À défaut d’avoir osé me lancer dans le monde des taiga, ces séries historiques s’installant à la télévision toute une année, j’ai enfin pris la peine de tester un jidaideki, une de ces fictions en costumes se déroulant à une période plus ou moins lointaine. Mon premier choix s’est porté sur le tanpatsu Byakkotai, constitué de deux parties de deux heures chacune qui furent diffusées les 6 et 7 janvier 2007 sur TV Asahi. Il s’agit d’un remake d’une version de 1986 que je n’ai pas eu l’opportunité de regarder ; elle n’est actuellement pas disponible sous-titrée. Aucun spoiler.

Au milieu des années 2000, Sakai Shintarô passe plus de temps dehors à ne rien faire qu’à étudier ou se montrer un minimum respectueux envers sa famille. En voulant fuir sa grand-mère présente à Tôkyô pour quelques jours, il part en direction de la région de ses aïeuls, à Aizu, dans la préfecture de Fukushima, avec son grand ami Shinoda Yûsuke. Les deux adolescents sont accueillis par le grand-père de Shintarô qui leur fait visiter un musée des environs. Arrivés devant un tableau, ils réalisent qu’ils sont les portraits crachés de deux jeunes samouraïs ayant vécu de terribles évènements, alors que le Japon était plongé en pleine guerre civile, celle de Boshin. Et pour cause, il s’agit de leurs propres ascendants…

Si Byakkotai commence donc à notre époque, il bascule rapidement au XIXè siècle et n’effectue que très rarement des incursions contemporaines. L’idée est de proposer un parallèle entre la vie de ces deux générations que tout oppose sur le papier. Avec cette immersion dans le temps émaillée de très longs flashbacks, la structure narrative de cette courte série manque totalement de subtilité ou de cohérence, mais après tout, si ces passages se révèlent authentiques et joliment mis en scène, cette approche peut s’avérer tolérable. Malheureusement, l’écriture générale oublie une quelconque finesse et préfère utiliser de grossières ficelles, une caricature presque permanente et un sentimentalisme gratuit. Les débuts laissent d’ailleurs augurer du pire avec cette vision ridicule de Shintarô affalé dans les rues tokyoïtes en train de fumer, apathique, collé à une copine tout aussi passive. En rentrant chez lui, il retrouve ses parents qu’il traite n’importe comment et ceux-ci ne pipent mot, acceptant implicitement l’attitude blasée de ce fils tête à claques. L’irruption inopinée de la grand-mère, figure autoritaire et plutôt conservatrice, change la donne et fait fuir le garçon à des centaines de kilomètres. L’interprétation monolithique du Johnny’s Yamashita Tomohisa (Nobuta wo Produce) n’aide pas à atténuer cette succession de clichés navrants et Tanaka Kôki (My Boss, My Hero) jouant son fidèle comparse ne se veut pas plus inspiré. Par chance, l’audience comprend vite que ces versions du deuxième millénaire seront peu vues à l’écran, le cadre se focalisant surtout un siècle et demi auparavant, mais les acteurs demeurent identiques. La réalisation ne risque pas non plus de transcender cet ensemble trop plat tant elle se borne au strict minimum, bien que le budget limité soit sûrement à prendre en considération. La reconstitution de l’époque s’avère correcte et ne provoque pas un quelconque enthousiasme comme le prouvent, par exemple, les scènes d’action guère exaltantes.

