À l’instar des quatre dernières années, il est temps d’écrire le compte-rendu de la dernière saison en date de Dexter. Mine de rien, cela fait déjà cinq ans que le tueur en série de Miami sévit sur nos écrans. Et ce n’est pas encore terminé puisqu’une saison six a été commandée. Diffusée sur Showtime entre septembre et décembre 2010, cette cinquième saison est composée de douze épisodes d’une cinquantaine de minutes. Elle passe en ce moment sur Canal+. Aucun spoiler.

Si le bilan a mis autant de mois à arriver, ce n’est pas parce que je suis encore une fois en retard dans la publication de mes articles. Non, c’est davantage lié au fait que je ne sais pas trop quoi penser de cette saison. Il y a du très bon, du bon, du correct et du médiocre. Les douze épisodes sont loin de posséder une véritable homogénéité. La quatrième saison s’étant terminée sur la découverte du corps sans vie de Rita, Dexter se retrouve alors seul, à devoir élever son fils, Harrison, et ses deux enfants adoptifs. Alors que tout laissait supposer que cette saison serait celle du deuil, que l’anti-héros allait sombrer dans une noirceur extrême, il va bien. Bien sûr, cet état est relatif mais les conséquences du meurtre de Rita sont à peine effleurées et le traitement est malheureusement bien superficiel pour une série qui se veut justement psychologiquement aboutie. Néanmoins, ce fait peut aussi être interprété d’une autre manière car Dexter rencontre quelqu’un, Lumen. Incarnée par Julia Stiles, l’actrice porte bien le prénom de son personnage tant elle est lumineuse. Lumen est une jeune femme rapidement confrontée à la véritable nature de Dexter. Suite à un évènement atroce, elle entre dans sa vie et s’instaure entre eux deux une relation fascinante et saisissante. Si sa femme est décédée, Dexter range ainsi dans un coin de sa tête sa disparition et se focalise uniquement sur sa protégée. Est-ce un choix véritable des scénaristes que de montrer un héros refoulant l’assassinat dont il se juge coupable ? Assistera-t-on à un retour de bâton ? Ou est-ce plutôt sur-analyser ce que l’on voit à l’écran ? L’écriture des scenarii serait alors tout simplement fort paresseuse et mal construite. Dur de dire. En fait, on peut probablement penser et dégager ce que l’on désire. Quoi qu’il en soit, la dynamique entre Dexter et Lumen est forte, puissante et est, sans aucun doute possible, le point culminant de la saison. Pour probablement la première fois de sa vie, Dexter n’a pas à se cacher et est… heureux. Entièrement et totalement heureux. Lumen lui apporte une certaine sérénité qu’il n’osait jamais espérer. Malheureusement, l’issue de cette relation et le rapprochement ultime sont ratés, même si compréhensibles dans un certain sens. Il ne reste qu’à espérer que l’on ne s’arrêtera pas en si bon chemin et qu’il y aura un retour de ce point de vue là.

Si fondamentalement, la relation entre Lumen et Dexter est belle, elle pointe un gros problème, certes inhérent depuis le départ. Dexter est un psychopathe. Il est mauvais, qu’importe qu’il tue des personnes le méritant selon son code ou non. Le fait est que les quatre premières saisons mettent en avant cette pulsion primaire, ce besoin égoïste d’assassiner quelqu’un. Compte tenu de sa nature, il n’est pas supposé avoir de conscience véritable. Or, lors de la cinquième saison, il se place en héros sans peur qui exécute de véritables méchants pour aider une amie dans le besoin. Dexter se transforme alors en justicier. S’il n’y avait pas eu le travail auparavant, cela pourrait ne pas poser de souci mais dans ce cas, si. Ce n’est pas logique et cet aspect prouve un net problème de cohérence. Forcément, les scénaristes désirent rendre Dexter sympathique mais il est important de ne pas se perdre en cours de route. Dexter a évolué, nous sommes d’accord, mais la version proposée dans cette saison semble parfois manquer de consistance et demeure non rationnelle par rapport à tout le bagage apporté jusque-là. Dexter est un tueur en série, il ne mérite ni bonheur, ni de vivre normalement, tout en continuant ses pratiques habituelles. Surtout s’il embrigade quelqu’un dans ses habitudes.

