Lors des premières années de 2000, France Télévisions a sacrément maltraité certaines séries. Certes, cela est toujours plus ou moins le cas mais pour ma part, j’ai été principalement marquée par trois séries qui me plaisaient mais pour lesquelles le service public faisait vraiment n’importe quoi. À tel point qu’arrivée en 2011, je n’ai même pas encore fini de rattraper toutes ces petites pépites. Comme j’ai déjà pu en parler, Gilmore Girls et The O.C. en firent les frais. La troisième n’est autre qu’Everwood. Lorsqu’elle est passée pour la première fois sur France 2, nous étions en 2003. La chaîne la diffusait le dimanche après-midi si je ne me trompe pas. La suite n’est jamais arrivée. Pourtant, il y a bien eu une nouvelle tentative vers 2006-2007 (?), sur France 3 cette fois-ci. Malheureusement, encore une fois, arrêt très rapide. Bref. Impossible de visionner Everwood dans son intégralité sur les chaînes gratuites françaises. Les DVD ? Ils sont presque tous enfin sortis aux États-Unis. Cela pour dire que voyez-vous, avec tout ce schmilblick et cette difficulté à se procurer les épisodes jusqu’à peu, je n’ai pas dépassé la première saison. 2011 sera l’année où je reprendrai la série.
Everwood est une série créée par Greg Berlanti (No Ordinary Family) et composée de quatre saisons, soit 89 épisodes. Elle fut diffusée entre 2002 et 2006 sur feue The WB. La première saison, dont nous allons parler aujourd’hui, comporte 23 épisodes datant de 2002-2003. Aucun spoiler.

Le docteur Andy Brown est un éminent neurochirurgien. Sûr de lui, condescendant et ne vivant que pour son travail, il ne se rend pas compte qu’il ne connaît plus sa famille. Ce n’est que lorsque son épouse décède suite à un accident de voiture qu’il se rend compte du trou béant qu’elle a laissé en partant. Plutôt que de continuer sa vie à New York, il déménage dans une petite ville du Colorado, Everwood. Si ce changement plaît à sa fille d’une dizaine d’années, ce n’est pas du tout le cas d’Ephram, à peine seize ans et en révolte permanente contre son père. Perdu au milieu de nulle part, Andy décide alors d’ouvrir un cabinet de médecine générale mais doit faire face à Harold Abbott, l’autre médecin de la ville, haut en couleur et totalement fermé à la concurrence.

La première saison d’Everwood est passée à deux reprises par mes écrans et ce, en VF. J’ai dû la regarder pour la dernière fois aux alentours de 2007. Sachant que je compte recommencer la série, j’ai décidé d’écrire un billet concernant la saison, sans pour autant la revisionner. Par conséquent, je suis désolée si ce qui suit sera un tant soit peu superficiel. Je garde un souvenir global de ces 23 épisodes et certains éléments ont probablement disparu de ma mémoire.
Everwood est une série familiale et cela se sent. Elle sonne assez comme Gilmore Girls qui était également diffusée sur The WB à la même époque. Pour autant, cela ne veut pas dire qu’il s’agit là d’une série consensuelle et pleine de bons sentiments. Cette première saison traite ainsi de sujets simples, crédibles mais le fait souvent avec intelligence. Le principal reproche concernant cette saison est que chaque épisode repose généralement sur le même schéma, autrement dit un cas médical est mêlé à des évènements -parfois douloureux- dans la vie des Brown et des Abbott, ce qui permet d’approfondir les personnages. L’association des deux est généralement correcte mais il est préférable que l’intrigue médicale n’empiète pas de trop sur le reste, d’autant plus qu’elle est parfois un peu conventionnelle.

