Hop, prenons notre machine à remonter le temps et repartons en Grèce antique, à l’époque où Xena et Gabrielle s’affairaient à lutter contre les dieux et contre leurs propres démons. Après avoir traité des deux premières saisons de Xena: Warrior Princess, c’est en toute logique que nous arrivons à la troisième composée de vingt-deux épisodes, toujours diffusée en syndication et ce, entre septembre 1997 et mai 1998. Aucun spoiler.

Beaucoup s’accordent sur le fait que la saison trois est indiscutablement la plus réussie de la série. C’est donc avec un certain espoir et une légère appréhension que je l’ai débutée. Honnêtement, je ne peux pas m’empêcher d’avoir été un peu déçue en la terminant. Je m’attendais à mieux. Bien sûr que le niveau est nettement plus élevé qu’au cours de la première année, mais j’ai préféré la seconde partie de la saison deux à la totalité de celle-ci. Si cette troisième salve d’épisodes tente d’instaurer un fil rouge qui est celui en lien avec le faux dieu, Dahak, l’ensemble est parfois assez confus et manque de cohésion. Alors qu’en milieu de parcours, l’orage semble passé, on revient à cet arc et certains éléments sont laborieusement assemblés ; quand bien même le développement demeure intéressant sur certains points, le public a de quoi en ressortir légèrement frustré. Toutefois, l’intrigue Dahak est pertinente, car elle permet notamment de mettre à mal la relation entre Xena et Gabrielle. Pendant les deux saisons précédentes, elles se disputaient, évidemment, mais cela ne dépassait jamais certaines limites. Cette fois, une vraie rupture s’installe et plusieurs épisodes sont nécessaires avant qu’un semblant de paix s’instaure entre elles. Or, cette quiétude est fragile et il suffit de peu pour que les bases s’effondrent. Il va de soi que le lien qui les unit ne sera plus jamais identique et perd nettement en légèreté. En ça, la saison est réussie parce qu’elle creuse leur relation et n’hésite pas à bousculer les habitudes du téléspectateur. On se sent mal pour elles et il n’y aucun parti pris. La question n’est pas de savoir qui a tort ou qui a raison, on désire simplement qu’elles se réconcilient et l’on est touché par ce qu’elles vivent. Si Dahak est le point de départ de ce clivage entre les deux, il n’est pas le seul instigateur, les antécédents tourmentés de Xena n’arrangeant effectivement rien. Le double épisode, 3×06-07, The Debt, est ainsi l’occasion d’aller en Chine et d’approfondir la transformation passée de la jeune femme en véritable guerrière. Au final, la saison trois est avant toute chose celle sur la relation entre les héroïnes. Elles traversent des épreuves difficiles et peinent à s’en sortir, si tant est qu’elles soient en mesure de s’en échapper…

Si Xena est celle qui porte le rôle-titre, il se veut indubitable que sans Gabrielle, la série ne serait rien. Elle le prouve à de très nombreuses reprises au cours de cette année. La jolie blonde est souvent un élément plutôt comique par son côté boute-en-train et amical, mais ces vingt-deux épisodes s’apparentent surtout à une vraie leçon de courage la concernant. La petite paysanne jamais sortie de son village est bien loin. Elle-même ne se reconnaît plus et se perd dans ce long dédale embrumé. Elle ne sait plus qui elle est et traverse une grande zone d’ombre. Le season finale en est le point culminant et l’audience n’a de cesse de se poser des questions quant à la résolution de ce cliffhanger effroyable, bien qu’avec Xena: Warrior Princess, on puisse s’attendre à tout. Renée O’Connor excelle dans ce rôle et à côté, Lucy Lawless, nonobstant son charme incroyable, ne fait clairement pas le poids, atténuant l’impact de certaines séquences riches en émotions.

