Cartoon Network, celle-même qui diffuse actuellement Star Wars : The Clone Wars, proposait autre chose que des dessins animés, je suis tombée sur le synopsis d’une série qui m’a de suite semblé intéressante. Il s’agit de Tower Prep, une co-production canado-américaine. Bien qu’elle passe donc sur Cartoon Network, c’est une série avec de vrais acteurs. Elle a été créée par Paul Dini, scénariste et producteur de nombreux séries animées du DCVerse comme Batman : The Animated Series ou Batman Beyond. Il a aussi travaillé sur Lost. La première saison, composée de treize épisodes d’une quarantaine de minutes, fut diffusée entre octobre et décembre 2010. Pour le moment, le statut de la série est en suspens puisqu’on ne sait pas si elle est reconduite pour une seconde saison ou si elle est annulée. Aucun spoiler.

Un matin, Ian Archer se réveille dans une école privée, Tower Prep, perdue au milieu de nulle part. Comment est-il arrivé là ? Aucune idée. Tout ce qu’il sait c’est qu’il y est enfermé avec d’autres élèves et doit ne pas faire d’écart au risque d’être envoyé dans un bâtiment où s’y livreraient des expériences étranges. Accompagné de ses nouveaux amis, il cherche à quitter cette prison dorée. Coûte que coûte.

En premier lieu, il est important de savoir que Tower Prep est une série pour et avec des adolescents et possédant un budget limité. Par conséquent, n’attendez pas à y voir des effets spéciaux extraordinaires, d’évènements très sombres ou du sexe. Cela ne veut tout de même pas automatiquement signifier que c’est stupide ou nul. En fait, Tower Prep donne l’impression d’être un mélange intéressant entre Harry Potter et X-Men. Le héros de l’histoire, Ian Archer (Drew Van Acker), est un adolescent plus ou moins comme les autres. Un soir alors qu’il joue à un jeu en ligne, il entend un grésillement dans ses écouteurs et ensuite, trou blanc. Il se réveille le lendemain matin dans le dortoir d’un établissement inconnu, avec des personnes inconnues qui lui disent d’aller à l’orientation et de porter l’uniforme. Forcément, tout individu normal ne fait pas ce qu’on lui demande et après avoir hurlé dans tous les sens, il se retrouve dans le bureau du Headmaster, le directeur de l’école, Tower Prep. Ian se rend vite compte qu’il a intérêt de faire profil bas et de donner l’impression de s’intégrer et de ne pas sortir du rang. En secret, il pense évasion. Malheureusement pour lui, rien ne se passe comme prévu. Le campus est entouré d’un bois interdit, infesté de gnomes, sortes d’êtres étranges avec des yeux verts qui émettent des bruits stridents et qui font disparaître les élèves. Les employés de l’école nient totalement leur existence. De plus, les lieux sont entourés par un immense mur infranchissable. Cependant, Ian découvre d’autres élèves qui espèrent eux aussi s’enfuir. C’est ainsi que se crée entre eux une sorte d’alliance. Bien décidés à quitter Tower Prep, ils passent les épisodes à manigancer et œuvrer dans leur coin pour faire éclater la vérité au grand jour. Que cache donc Tower Prep ? Pourquoi sont-ils enfermés ? Que veut-on d’eux ? Et leurs parents, sont-ils véritablement au courant ? Qui sont ces gnomes ? Pourquoi ont-ils été enlevés ? Tant d’énigmes et tellement peu de réponses. Toutefois, dès leur arrivée, les élèves comprennent pourquoi ils sont là. Ils possèdent effectivement tous un talent assez hors normes et l’école souhaite qu’ils le développent. Pour quoi faire ? Là, c’est une autre question…

 

Tower Prep raconte ainsi les aventures d’Ian qui a le don de préflexe. Il peut effectivement pressentir ce qu’il va se passer quelques nanosecondes avant. Cela lui permet d’anticiper ses mouvements et d’agir en conséquence. Ce n’est donc pas étonnant qu’il soit un excellent combattant. La série montre donc régulièrement des bagarres et si la réalisation fait parfois un peu fouillis, ça se tient bien. Ian est l’archétype du héros mais il est tout à fait supportable, en dépit de sa propension à toujours être courageux comme il faut. Il devient de suite ami avec Gabe (Ryan Pinkston), à première vue assez pleutre, petit et qui préfère parler plutôt que d’agir. Normal, son talent est de pouvoir obliger n’importe qui de faire n’importe quoi avec ses mots. Il est le fidèle sidekick drôle, enjoué et sympathique. Deux filles complètent le quatuor, à savoir Suki (Dyana Liu), petit génie des hautes technologies qui a la possibilité de prendre n’importe quelle voix, et C.J. (Elise Gatien) qui elle, est capable de déceler n’importe quelle émotion en regardant votre visage. Les trois premiers sont plutôt attachants car frais et bien interprétés mais C.J. est franchement insipide. Son personnage est important, ne serait-ce que par la révélation croustillante de la fin de saison mais il aurait gagné à être moins creux. Les quatre passent leur temps ensemble et se serrent les coudes. Inévitablement, en plus de sentiments d’amitié, on a le droit à un petit peu de romance mais c’est extrêmement léger. Tower Prep n’est pas une série sur les émois amoureux des adolescents mais sur les aventures sortant de l’ordinaire d’une école étrange.
D’autres élèves tirent leur épingle du jeu comme Ray, incarné par Richard Harmon (Caprica), Cal ou Fenton. Certains ont des inimitiés avec les protagonistes principaux, parfois pour des raisons compréhensibles, d’autre fois non. Ils ne sont pas des plus développés pour le moment mais la fin de la saison va davantage dans ce sens. Côté visages connus, en plus de Michael Shanks, on retrouve Hiro Kanagawa (Caprica et plein d’autres séries).

