Après être tombée amoureuse de la première saison de JIN, il était évident que la seconde allait passer par mes écrans. C’est bien simple, il fallait que je la regarde sans plus tarder. Remettons quelque peu en place le contexte. JIN est l’adaptation du seinen manga de Motoka Murakami, disponible chez Tonkam. Je ne l’ai pas lu donc je ne pourrai comparer mais c’est prévu. Après onze épisodes diffusés en 2009, la série aurait pu s’arrêter là mais il a fallu compter sur la demande très importante du public. C’est ainsi qu’une seconde saison fut commandée. Toujours constituée de onze épisodes, elle est passée sur TBS entre avril et juin 2011 et fut un vrai succès d’audience. Les épisodes sont de durée assez variable, le premier, l’avant-dernier et le dernier étant très rallongés. Aucun spoiler.

Ce qui est un petit peu gênant est que je pourrais redire exactement la même chose que la dernière fois, associant les superlatifs les uns avec les autres. Ce n’est effectivement pas aujourd’hui que l’on dira du mal de JIN. La première saison est une perle et mérite amplement le concert de louanges que l’on peut lire et entendre. Émouvante, naturelle et riche, elle brosse le portrait d’une période charnière du Japon et de ses habitants, tout en insérant quelques éléments modernes, médicaux et de science-fiction. Que l’on soit allergique ou pas aux jidaigeki, la question ne se pose aucunement pas : cette saison est à voir car elle peut tout toucher n’importe qui. Ces onze nouveaux épisodes, constituant donc la seconde saison, sont différents. Si en 2009 la série était véritablement axée sur ses protagonistes et sur l’aventure humaine que vivait Jin, 2011 est principalement marquée par la dimension socio-politique. En cela, il paraît évident qu’elle ne plaira pas à tout le monde car elle dépeint les enjeux de l’époque. Il vaut mieux être bien alerte au risque de passer à côté de nombreux éléments importants. C’est évidemment Sakamoto Ryôma mais également Katsu Kaishû qui sont les instigateurs de ces moments historiquement majeurs.

Deux ans se sont déroulés à Edo depuis la fin de la première saison. Jin continue de travailler d’arrache-pied avec ses collègues et amis. Saki, par son refus de se marier, a mis sa famille au ban de la société et vit désormais à Jinyu-do. Nokaze tente quant à elle de se créer une nouvelle vie après avoir passé toute son existence telle un oiseau en cage. Les personnages vivent donc tranquillement et parfois difficilement leur existence. Cela fait ainsi quatre ans que Jin est à Edo. La photo de Miki a bel et bien disparu et il s’est plus ou moins fait une raison à son arrivée à cette époque. Si le héros se pose toujours des questions sur sa présence et sur la manière dont il peut influer sur l’Histoire, il a légèrement changé. Il prend en effet quelques importantes décisions grâce aux paroles d’une certaine personne possédant un vécu similaire au sien. Ses interrogations sont par conséquent toujours autant prégnantes mais elles ne sont pas explicitement montrées ou évoquées via ses monologues. Cela est une bonne idée car la répétition est dès lors mise de côté, sans que les problèmes inhérents à ce voyage dans le temps soient oubliés. Les choix de Jin sont parfois discutables bien que compréhensibles. Il remuera par exemple ciel et terre afin d’empêcher l’assassinat de Ryôma. Parviendra-t-il à changer le cours du temps ? Et si oui, que se passera-t-il ? Et s’il rencontrait un de ses ascendants, ne pourrait-il pas menacer sa propre existence ? La saison une se terminait sur une note assez frustrante, ne donnant en effet que peu de réponses quant à ce retour dans le passé. Ne serait-ce que pour cette raison, il est donc aisé de comprendre pourquoi les Japonais souhaitaient une suite. A contrario, ces nouveaux épisodes apportent quelques explications et la série se termine à ce sujet de manière satisfaisante. Il est clair que ce choix du mangaka (?) / de la scénariste, Morishita Yoshiko (Byakuyakou, Sekai no Chuushin de, Ai wo Sakebu), ne plaira pas à tous les spectateurs, notamment à ceux avides de romance. Le pourquoi de l’irruption de Jin à Edo n’est pas limpide, il en va de même pour tout ce qui l’implique sans que cela ne soit gênant. JIN n’est pas une série sur le voyage dans le temps mais une série sur des personnages. Cet aspect davantage axé sur la science-fiction n’est qu’un moyen parmi tant d’autres pour traiter de certains sujets.

