Il est tellement rare de voir du fantastique pur et dur sur les écrans de télévision japonais que lorsqu’une série de ce style est produite, difficile de ne pas avoir envie de la tester – même si elle a l’air vraiment stupide et extrêmement kitsch. C’est pour cette raison que je ne pouvais pas passer à côté de Kaibutsu-kun, car j’apprécie ce genre et tout ce qui s’y rapporte. Il s’agit d’une transposition du manga homonyme de Fujiko Fujio (A) – de son vrai nom Abiko Motô –, un shônen de quinze tomes publiés entre 1965 et 1969, et ayant déjà été adapté en dessin animé. À noter qu’il n’est pas disponible en France à l’heure actuelle. La série télé fut, quant à elle, diffusée entre avril et juin 2010 sur NTV et comporte neuf épisodes. Un programme spécial, un tanpatsu ainsi qu’un film sont en préparation. Aujourd’hui, il ne sera question que du renzoku, la suite viendra plus tard. Aucun spoiler.

Kaibutsu-kun est le prince des monstres habitant sur l’île Kaibutsu. Devant monter sur le trône à la place de son père, ce dernier l’envoie toutefois auparavant sur Terre. Avec trois de ses compagnons, Franken, Dracula et Wolfman, l’héritier arrogant et suffisant doit d’apprendre la vie. Pour cela, il est obligé de fréquenter les humains, mais attention aux démons qui rôdent dans les parages…

Il paraît évident que Kaibutsu-kun ne doit pas se visionner comme une série sérieuse, profonde et réfléchie. Afin de ne pas être agacé ou navré, il est impératif de la regarder au minimum au second degré. Une fois cela en tête, les épisodes deviennent immédiatement plus supportables. Bien sûr, le j-drama est kitsch et se rapproche des tokusatsu, les fictions nipponnes moult fois raillées pour leur visuel particulier. En l’occurrence, ici, le budget est anémique, les maquillages sont vraiment moyens et les effets spéciaux s’avèrent risibles. Néanmoins, cela ne dérange pas, car la série est tellement décalée que cela lui donne un cachet encore plus ridiculement drôle. Évidemment, beaucoup de téléspectateurs ne supporteront pas les épisodes, mais ceux n’ayant aucun souci avec le surjeu japonais, les délires habituels et les décors de qualité discutable ne devraient pas trop tiquer. Pour l’anecdote, les plus observateurs reconnaîtront sans mal le manoir utilisé dans Atashinchi no Danshi. Quand bien même le j-drama ne dispose pas de fonds illimités, il fait malgré tout preuve d’une certaine créativité et des paysages – travaillés à l’ordinateur, si je ne m’abuse – sont fort réussis et assez fantasmagoriques. Quoi qu’il en soit, les couleurs chatoyantes habillent avec efficacité l’écran. Kaibutsu-kun n’a rien d’une grande série, au contraire, mais ses neuf épisodes sont délicieux dans leur genre pour leur aspect totalement déjanté. Cela étant, il est nécessaire d’y aller par petite dose, car l’ensemble est répétitif, bourré de bons sentiments et mal joué du côté de plusieurs acteurs. Pour terminer sur la forme, la musique, composée par Izutsu Akio (Atashinchi no Danshi, Last Friends), est sympathique comme tout et possède, outre des sons rock lors des combats, des mélodies aux tonalités fantastiques, voire épiques.