La grande menace de la saison met du temps à apparaître et se révèle assez intéressante, même si elle ne sera jamais de l’intensité de celle de la seconde saison. Dexter se retrouve confronté à une bande d’amis tueurs en série qui enlève des femmes, les torture et les place dans des bidons en plein milieu d’un marécage. Le manipulateur et dangereux Jordan Chase (Jonny Lee Miller) en est la figure de proue. Il n’y a pas grand-chose à dire de cette intrigue principale si ce n’est qu’elle tient la route, sans être non plus toujours passionnante. Elle permet néanmoins de pousser quelque peu Dexter dans ses retranchements et cela est appréciable. En outre, c’est ainsi l’occasion de voir plusieurs têtes connues dans des rôles ingrats comme Scott Grimes (ER) ou encore Chris Vance (Prison Break). Autrement, nous retrouvons Maria Doyle Kennedy (The Tudors) en tant que nounou, Katherine Moennig (The L Word) en tatoueuse, Adam Harrington (Whistler) ou encore David Paetkau (Whistler toujours).

Les défauts sont, cette année, particulièrement irritants. Si lors des premières saisons certaines facilités pouvaient passer outre, notamment car la chance existe réellement, arrivé cinq ans plus tard, ce n’est plus le cas. Évidemment le suspense et la montée d’adrénaline sont toujours de la partie mais Dexter parvient sempiternellement à se sortir de situations incroyables sans que personne ne découvre son secret. Le summum du ridicule se déroule dans le season finale, avec le fameux face-à-face voilé. Les activités secrètes de Dexter reviennent donc encore une fois sur le tapis, cette fois notamment grâce à Quinn qui s’acoquine avec un agent mis au placard. Interprété par Peter Weller (RoboCop), son devenir est tout tracé malgré d’excellents moments. Il est vital que durant la saison six, quelqu’un découvre le pot aux roses et ait la possibilité d’en faire quelque chose.

En dehors de tout ce qui a trait à Dexter, la saison se perd dans de l’insipide avec cette histoire digne d’un soap entre Batista et Laguerta. De quoi juste donner envie de dormir ou d’appuyer sur le bouton accélérer de sa télécommande. Par contre, un rapprochement qui, auparavant, paraissait peu bienvenu, marche très bien, et l’alchimie entre les deux acteurs fonctionne. La fin de la saison est jolie à ce sujet. Sinon, Deb est toujours parfaite et l’évolution des capacités de Jennifer Carpenter est épatante. Il est loin le temps de la première saison. Son personnage est creusé et des éléments difficiles, comme toute cette histoire du tueur au camion frigorifique, ne sont pas oubliés. Bien au contraire.

Au final, malgré une écriture parfois paresseuse et manquant de finesse, la saison cinq de Dexter se laisse regarder sans trop de déplaisir. Il est toutefois difficile de ne pas pointer du doigt cette évolution de Dexter bien trop facile et non cohérente par rapport à ce que l’on disait de lui en première saison. Les difficultés amorcées l’année dernière ne sont pas suffisamment exploitées et la souffrance espérée n’est que trop rarement présente. Néanmoins, la relation instaurée entre Lumen et Dexter possède de très beaux moments et permet ainsi à la saison d’être de bonne qualité. La tension est elle aussi fort présente, en dépit de quelques situations prévisibles, et la menace Jordan Chase se révèle plutôt intense. Il est cependant grandement temps que Dexter raccroche ses couteaux car la série montre dans cette saison qu’elle commence à s’essouffler.