La médecine est quelque peu en retrait au cours de la saison, ce qui est presque dommage lorsque l’on a apprécié cela jusque là. Il faut peut-être le voir d’une autre manière. Quand bien même Jin possède les connaissances scientifiques actuelles, il arrive à un stade où son savoir ne suffit plus. Il faut du matériel qu’il ne peut créer de ses mains. Mais cela n’explique tout de même pas tout. Il n’est pas nécessaire de montrer des opérations hors du commun pour l’époque afin de satisfaire le spectateur. Néanmoins, que l’on ne s’inquiète pas, il y a encore des cas médicaux, ils sont juste moins importants qu’auparavant. Les derniers épisodes retrouvent tout de même l’essor médical de ceux de 2009, le neurochirurgien inculquant ses connaissances aux médecins qui l’entourent ainsi qu’à Saki, toujours avide d’apprendre. L’opération chirurgicale de l’épisode huit est particulièrement intense et rappelle pourquoi la série est aussi réussie lorsqu’il est question de médecine. Si jusque là, la médecine orientale était un petit peu mise de côté, elle est bien plus présente et ses utilisateurs sont encore une fois de retour et sont dirigés par le charismatique Taki Hajime. Les deux médecines, à savoir la traditionnelle et la plus novatrice telle qu’on la connaît, se tiennent par la main et travaillent ensemble. En découlent alors des moments de complicité et d’entente cordiale qui font chaud au cœur. L’ombre d’Ogata est toujours présente et sa présence nous manque ainsi qu’à l’ensemble de Jinyu-do.

Pour en revenir encore une fois à la dimension politique, elle était déjà présente jusque là mais se faisait assez discrète. Jin arrive à Edo lors d’une époque charnière. Le shogunat perd de son ampleur, la révolte gronde et petit à petit, l’ère Meiji pointe le bout de son nez. Plus les années passent à Edo et et plus le héros se rend compte qu’il va vivre en direct ces évènements japonais majeurs. De très nombreux épisodes y sont dédiés et les enjeux critiques de l’époque sont traités de manière claire mais sont parfois un peu difficiles à suivre pour qui ne connait pas forcément grand-chose. Il y a par ailleurs de nombreuses nouvelles figures dont certaines apparemment connues. En cela, si l’on n’apprécie guère l’histoire et les thématiques socio-politiques, cet arc risque d’ennuyer et de se révéler fastidieux. À l’inverse, si comme moi vous êtes friands des fictions historiques au sens strict du terme, cette montée en puissance vous ravira et vous fera passer d’excellents moments, suivis généralement de lecture intensive de sites web sur le sujet. Ryôma est évidemment au centre de ces thématiques. Personnage ambivalent et visionnaire, il se montre sous un jour assez peu flatteur au cours de certains épisodes, étant imprévisible et presque antipathique. La relation qui le lie à Jin est limite tendancieuse et donne parfois l’impression qu’elle dépasse le simple cadre de l’amitié. Il en ressort en tout cas une excellente dynamique, tour à tour drôle, fraîche, émouvante et particulièrement sincère.
Qui dit bouleversements politiques implique généralement des batailles et la saison en fait la part belle. Les soldats se combattent, les samouraïs sortent de leur vie tranquille et certains massacres ont lieu, notamment en raison de l’arrivée des armes à feux. La guerre civile éclate, le Japon est à feu et à sang et on assiste, impuissant comme les protagonistes, à cette époque trouble. On souffre pour le Japon et pour ses habitants mais on ressent leur force de caractère, leur inflexibilité et leur fierté. JIN insuffle une dimension épique incroyable, nous donnant presque l’impression de vivre ce que l’on voit et d’être japonais. On est éprouvé avec eux et on est littéralement transcendé par la volonté de certains personnages de vivre et de changer les choses pour un monde meilleur.