Dans Kaibutsu-kun, il est ainsi question de Kaibutsu-kun, le héros soupe au lait, grincheux, égoïste et insupportable. Il porte les traits du Johnny’s Ôno Satoshi que je n’avais encore jamais eu l’occasion de voir ; l’artiste arrive sans grande difficulté à illustrer toutes les facettes du prince. Membre d’Arashi, ce n’est donc pas étonnant que la chanson de fin, Monster, soit interprétée par le groupe. De plus, à croire qu’ils adorent agir de la sorte, un autre Arashi s’amuse dans le dernier épisode : Matsumoto Jun. Kaibutsu-kun est un monstre et, si ce qui vient en tête est connoté négativement, il convient de préciser que dans le j-drama, ces créatures ne sont pas méchantes. Non, elles ont tout simplement un physique monstrueux. Cela n’empêche tout de même pas Kaibutsu-kun de n’avoir aucune qualité évidente. Comme il n’est qu’un gamin braillard et guère apte à lui succéder pour l’instant, son père (Kaga Takeshi – Oh ! My Girl!!) l’envoie dans le monde des humains apprendre la vie. La série se transforme par conséquent en véritable périple initiatique. Chaque épisode repose sur le même principe puisque le héros découvre à chaque fois quelque chose comme les mensonges, l’argent, l’amitié, les personnes âgées, etc. Et, inévitablement, il en retire une morale ; sauf que celle-ci se veut complètement à côté de la plaque, bien que le message initial soit aisément compris par le public (uso saiko !!). Peu importe, le résultat est là, il devient plus humain. Naturellement, il n’a pas été propulsé dans cette aventure en solitaire. Il est effectivement encadré de très près par trois monstres mandés par son père. Dracula (un toujours aussi chouette Yashima Norito – Water Boys, Binbô Danshi), Wolfman (Ueshima Ryûhei) et Franken se partagent l’affiche. D’ailleurs, ce dernier n’est autre que Choe Hong Man, le combattant sud-coréen. Il est impossible de savoir s’il parle vraiment japonais parce que son personnage ne s’exprime qu’avec des hunga ; en tout cas, il détient le physique de l’emploi étant donné qu’il mesure 2,18 mètres et, avec le maquillage, son visage particulier n’en est que plus saisissant. Ces trois compères sont gentils comme tout, sont désespérés par Kaibutsu-kun, mais se doivent de le servir. Compte tenu de leur présence dans le monde des humains, ils ont subi une certaine transformation et sont moins monstrueux que chez eux. Enfin, le seul autre monstre côtoyé est le subordonné du roi, joué par Hankai Kazuaki (Tiger & Dragon). Tous possèdent des pouvoirs spécifiques, dignes de leur nature. Or, en arrivant au beau milieu des humains, ceux de Kaibutsu-kun ont été mis en veille, bien que ceux-ci ressurgissent inopinément grâce à une pierre particulière… Il a ainsi la possibilité de muter son corps en espèce de plastique indéformable, de prendre l’apparence de n’importe qui, de cracher du feu, ou encore de courir très vite.

Outre les monstres, l’univers de la série est caractérisé par deux mondes voisins. La majeure partie de l’intrigue se déroule sur Terre, chez les humains. Seuls deux personnages y sont vraiment importants, à savoir Utako et Hiroshi, un frère et sa sœur. Orphelins, ils sont pauvres et vivent conjointement. Ils rencontrent les quatre monstres et tous finissent par progresser au contact les uns des autres. Malheureusement, les enfants sont extrêmement mal interprétés, le summum de la médiocrité étant décerné à Hamada Tatsuomi, incarnant le petit frère, Hiroshi. Pour sa défense, l’acteur est jeune ; espérons pour lui qu’il arrête vite cette carrière, ou qu’il s’améliore ! Toutefois, Kawashima Umika (Bloody Monday, Kôkôsei Restaurant) ne fait pas non plus des étincelles dans le rôle de sa sœur. Comme il s’agit d’une série japonaise typique, il y a évidemment un larron truculent secondaire, un policier de quartier ne comprenant rien à rien et se trouvant toujours au bon endroit pour assister aux frasques des héros. Enfin, le troisième monde est celui des démons, les grands méchants de l’histoire. Trois protagonistes sont davantage mis en avant. L’extrêmement vil clone de Sephiroth de Final Fantasy VII, Demokin, est campé par un très fade Matsuoka Masahiro (Kôkôsei Restaurant). Malgré l’intérêt majeur de l’ennemi à abattre, il demeure très longtemps au placard, et il convient d’attendre les trois derniers épisodes avant son apparition. En d’autres termes, l’écriture se trompe ici grandement, ce qui est fort dommage. A contrario, la femme faisant tout pour offrir à Demokin sa place de maître du monde, Demorina (Inamori Izumi), est davantage nuancée et se révèle touchante vers la fin du renzoku. Vous l’avez compris, les protagonistes ne sont pas profonds ; ils sont plutôt superficiels et stéréotypés, mais ils s’avèrent dans l’ensemble attachants.

En définitive, pour être honnête, je me suis assez amusée devant ce fantasque Kaibutsu-kun. Le principal défaut de cet apprentissage haut en couleur est son aspect répétitif puisque tous les épisodes reposent sur un schéma analogue. En outre, la fiction cumule de sacrées facilités et des raccourcis bien trop évidents. Si les bons sentiments sont encore une fois de la partie, ils sont largement tolérables, car Kaibutsu-kun détourne sempiternellement tout à sa manière. De ce fait, le spectateur n’est pas trop phagocyté par une morale lourde, naïve et irritante. Les effets spéciaux et les maquillages ne sont pas des plus réussis, mais à condition de ne pas être tatillon de côté-là, on ne trouve pas trop à redire ; la forme est plus sujette à rire. Il ressort donc de ces neuf épisodes pas mal d’humour, des personnages monstrueux adorables, un soupçon d’aventure, une énorme dose de folie et du divertissement pur et dur. En bref, la série est plus que correcte pour son public, à savoir les jeunes enfants. Et puis, pour une fois, cela fait plaisir de voir du fantastique à la télé japonaise, même si l’ensemble est totalement loufoque, d’un goût douteux, et à prendre au minimum au second degré.