Elle est loin l’époque où l’on s’amusait et où l’on était réellement ému par Grey’s Anatomy. Elle est très loin même. Mine de rien, c’est déjà la septième année que la série est diffusée sur ABC. Les téléspectateurs américains ont l’air de partager mon avis puisque les audiences sont en chute libre depuis un petit moment. Ces vingt-deux nouveaux épisodes sont ainsi passés entre septembre 2010 et mai 2011. Aucun spoiler.

La saison six s’était terminée sur une note tragique, assez facile, mais diablement efficace. C’est donc en toute logique que les personnages tentent de se rétablir après le massacre perpétré au sein du Seattle Grace. Il y a de l’idée, c’est vrai. Le problème est qu’en début de parcours, on navigue entre le drame pur et dur, et l’aspect plus léger habituel de la série ; résultat : on ne sait plus trop sur quel pied danser. Il faut attendre plusieurs épisodes avant que la saison retrouve ses marques. L’intrigue concernant Cristina et ses difficultés à reprendre la voie de la salle d’opération est bonne sur le papier, mais uniquement là. Malheureusement, l’ensemble se veut effectivement mal écrit, évoluant de manière précipitée et, surtout, il ne sert strictement à rien. Pourtant, Sandra Oh fait tout son possible et est, comme presque toujours, exceptionnelle, mais ça ne suffit pas. La voir aller pêcher avec Derek ou se procurer des meubles comme on achète des chaussettes m’a vraiment ennuyée. L’épisode 7×06, These Arms of Mine, clôture l’arc de la fusillade et, sans être inoubliable, est plutôt correct, car original, bien que plus ou moins copié de l’aventure en direct d’ER. Il s’agit en effet d’un reportage réalisé par une chaîne de télévision afin de montrer le cheminement de l’hôpital plusieurs mois après la tragédie. À partir de là, la série peut avancer et passer à autre chose.

Si l’on devait résumer la saison sur deux histoires, elle tiendrait en trois mots : bébés et essais cliniques. Concernant les enfants en bas âge, les personnages en parlent perpétuellement. Bon, même en ayant quelque peu en horreur ces petits trucs qui pleurent tout le temps, on peut techniquement apprécier ce que l’on découvre à l’écran. Encore une fois, ce n’est pas le cas cette année. Le summum de l’abomination de cette thématique est en lien avec le trio désormais infernal : Callie, Arizona, Mark. Non, non, non. Le public arrive tout simplement à un point où les voir lui colle immédiatement des pustules géantes. Et puis, bonjour les raccourcis, les facilités scénaristiques et les cliffhangers prévisibles et usants. Ne les remercions pas non plus pour l’atroce épisode musical, le 7×18, Song Beneath the Song, qui me donne des sueurs froides rien que d’y penser. À part ces trois figures devenues agaçantes, d’autres bébés reviennent sur le tapis, notamment lors du season finale, et c’est un non envisagé qui se révèle le plus intéressant, probablement parce qu’il concerne deux personnages sympathiques et possédant une véritable alchimie.

Les essais cliniques sont régulièrement en avant dans cette saison. Il y a celui du Chief et d’Avery qui ne casse pas des briques, mais qui se laisse regarder. Déformation professionnelle oblige, j’ai été effarée par celui sur Alzheimer avec Derek – encore plus insupportable et condescendant que d’habitude en conclusion – et Meredith. C’est du gros n’importe quoi anxiogène et, forcément, ce n’est pas comme ça que les mentalités sur ces démences neurodégénératives changeront d’un iota. Pour être honnête, je suis incapable de juger de manière objective cet arc, car il est bourré d’inepties et pas réaliste pour un sou – ou alors, la recherche clinique aux États-Unis est extrêmement effrayante. Non parce que si l’on diagnostique un Alzheimer avec un semblant de MMS fait à la va-vite et comme l’on a oublié ce que l’on a fait la veille, on ira loin dites donc. Scrogneugneu, il était où le neuropsy dans tout ça sinon ? Bref.

À vrai dire, la saison met bien trop l’accent sur certains personnages en occultant d’autres. Callie, Arizona et Mark ont beaucoup de temps d’antenne, ce qui n’est pas mérité. D’autres comme Bailey sont totalement laissés pour compte, mais ce n’est pas comme si la série avait un jour réussi à lui proposer quelque chose sur le long terme. Ce qui est une honte, nous sommes d’accord. Pour plusieurs d’entre eux, on en revient sempiternellement à la même chose, sans développement pertinent. On peut ainsi citer Lexie et Alex, champions dans ce domaine. April devient la petite touche d’air frais tant elle est adorable comme tout et souvent attachante. C’est bien la seule, d’ailleurs. Comme tous les ans, on peut noter la présence plus ou moins sur du long terme de Peter MacNicol (Ally McBeal), Scott Foley (Scrubs), la toujours aussi jolie Amber Stevens (Greek), Frances Conroy (Six Feet Under), Amber Benson et Adam Busch (Buffy the Vampire Slayer), Diane Farr (Californication), Wilson Cruz (My So-Called Life) ou encore d’Amanda Foreman (What about Brian).

Au final, sans aucune hésitation de ma part, cette septième année est la plus mauvaise de Grey’s Anatomy depuis ses débuts. Jonglant entre la surdramatisation et le soap dans sa plus médiocre expression, la fiction a du mal à retrouver ses marques. Et même lorsqu’elle est en mesure de le faire, les épisodes ne réussissent jamais à réellement divertir, ou alors c’est de manière bien trop ponctuelle. Les personnages sont pour la plupart des caricatures d’eux-mêmes et en viennent presque parfois à irriter sérieusement. Les intrigues ne sont, quant à elles, pas des plus intéressantes, bien qu’il y ait quelques efforts malgré un ensemble manquant d’homogénéité et de cohérence. Espérons que la saison huit remonte le niveau et que la série ne subisse pas les mêmes travers que ER, car elle semble prendre un chemin analogue.