Pour la troisième fois, Skins s’est vue être totalement renouvelée cette année. Après avoir brossé le portrait de jeunes attachants durant les deux premières saisons, s’être fourvoyés puis s’être rattrapés avec les deux suivantes, les Anglais ont-ils réussi à gérer correctement ce troisième tournant ? Tous les deux ans, Skins recommence effectivement presque à zéro, changeant la totalité de sa distribution. Cette opération peut évidemment être à double tranchant puisque l’on s’est normalement habitué à ses personnages. La nouvelle version nous plaira-t-elle ? Permettra-t-elle d’injecter du sang frais ? Quoi qu’il en soit, 2011 fut marquée par le troisième redémarrage. Cette cinquième saison de la production britannique est composée de huit épisodes et fut diffusée sur E4 entre janvier et mars 2011. Aucun spoiler.

Comme écrit plus haut, la seconde génération a très mal débuté. Superficielle et tombant dans la surenchère, on ne trouvait plus cet esprit si particulier propre à la bande à Tony. Fort heureusement, la quatrième saison a remonté le niveau et même sans être de qualité égale avec les premiers pas de la série, elle s’en est bien sortie. C’est donc avec une certaine pointe d’inquiétude que j’ai commencé la cinquième. Tout en conservant cette ambiance légère et relativement sérieuse, cette nouvelle génération s’installe progressivement et fait son nid. Alors que les exagérations étaient devenues un peu trop monnaie courante, la saison est plutôt sobre et propose, par exemple, très rarement des scènes de fêtes jusqu’au-boutistes. Pareillement, la surdramatisation et les évènements tragiques comme ceux de la quatrième année ne sont pas présents. La mesure semble avoir donc été acquise et cela fait énormément de bien. Ceci dit, cette évolution ne plaira assurément pas à tout le monde, car quand bien même l’esprit Skins est là, on sent une différence palpable. Le premier épisode met dans le bain en illustrant Franky, incarnée par Dakota Blue Richards que l’on a déjà pu voir au cinéma avec The Golden Compass (La Boussole d’Or). Introvertie, peu féminine et assez atypique, elle arrive à Bristol et se fait immédiatement remarquer par son allure originale. Elle est le véritable fil rouge de cette année puisque l’on découvre avec elle la bande que l’on suivra durant les huit épisodes.

Ce qu’il y a d’intéressant avec cette saison, c’est qu’elle propose des personnages plutôt stéréotypés, mais qu’elle parvient tout de même à sortir de cette image et à en montrer davantage. Chaque épisode permet ainsi d’en savoir plus sur l’un de ces adolescents ; et alors que l’on s’attend à aller de cliché en cliché, on est plus que surpris. Prenons le cas de Mini, l’agaçante blonde écervelée. Ne faisant que picorer des graines tel un moineau, elle est parasitée par un besoin obsessionnel de perfection. Forcément, à un moment donné, ça ne tourne pas rond et quand la machine se met à dérailler, elle ne trouve plus grand-chose à quoi se rattacher. Une de ses meilleures amies, Liv, est également cabossée et, en dépit d’un entourage important, elle doit se sentir bien seule. D’autres suivent un chemin analogue, comme Nick, le petit copain de Mini tout aussi parfait et lisse qu’elle, et qui se révèle surtout complètement cassé de l’intérieur. Matty partage de nombreux points communs avec Nick et se fait plus présent uniquement vers la fin de la saison. Il paraît clair que cela ne rend pas ces individus forcément attachants, mais ils ne donnent au moins pas l’impression de s’apparenter à des poupées sans âme.

Cette saison cinq tire son épingle du jeu grâce à des protagonistes intéressants, relativement creusés et très sympathiques. Le principal d’entre eux est, sans aucun doute, Rich, le mélomane métalleux et donc très chevelu. Il est d’ailleurs l’instigateur de l’épisode le plus réussi, le 5×02. C’est peut-être parce qu’il me rappelle un petit peu mon adolescence que je l’ai autant apprécié ceci dit. Son meilleur copain, Alo, qui semble sorti des Pierrafeu, est également agréable et se révèle touchant lors du chapitre lui étant dédié. Chez les filles, grosse pensée pour Grace, la douce et jolie danseuse classique un brin naïve, mais diablement attachante.

Cette bande se construit au fur et à mesure des histoires et là où la seconde génération s’était lamentablement trompée, celle-ci réussit très rapidement à instaurer une réelle amitié. Bien sûr, elle a des hauts et beaucoup de bas, mais on sent une certaine cohésion. Côté thématiques, la saison est surtout axée sur le mal-être des adolescents. Elle manque par moments d’un peu de profondeur, mais il y a un effort et cela fait du bien. Il est néanmoins dommage qu’après une première moitié riche et bien écrite, la seconde soit moins pertinente. Elle reste effectivement davantage en surface. Fort heureusement, il s’avère toujours possible de compter sur cette réalisation particulière, ces superbes plans, cette photographie travaillée et ce judicieux choix de chansons. C’est à chaque fois un véritable délice, et il en ressort une poésie et une certaine mélancolie.

En définitive, sans être parfaite, la saison cinq de Skins amorce un changement dans l’univers de la série et se permet d’évoluer. Bien qu’elle traite des affres de l’adolescence, elle semble plus mature et ne se focalise plus sur les scènes de sexe et de beuverie. Le public cible sera alors peut-être moins friand, car c’est possiblement ce qu’il recherche, mais pour les adultes, le résultat n’est que plus probant et intéressant. Les personnages sont montrés tels qu’ils sont, sans fioritures, et il n’y a guère de concessions. Et, à l’instar des saisons passées, l’esthétique est toujours soignée et ces huit épisodes sont par conséquent un vrai régal pour les yeux. Espérons qu’au cours de la prochaine année, qui sera donc la dernière pour cette troisième génération, le travail amorcé continuera sur ce chemin et qu’elle sera dans la même veine que le début de celle-ci.
Bonus : une superbe promo de la saison