Au-delà des thématiques toujours abordées avec justesse et sans surenchère, fait rare à l’heure actuelle pour être noté, la saison marque surtout pour sa tendresse envers ses personnages. Everwood est une petite ville perdue au milieu des montagnes. Il ne s’y passe pas grand-chose d’exceptionnel. Les habitants sont, comme on peut s’en douter, parfois assez bourrus et bruts de décoffrage. On est loin du mondain et huppé New York. Visuellement, la série est agréable car elle montre des paysages montagneux, enneigés et faisant rêver.
Lors du décès de leur mère (Brendra Strong | Desperate Housewives), Ephram (Gregory Smith) et Delia (Vivien Cardone) arrivent ainsi dans le Colorado car leur père, Andy (Treat Williams) veut tout plaquer pour repartir sur de bonnes bases. À New York, Andy n’était jamais présent pour qui que ce soit tant il était absorbé par son travail. À la mort de sa femme, il réévalue ses priorités et tente de réparer ses erreurs. Il est loin d’y arriver. Si avec Delia, tout est assez facile car elle est jeune, optimiste et fraîche, c’est tout l’inverse avec Ephram, l’adolescent typique. La saison développe tout particulièrement la relation entre ce père et son fils et le fait avec brio. Ils font parfois un pas l’un vers l’autre pour deux en marche-arrière. Ils s’aiment mais c’est compliqué. La question n’est pas de savoir qui a tort ou qui a raison mais d’essayer de recoller les morceaux. Sans aucun doute, ce lien fragile et conflictuel entre ces deux Brown est le point d’orgue de la saison (et de la série ?).

D’autres dynamiques sont tout aussi intéressantes et bien écrites. Forcément, en arrivant à Everwood, Andy se retrouve confronté à un autre médecin, le fameux Harold Abbott, interprété par le génial Tom Amandes. Sûr de lui en apparence, il est bien plus fragile qu’il ne le laisse paraître et a un côté très drôle qui fait souvent mouche. Sa famille est immédiatement liée aux Brown. Andy et lui aiment se détester cordialement mais on sent tout de même de temps en temps une certaine complicité mêlée à du respect.
Chez les jeunes, entre Ephram et la jolie Amy, jouée par Emily VanCamp (Brothers & Sisters), s’instaure une relation complexe. Si le jeune homme tombe vite amoureux d’Amy, du côté de cette dernière, les choses ne sont pas aussi limpides… Il faut effectivement compter sur son petit-ami, Colin, dans le coma et qui se révélera être le fil rouge de la saison. Cet arc est rondement mené et se termine sur un cliffhanger. Colin est un personnage vraiment intéressant et la relation qu’il développera avec Ephram l’est tout autant. Quant à Amy, si son attitude est parfois égoïste, elle n’en est que davantage humaine et crédible. Ses actes ne la rendent que plus proche de nous.

Du côté des autres personnages, il convient de citer la mère du Dr. Abott, Edna, qui n’a pas sa langue dans la poche et qui fait trembler son fils. Elle est mariée à un chauffeur de bus, Irv, qui n’est autre que le narrateur de la série. Cette voix-off, que l’on entend généralement en début et en fin d’épisode, est certainement l’unique point sur lequel on peut chipoter durant la saison. Elle ajoute trop de sentimentalisme. N’oublions pas le frère d’Amy, Bright, incarné par Chris Pratt, qui passe pour le gros lourd mais qui se révèle bien plus profond qu’il n’en a l’air, la sœur de Colin jouée par Nora Zehetner (Grey’s Anatomy) ou encore la voisine des Brown, Nina.
Dans le rayon acteurs plus ou moins connus, la saison une est marquée par Jane Krakowski (Ally McBeal), Melinda Clarke, Tim DeKay (Carnivàle), Dylan Walsh (Nip/Tuck) et John Aylward (ER).

La première saison d’Everwood est une jolie réussite car réaliste et n’hésitant pas à traiter d’histoires simples reflétant des tranches de vie et cela, sans fioritures. Le traitement est parfois un peu consensuel mais l’ensemble n’en souffre au final guère. Sa force réside dans ses personnages ainsi que par les dynamiques qui les lient car elles sont ciselées et en constante évolution. La distribution est d’ailleurs globalement solide. La saison est un mélange d’humour caustique et léger, de romance, de drame et d’évènements familiaux. À une époque où les séries familiales et pour adolescents en font presque systématiquement trop, celle-ci est une véritable bouffée d’air frais.