Fin 2009, lorsque je me suis enfin lancée dans le monde des séries coréennes, j’avais hésité entre deux dramas. Je savais que je voulais débuter avec Lee Jun Ki car je le connaissais déjà depuis quelques années. Finalement, mon choix s’est porté sur Iljimae car j’ai une affection particulière pour les séries historiques, choix que je ne regrette absolument pas tellement je suis rapidement tombée sous le charme. L’autre k-drama en compétition était donc Gaewa Neukdaeui Sigan, que j’ai enfin pris le temps de visionner en ce début d’année. Les photographes en herbe connaissent forcément l’expression française l’heure entre chien et loup, que l’on appelle aussi parfois heure bleue. Il s’agit du court moment entre le jour et la nuit où le ciel se pare d’un bleu plus foncé que le bleu du jour. La lumière est ainsi particulière et le rendu sur les photos est souvent plus qu’admirable. Gaewa Neukdaeui Sigan n’est pas une série sur la photo mais fait référence à cette période à plusieurs reprises et notamment, dans les toutes dernières secondes. Les ennemis ne sont effectivement guère distinguables des amis, en raison du flou ambiant. Composée de seize épisodes de 70 minutes, elle fut diffusée sur MBC entre juillet et septembre 2007. Aucun spoiler.

Petit, Soo Hyun vivait avec sa mère en Thaïlande, où il rencontra Ji Woo. Les deux enfants tombent amoureux mais doivent se séparer lorsque la mère de Soo Hyun est assassinée par une organisation criminelle. Soo Hyun est alors adopté par un agent du NIS (National Intelligence Service, les services secrets coréens). Il grandit avec Min Gi, le fils de son père adoptif, et deviennent tous les deux des agents du NIS. Soo Hyun rencontre de nouveau Ji Woo au cours d’une mission mais doivent se séparer lorsque Soo-Hyun décide d’infiltrer l’organisation impliquée dans le meurtre de sa mère. Pour venger la mort de sa famille, il devient une taupe au sein de cette organisation et prend le nom de Kay…
Source : Mangas-Arigatou

Les Sud-Coréens ont un faible pour les histoires de vengeance. Ça tombe bien, moi aussi. Après avoir adoré Story of a Man, j’avais vraiment envie de regarder un autre thriller, d’autant plus que Gaewa Neukdaeui Sigan était sur ma liste depuis toujours. La série est ainsi un condensé d’action, de suspense, de vendetta, de manipulations et l’ensemble est saupoudré d’un peu de romance. Les seize épisodes sont menés tambour battant, le rythme ne s’arrêtant jamais réellement. A vrai dire, une fois commencé, il est très difficile de ralentir la cadence, même si l’on souffre pour ses personnages et leur devenir incertain. Afin de garder cette densité, la série use et abuse des rebondissements en tous genres. En soit, c’est très bien de ne pas hésiter à bousculer le téléspectateur, de chambouler le cadre et d’injecter à chaque fois de nouveaux tenants et aboutissants mais attention à ne pas tomber dans la surenchère. Gaewa Neukdaeui Sigan est ainsi à deux doigts de se brûler les ailes. Le k-drama exagère beaucoup trop sur certains points. Ce n’est pas tant que ce ne soit pas crédible mais les ficelles sont bien trop usitées pour ne pas ennuyer par moment. Le point culminant n’est autre que le gros retournement de situation en milieu de série. J’avoue avoir été assez agacée et il m’a fallu au minimum deux épisodes pour vraiment réussir à laisser ça de côté. C’est le ressort facile qui change la donne mais qui laisse, dans la majorité des cas, un sentiment amer. Il est fort dommage que Gaewa Neukdaeui Sigan se soit dirigée dans ce sens. Toutefois, il est bon de préciser que cet accident de parcours offre à la série un ton bien plus dramatique, ce qui est évidemment l’effet recherché. Substantiellement, ce n’est donc pas mauvais mais ce point bien précis fait pencher la production dans le « aurait pu mieux faire » et non pas dans le haut du panier. Quand bien même tous les poncifs du genre soient donc de la partie, Gaewa Neukdaeui Sigan est une série haletante et réussie. Elle parvient sans aucun souci à émouvoir et à tenir en haleine.

La série se déroule la majeure partie du temps en Corée du Sud mais la Thaïlande est à plusieurs reprises au cours des discussions, le premier épisode y est d’ailleurs entièrement dédié. Lee Soo Hyun et sa mère y vivaient jusqu’à ce que cette dernière ne se fasse assassiner sous ses yeux lorsqu’il était enfant. Il est dès lors adopté par un collègue et ami de sa mère, Kang Joong Ho, déjà marié et père de Ming Gi. Résidant désormais en Corée du Sud, les deux enfants grandissent ensemble et développent de véritables sentiments fraternels. Ils sont inséparables et suivent le chemin tracé de leurs parents puisqu’ils intègrent les rangs des services secrets coréens. Si Ming Gi est peu mature, assez fanfaron et peu appliqué au travail, Soo Hyun est tout l’inverse. Quoiqu’il en soit, les deux s’aiment et même si tout le monde vante à chaque fois les exploits de Soo Hyun, Min Gi n’est jamais jaloux et ne ressent aucune rancœur. En fait, Min Gi est un personnage extrêmement positif et il le prouvera au fil des épisodes. Quand bien même il passe toujours en second, devant à chaque fois rivaliser avec son frère adoptif, il ne se laisse pas abattre, même si par moment, il a du mal à relever la tête. C’est un personnage extrêmement attachant et son interprète, Jung Kyung Ho, lui donne ses lettres de noblesse. Il est dommage pour lui que le héros soit Soo Hyun car il ne pourra jamais se départir de sa place d’éternel second.