Côté personnages, la série a toujours su en faire revenir quelques-uns de manière récurrente pour notre plus grande joie. Joxer, par exemple, est généralement présent et c’est systématiquement un véritable plaisir de le voir, surtout qu’il est vecteur de nombreuses scènes comiques. Son amour à sens unique pour Gabrielle est mignon comme tout et pour tout vous dire, j’aimerais beaucoup qu’il se concrétise d’ici la fin de la fiction. Parmi les humains, le fantasque voleur Autolycus est également de retour et, lui aussi, est drôle et plus que sympathique. Moins agréable, César, portant toujours les traits du charismatique Karl Urban, s’invite le temps de quelques épisodes pour s’amuser à torturer Xena par tous les moyens possibles et inimaginables. Les deux anciens amants possèdent une alchimie palpable et bien qu’ils se haïssent, on ne peut s’empêcher de sentir la dimension sexuelle qui s’échappe d’eux. Quant aux divinités, Aphrodite, sans Cupidon malheureusement, joue quelques tours plutôt drôles se retournant généralement contre elle. Et nous avons gardé le meilleur pour la fin, à savoir Arès, le dieu de la guerre. Toujours sexy en diable, totalement filou sur les bords et allant là où ses intérêts peuvent être servis, il est attiré par Xena tel un aimant. Quel plaisir que de le voir désormais aussi régulièrement ! Il ne reste plus qu’à espérer que ce sera encore le cas par la suite et que sa relation avec Xena profitera de davantage d’exploitation. Par contre, c’est avec une grande tristesse que j’ai appris que son interprète, Kevin Smith, est décédé quelque temps après la fin de la série, lors d’un tournage. À noter la présence de Shiri Appleby (Roswell) dans le rôle d’une voleuse à la langue bien pendue et de Marton Csokas (Celeborn dans The Lord of the Rings) en tant que Borias, un ancien amant de Xena.

Tous les épisodes ne se valent pas durant cette saison. Il y a les habituels loners qui sont assez variables, qualitativement parlant. La série se permet encore une fois d’utiliser quelques éléments mythologiques, voire historiques. Le résultat est d’ailleurs généralement correct, si ce n’est le passage avec les chevaliers de la Table ronde dans le 3×05, Gabrielle’s Hope, qui se révèle plus ridicule qu’autre chose. Le 3×16, When in Rome…, est marqué par l’apparition de Vercingétorix ; le 3×08, The King of Assassins, voit l’arrivée de Cléopâtre, jouée par Gina Torres (Firefly, Alias). Dans le rayon épisode sortant des chemins battus, le 3×12, The Bitter Suite, est presque exclusivement musical. Contre toute attente et même en détestant ce genre de procédés, il est convaincant. Il existe une explication quant à ces passages chantés et les paroles sont parfaitement adaptées. De plus, il mélange le drame et l’humour, recette ayant toujours fonctionné dans la série. La bande-son, composée par Joseph LoDuca est d’ailleurs de nouveau réussie et dans ce cas, les voix des acteurs sont plutôt plaisantes. Tout le monde ne s’est pas prêté au jeu ceci dit, mais les dégonflés (ou les casseroles ? ^^) sont minoritaires. S’il fallait retenir les épisodes les plus agréables, on pourrait citer le 3×02, Been There, Done That, le 3×13, One Against An Army, le 3×10, The Quill Is Mightier ou encore le season finale, le 3×22, Sacrifice.

En définitive, la saison trois de Xena: Warrior Princess semble être celle de la maturité. La série va plus loin, ose aborder des thématiques difficiles et ne se perd pas trop en chemin. Les personnages évoluent et parviennent pour certains à un point de non-retour. Gabrielle représente le centre de la plupart des intrigues et doit traverser des épreuves tragiques, mettant à mal sa relation avec Xena. Si la tension dramatique est à son paroxysme, que les trahisons et la vengeance deviennent presque régulières, l’humour est toutefois toujours présent et allège l’ensemble de manière à ne pas rendre l’année trop étouffante. Il est dommage néanmoins que cette saison soit parfois bancale et que certains épisodes se révèlent dispensables, mais la saison forme néanmoins un tout plutôt réussi et généralement plus que sympathique.