En raison des perturbations de l’époque et pour d’autres raisons plus triviales, les personnages sont amenés à bouger. C’est ainsi que l’on découvre Nagasaki ou encore Kyôto, l’ancienne capitale impériale. D’ailleurs, la réalisation est toujours autant soignée et certains plans ou paysages sont magnifiques et sont baignés par une lumière parfois presque surnaturelle. La seconde saison de JIN met en avant de nouveaux cadres ce qui lui permet de se renouveler mais aussi d’intégrer de nouvelles figures emblématiques comme la famille du quatorzième shogun et de l’Empereur. On y reconnaîtra notamment Kurokawa Tomoka (Shôkôjo Seira). Quelques épisodes mettent un personnage en particulier dans une posture délicate le forçant à visiter la prison qui, comme on s’en doute, n’était pas une mince affaire à ce moment-là. Jinyu-do doit faire face à de nombreuses attaques menées par un visage pas si inconnu que cela et certains protagonistes vont directement en souffrir. Il n’est donc plus uniquement question d’Edo même, la série n’hésitant pas à faire voyager. La saison est véritablement tragique mais réussit toujours à trouver le juste-milieu et ne pas trop en faire. La musique, composée encore une fois par Takami Yû est aussi magistrale et associée à ce que l’on voit à l’écran, les larmes peuvent s’écouler sans que l’on ne s’en rende compte. Le point culminant à ce sujet est assurément lors des deux derniers épisodes où l’on peut se mettre en boule en gémissant dans son coin tant on est touché par ce qu’il se passe à l’écran. Aitakute Ima, la chanson de MISIA laisse sa place à Itoshiki Hibiyo de Hirai Ken qui est plutôt jolie en dépit de la voix particulière du chanteur.

Quand bien même les faits historiques prennent le pas sur de nombreuses intrigues, les évènements de plus petite échelle ne sont pas oubliés et JIN demeure une immersion dans l’âme humaine. Ce sont ses personnages qui la font vivre car ils sont parfaitement interprétés par une excellente distribution et se révèlent encore une fois extrêmement fouillés et nuancés. Jin reste le même, c’est-à-dire qu’il s’effondre un peu trop vite en pleurant toutes les larmes de son corps mais fait toutefois du chemin. À ses côtés, Saki, toujours aussi belle sous les traits d’Ayase Haruka, ne faillit jamais. Résolument moderne, elle ne choisit pas la facilité et reste fidèle à ses convictions. Intelligente, elle a tout pour (me) plaire et continue sur sa lancée. Son évolution est magnifique et crédible. La lettre de l’ultime épisode nous rend certes un brin amer mais fait tout de même plaisir. Son frère, Kyôtarô, prend son envol au cours de cette saison. Ses cas de conscience et le fait qu’il soit partagé entre sa famille et ce que le sens du devoir lui ordonne de réaliser permettent de démontrer qu’il est un des protagonistes les plus intéressants de ces nouveaux épisodes. Nokaze est davantage en retrait et manque parfois un peu lorsqu’on l’a tant appréciée jusque là mais son développement est également maîtrisé et elle permet d’entendre parler français. Eh oui ! Du côté des nouveaux personnages, on peut noter le samouraï nageant en eaux troubles incarné par Satô Ryûta (Ikebukuro West Gate Park, Pride). Ce dernier montre qu’il sait aussi interpréter des hommes sortant de son registre habituel. Concernant la relation romantique entre Saki et Jin, elle est telle que je l’espérais, autrement dit tout en pudeur et en réserve. Toutefois, ce ne sera assurément pas le cas de tout le monde.
À vrai dire, les mêmes constatations que lors de la première saison peuvent être réitérées. Les dynamiques entre les protagonistes sont toujours naturelles, ces derniers sont attachants et malgré la galerie assez impressionnante, on ne se perd pas en chemin et chacun a le moyen de s’exprimer.

Pour conclure, la seconde saison de JIN est différente de la première par son traitement. Les faits historiques et les enjeux socio-politiques sont désormais la figure de proue et de nombreux épisodes y sont consacrés. Cependant, que l’on ne s’y trompe pas, le cœur même du j-drama demeure et est encore et toujours le même. Il s’agit d’une série profondément humaine. Ces onze épisodes sont une excellente immersion dans Edo durant ces années charnières de la fin du shogunat. Il est en outre agréable d’y entendre parler japonais sans les mots issus de l’anglais qui ont légèrement tendance à parasiter la langue depuis quelques années… Quoi qu’il en soit, l’ensemble des qualités de la saison une est de retour. JIN est donc encore une fois marqué par la richesse et la solidité de ses intrigues, par l’évolution de ses personnages et des relations qui se sont tissées entre eux ou encore par les questionnements sur ce fameux voyage dans le temps mais également sur la vie et sa valeur en général. La fin est douce-amère et est plus que satisfaisante. On en revient au final toujours à la même chose, JIN est tout simplement une brillante et délicate plongée dans l’homme parvenant à toucher la corde sensible et trouvant toujours les bons mots pour ne pas laisser indifférent. Ajoutons sa réalisation soignée, ses genres multiples abordés avec justesse et intelligence, sa bande-son enlevée et sa distribution et on peut écrire que oui, JIN, est sans conteste une des séries japonaises les plus abouties et réussies qu’il soit.