Ce qui fait la force du drama, en plus de son rythme et de son intrigue assez recherchée, est sa galerie de personnages. Ils sont tous peints avec grande justesse et ne sont jamais manichéens. La frontière entre le bien et le mal est fine et la complexité est le maître mot. Justement, qu’en est-il de Soo Hyun ? Lee Jun Ki (Iljimae, My Girl) porte ses traits et si l’acteur n’est pas toujours parfait, il n’en demeure pas moins bon et parvient à mettre en avant l’ambivalence du personnage au cours de la série. Sur une note plus superficielle, je suis obligée d’ajouter que Lee Jun Ki n’a jamais été aussi séduisant que dans Gaewa Neukdaeui Sigan :D Il reste encore un an sans lui vu qu’il suit toujours son service militaire ;__; En plus, en raison de nombreuses scènes d’action, Lee Jun Ki est parfait car il maîtrise à merveille les arts martiaux. Soo Hyun est un homme torturé, partagé entre sa vie qui se déroule plus que correctement et son obsession de vengeance. Il ne peut tirer un trait sur son passé. Ce désir de faire payer l’homme qui a assassiné sa mère est viscéral et ça, certains personnages comme le chef du NIS vont en profiter, utilisant Soo Hyun jusqu’à la moelle. Au fil des épisodes, il lui arrive maintes choses et son raisonnement, sa manière de voir les choses se modifient et sa personnalité en subit les conséquences. Si tous les protagonistes évoluent, Soo Hyu est assurément celui qui sera le plus marqué et ce, parfois littéralement. Il est fondamentalement brisé et en dépit de tout son bon vouloir, il ne pourra jamais remonter la pente. Ce qu’il y a d’intéressant est qu’il rencontre quasi immédiatement le meurtrier, Mao. Il intègre ainsi l’organisation criminelle dont ce dernier fait partie, Cheongbang, et de là, devient un agent infiltré portant le nom de Kay. La relation entre Mao et Kay est fine et bien écrite. Entre eux s’instaurent un climat assez étouffant, mêlant la fascination au respect ou encore la haine au besoin filial. Mao est un homme complexe, partagé entre son ambition et l’amour qu’il porte à sa fille. Quand bien même ses actions soient condamnables, il n’en demeure pas moins humain et l’on en vient presque à le prendre en pitié. Son destin est tout aussi tragique que celui de Soo Hyun et leur futur n’en est que davantage lié.

Le personnage féminin important de Gaewa Neukdaeui Sigan est le premier amour de Soo Hyun, Soo Ji Woo / Ari. Ils se sont rencontrés lorsqu’ils étaient enfants, en Thaïlande. En raison d’évènements tragiques d’un côté comme de l’autre, ils se séparent mais finissent par se retrouver, par le plus grand des hasards, en Corée du Sud. Leur amour est intact mais la véritable famille de Ji Woo, le désir inarrêtable de vengeance personnelle de Soo Hyun ne peuvent que les séparer. Par ailleurs, Ming Gi est lui aussi charmée par la jolie et dynamique Ji Woo. Fort heureusement, quand bien même un triangle amoureux soit présent, il est léger et jamais, le couple phare n’est détrôné. Il faut aussi dire ce qu’il en est, les deux dégagent énormément d’alchimie ensemble. Ji Woo, jouée par Nam Sang Mi, est une femme fraîche, passionnée d’arts et qui a un côté assez pétillant.
Comme souvent dans les k-dramas, on retrouve une belle brochette de personnages secondaires intéressants. La palme du plus sympathique revient sans aucun doute au patron du restaurant thaïlandais qui cache bien son jeu et qui nage en eaux troubles. Néanmoins, d’autres tirent leur épingle du jeu comme Giraffe, le garde-du-corps de Mao qui ne pipe mot mais qui dégage une de ces présences, Ah Hwa, un membre de Cheongbang qui n’y a vraiment pas sa place ou encore l’affreux Sang Shik, éternel salaud que l’on désire voir souffrir.

Gaewa Neukdaeui Sigan est une série riche en suspense, en action et en situations cornéliennes. Les personnages, globalement complexes, sont régulièrement confrontés à leur conscience et à leurs propres démons ce qui fait qu’ils ne s’en sortent pas indemnes. Certains se perdent effectivement en cours de route et sont dès lors marqués au fer rouge. Si le k-drama souffre de ficelles scénaristiques convenues et parfois trop exagérées, il n’en demeure pas moins que la réalisation dynamique, les nombreux rebondissements et cliffhangers, les manipulations, l’absence de temps morts et l’atmosphère noire et tendue font que l’on ne voit pas une seule seconde le temps passer. La musique est tour à tour envoûtante et énergique. En outre, le suspense est insoutenable et les surprises s’amoncellent. Cette histoire de vengeance est passionnante et parfaitement maîtrisée, elle se permet par ailleurs de proposer de nombreux moments dignes d’une tragédie shakespearienne. Si la romance est légère, le couple phare est irrésistible car dysfonctionnel, épique et presque impossible. En soit, la série est malheureusement un peu trop convenue pour que l’on puisse parler de succès sans faille mais elle permet de passer de nombreuses heures intenses, sombres, et plus que stimulantes.