Si des téléspectateurs souhaitent en apprendre davantage sur la guerre de Boshin, ses fondements, son déroulement et ses conséquences, ce tanpatsu les décevra. Effectivement, Byakkotai reste très superficiel et n’explore jamais le terreau de ce conflit ayant mis le pays à feu et à sang ou ses principaux meneurs, cela malgré moult personnages secondaires. En n’ayant aucune clé de décryptage, il ne semble pas aisé de se plonger dans cet univers gouverné par le code de l’honneur des samouraïs qui, pour diverses raisons, bataillent, chutent et ne se relèvent que trop rarement. En dépit d’un rythme fastidieux notamment lié à la longueur de ces deux parties rébarbatives, les évènements s’enchaînent rapidement, ne paraissent parfois n’avoir ni queue ni tête et multiplient les supposés discours de bravoure pourtant dénués de souffle épique ou dramatique. La conjoncture voudrait que les émotions soient à fleur de peau tant des calamités s’abattent sur le peuple, mais la voix off académique, la musique peu inspirée d’Ôshima Michiru (Gokusen), l’interprétation aléatoire et l’absence de densité factuelle ne font qu’amplifier l’artificialité de cette production trop lisse et consensuelle. À trop souhaiter glorifier ses héros, elle s’affaiblit et finit par ennuyer, voire agacer dans certains cas. Elle n’y va effectivement pas avec le dos de la cuillère en appuyant le courage et l’abnégation de ces patriotes dévoués cumulant les tragédies tantôt personnelles tantôt plus globales. Le terme byakkotai, signifiant la compagnie du tigre blanc, fait référence à l’une des quatre unités militaires de la région d’Aizu. Constituée de plus de trois cents jeunes samouraïs de seize à dix-sept ans, elle ne devait pas envoyer ses éléments sur le front, mais officier en tant que réserve. Sauf que les circonstances terribles de la guerre de Boshin ont forcé ces enfants à prendre les armes et se lancer dans une lutte presque perdue d’avance. À travers le récit de ses protagonistes promis à un funeste destin, Byakkotai a probablement pour objectif d’éveiller les consciences et de faire la lumière sur ces adolescents ayant été subitement confrontés à la brutalité et la férocité du monde adulte.

Autant Sakai Shintarô jouit de sa vie comme si tout lui était dû, autant son aïeul, Mineji, prône les principes moraux de son statut. Calme, pondéré et attentif aux autres, il veille sur les siens, mais souffre en silence du détachement de sa mère (Yakushimaru Hiroko), souvent malade. Cette dernière aime son fils plus tout sauf que pour diverses raisons, elle essaye de ne pas trop le lui montrer. La série s’attarde plus particulièrement sur un groupe de vingt ayant fait partie du byakkotai. Avec quelques tranches de vie, elle illustre leur quotidien, leurs souhaits, doutes et peurs intimes. Le scénario en profite pour ajouter une dimension culturelle avec la stricte discipline requise par le code de l’honneur des samouraïs. Malgré la grossièreté de l’écriture, les difficultés de ce chemin rigide transpirent aisément et font mouche. Ce sont que des enfants et ils parlent déjà de mort, de devoir. Ces individus suivent depuis leur plus jeune âge des valeurs très rigoureuses, sans aucune éventualité d’une échappatoire. Ils dédient leur présent et futur à un seigneur, ne peuvent s’attacher à une compagne, n’ont pas le droit de trop s’amuser ou manger, doivent rester le plus éloignés possible de tout ce qui alimente une existence privée. Le seppuku, ce suicide par éventration, n’est évidemment pas occulté et compose justement l’un des grands drames de cette unité d’épéistes. La caméra n’oublie pas non plus la famille de ces samouraïs, partagée entre l’honneur de voir les siens batailler et la tristesse d’en être séparée, mais aussi les petites mains se cachant en arrière-plan. Derrière chaque guerre se trouvent toujours des personnes œuvrant dans l’ombre en offrant de la nourriture, délivrant des armes, nettoyant des vêtements. Le récit dépeint pour l’occasion le parcours de femmes ne déméritant pas et sachant parfois combattre pour protéger leur domaine, voire opter pour des mesures radicales. La jeune et déterminée Asai Soyoko (Kuroki Meisa) est la figure de proue de ces fières héroïnes. Or, une fois de plus, Byakkotai passe à côté de sa richesse latente en se contentant de stéréotypes et de développements falots. Notons aussi la présence de divers visages familiers comme Saitô Shôta, Matsushige Yutaka ou encore Takuma Takayuki.

Au final, le tanpatsu Byakkotai tente de faire la lumière sur une période trouble du Japon ayant amené un petit groupe d’adolescents à vivre un tragique destin. En dépit de son évident potentiel historique et pédagogique, il ne parvient presque jamais à convaincre, oublie d’approfondir ses propos et offre une version prenant probablement de discutables libertés avec la réalité. Outre ses maintes longueurs et une interprétation d’une régulière médiocrité, il cède trop souvent à la facilité en tirant sans finesse aucune sur la corde du mélodrame poussif. Ce véritable déferlement de clichés, d’incohérences et de personnages dépourvus de relief empêche d’adhérer à ce récit basé sur des faits avérés méritant d’être correctement racontés. Les amateurs des Johnny’s seront peut-être ravis d’y retrouver leurs chouchous, mais cette production scolaire et mal écrite prouve que pour un sujet de cette envergure, il convient de ne pas se contenter d’une parade d’idoles aussi inexpérimentées.