Après avoir parlé des huit premières saisons de Scrubs en début d’année, il est temps de conclure en traitant la neuvième et dernière. Pourquoi ne pas avoir écrit un article global sur la fiction ? Comme je l’ai déjà précisé, cette ultime salve d’épisodes possède une place quelque peu à part et peut presque être considérée comme étant une série dérivée. En fait, Scrubs allait à l’époque assez mal et son avenir semblait fort morose. Zach Braff souhaitant en plus tourner la page et vaquer à d’autres occupations, il était nécessaire de prendre le taureau par les cornes, d’où cette espèce de renouveau étrange. Les héros ne sont plus réellement ceux d’origine, mais des étudiants en médecine. C’est pourquoi la série est traitée en deux temps sur Luminophore. On peut dire qu’au final, il y a deux Scrubs en un. Composée de treize épisodes d’une vingtaine de minutes, la saison neuf fut diffusée entre décembre 2009 et mars 2010 sur ABC. Aucun spoiler.

C’est avec une certaine appréhension que j’ai commencé cette dernière année d’aventures médicales. Les saisons précédentes étaient déjà plutôt médiocres alors en rajouter une couche, et de surcroît avec des personnages non familiers, ne me donnait pas particulièrement l’eau à la bouche. Tenant maladivement à aller jusqu’au bout des choses, je me suis tout de même lancée. Pour y adhérer un minimum, il convient impérativement de considérer ces treize épisodes comme étant à part des autres. Beaucoup préféreront s’arrêter au 8×18, My Finale, qui clôt plus ou moins toutes les intrigues amorcées auparavant et peut tout à fait se placer en tant que series finale à proprement parler. Il n’est donc aucunement nécessaire d’oser visionner cette rallonge bancale, bien que non dénuée de qualités.

Un an et demi après la fin de la saison huit, l’hôpital du Sacré-Cœur a été détruit et déménagé sur le campus universitaire de Winston. Les médecins sont ainsi désormais des professeurs et forment les étudiants. Des membres du début de la série, seuls Perry Cox et Turk sont réguliers. Quelques anciens apparaissent, mais on ne les voit en définitive que très peu. Certains sont partis vers d’autres histoires et, honnêtement, leur absence n’est absolument pas préjudiciable, probablement parce qu’ils étaient progressivement devenus de véritables caricatures au fil des années. L’exemple le plus parlant est celui de J.D. qui, rapidement, quitte le navire après laissé le flambeau à la nouvelle narratrice en vigueur. Contre toute attente, et c’est assez terrible d’en être arrivé à ce stade, ses adieux provoquent un soupir de soulagement puisqu’il se voulait la majeure partie du temps insupportable. Le candide héros de Scrubs ne réussissait guère plus à susciter attachement et sympathie, preuve qu’il devait s’en aller.

Avec un cadre inédit, il est presque naturel de découvrir de nouveaux protagonistes. Les étudiants en médecine débarquent dans la série et si le début s’avère assez chaotique, ceux-ci parviennent à intéresser convenablement. Mieux, ils se veulent parfois presque charmants. Ne nions malgré tout pas que les caractérisations s’empêtrent dans des stéréotypes et maints clichés à la limite de la lourdeur. D’aucuns répliqueraient que, de toute manière, c’était déjà le cas lors de la première saison et de l’irruption de J.D., Turk, Elliot et des autres. Quoi qu’il en soit, entre la naïve et simplette Lucy (Kerry Bishé), Cole, le beau gosse idiot et arrogant, et Drew, l’expérimenté extrêmement calé, les sueurs froides ont tôt fait d’apparaître. Mine de rien, à part Lucy n’apportant pas grand-chose à l’ensemble si ce n’est cette voix off décidément irritante, les deux hommes principaux tirent leur épingle du jeu. Cole – incarné par Dave Franco, le petit frère de James (et ça se voit !) – est plutôt stupide, imbu de lui-même et parfois insupportable, mais il est drôle, voire par moments très drôle. Quant à Drew (Michael Mosley – Kings), il fait figure d’électron libre et s’instaure entre lui et Cox une très chouette relation dont J.D.  sera probablement jaloux toute sa vie. Pour ne rien gâcher, Denise (Eliza Coupe) est toujours de la partie et son côté cynique colle parfaitement à ce nouvel univers, surtout lorsque Drew est dans les parages. L’humour assez aléatoire reste correct et plusieurs dialogues sont satisfaisants. Bien sûr, tout cela n’est pas particulièrement transcendant, mais arrivé au terme de la saison, la sauce prend et le public a tantôt l’impression que, oui, Scrubs a fini par réussir à se renouveler.

Pour conclure, la dernière saison de Scrubs n’est pas aussi abominable que ce qu’elle laissait craindre de prime abord. Certes, son concept ne se révèle aucunement intéressant et les scénarios plutôt superficiels n’apportent strictement rien à l’ensemble, mais le divertissement s’avère globalement convenable. De plus, les épisodes injectent un sang frais à cet univers qui commençait à se montrer fort moribond. Pour cela, remercions des protagonistes assez agréables, des répliques délicieuses pour certaines et un rythme relativement enlevé. La saison n’est néanmoins pas conseillée et il est sûrement préférable de s’attarder à la huitième année. Dans tous les cas, elle a au moins le mérite de permettre à Scrubs de tirer sa référence sur une note somme toute correcte, ce qui n’était pourtant pas du tout gagné vu l’essoufflement précédent.