Ce qu’il y a d’intéressant est le fait qu’en dépit de leurs talents spéciaux, les élèves n’y font jamais guère cas. Certains comme Ian ne savaient pas même qu’ils en avaient un jusqu’à ce qu’on le leur révèle. Ils ne sentent pas comme des héros prêts à sauver le monde. Là n’est pas du tout l’idée. Il faut aussi dire que certains pouvoirs ne servent pas à grand-chose. Tous les personnages en possèdent donc un et ils sont découverts au fil des épisodes, parfois d’une manière totalement anodine. Au-delà des élèves, Tower Prep emploie évidemment du monde. On ne connait pas leur nom, ils sont tous appelés par leur fonction. Le professeur de littérature est appelé Litterature et est joué par Michael Shanks (Stargate SG-1), celui de sport Coach, le directeur Headmaster, l’infirmière Nurse, etc. L’établissement joue totalement la carte du mystère. Le règlement est ferme : il est interdit d’aller dans le bois sans permission, aucun écart de conduite n’est toléré, le bâtiment est entouré la nuit de détecteurs de mouvements sophistiqués… Si jamais l’élève ne parvient pas à s’adapter ou n’agit pas tel qu’il est supposé faire, il est dirigé vers le fameux West Campus où l’on ne revient jamais comme avant. Mine de rien, la série avance très vite. En treize épisodes il n’y a pas de temps morts et à chaque fois, de nouveaux éléments densifiant la mythologie apparaissent. Si à la fin de la saison plusieurs questions n’ont pas trouvé leur réponse, il y a une avancée significative et Tower Prep est définitivement plus que bien introduite. Les mystères sont nombreux, sans toutefois donner dans la surenchère, il y a pléthore d’éléments sympathiques comme des sociétés secrètes, des quêtes héroïques, des manigances et des manipulations, etc.

Si la série arrive à surprendre par l’intelligence de son fil rouge, en raison de son public elle ne peut toutefois pas se départir de certains éléments propres au genre. Se déroulant dans une école, il est dès lors question d’évènements plus banals comme l’élection de président, le bal ou encore la rivalité sportive. À ce sujet, l’établissement possède son propre sport, le buffer qui ressemble à un mélange entre le roller et le hockey. Néanmoins, tout cela est largement tolérable et ne plombe absolument pas le reste. D’un côté, il est aussi nécessaire de ne pas tout axer sur de la pure mythologie, histoire de laisser un peu souffler le téléspectateur et de ne pas griller tout de suite ses cartouches.
Tower Prep fait de plus référence à la culture générale avec la mise en avant durant tout un épisode de l’Odyssée d’Homère, l’histoire des ordinateurs, la biochimie, l’intelligence artificielle… Il est en fait beaucoup question de sciences et de technologie, la série étant assez branchée science-fiction.

 

En définitive, la première saison de Tower Prep est une petite réussite car ambitieuse, bien écrite, plutôt réfléchie et proposant un univers fouillé et intéressant. Les mystères sont denses mais une réelle progression dans l’intrigue est effectuée. Les personnages sont, à une exception près, plutôt fins et sympathiques et l’on sent une véritable cohésion entre eux. Si des éléments font indéniablement penser à d’autres œuvres du même genre, comme l’école perdue au milieu de nulle part composée d’élèves avec des dons innés, la série n’en demeure pas moins plutôt originale, surtout lorsque l’on sait qu’elle est à destination d’un public d’adolescents. Bien que l’ensemble manque parfois un peu de profondeur et que le traitement fasse trop jeune avec ces musiques calibrées, le dynamisme, l’action, les nombreux combats, le mélange science-fiction / fantastique, les révélations, et l’enthousiasme procuré permettent que l’on passe facilement outre pour grandement s’amuser durant ces treize épisodes. Espérons maintenant qu’en dépit des audiences faméliques, une seconde saison, tout aussi énergique, sera commandée.
Mise à jour de décembre 2011 : Finalement, comme l’a annoncé Paul Dini sur Twitter, Tower Prep est définitivement annulée. Super -____-.