Suite à la suggestion de Carole concernant la saison des séries japonaises du printemps 2011, je me suis quelque peu retrouvée au pied du mur quant à mon visionnage de BOSS ou non. La série possède effectivement une seconde saison qui fut diffusée ce printemps et qu’il fallait donc que je la regarde si je souhaitais tenir mes engagements. Or, on commence généralement par le début, n’est-ce pas ? En raison de la structure narrative du j-drama, j’aurais très bien pu m’en passer mais mon côté psychorigide ne l’a pas permis. C’est ainsi que début juillet, je me suis mise devant BOSS, bien que la série ne m’intéressait pas spécialement à l’origine.
Comme cela vient d’être indiqué, il s’agit d’une série japonaise comportant à l’heure actuelle deux saisons. La première, composée de onze épisodes, fut diffusée sur Fuji TV entre avril et juin 2009. À l’exception du premier et du dernier épisode rallongés de quinze minutes, les autres durent quarante-cinq minutes. Il ne sera question aujourd’hui que de la saison une ayant été à l’époque un succès d’audience, la seconde sera traitée plus tard dans l’année. Pourquoi ce titre ? La réponse est tout simple : parce que l’héroïne est le boss, voilà tout. Aucun spoiler.

Une nouvelle unité d’élite vient d’être créée à Tôkyô. Contre toute attente, c’est une femme, Ôsawa Eriko, qui la dirige et le moins que l’on puisse dire est que sa hiérarchie ne la soutient pas car elle lui a donné les officiers qu’aucun autre service ne veut. À elle de faire ses preuves et de montrer ce qu’elle a dans le ventre.

Le synopsis de BOSS ne laisse aucun doute à ce sujet, le j-drama est bel et bien une série policière. Quand bien même on n’apprécie guère le genre, on peut toujours espérer se retrouver devant de l’originalité ou en tout cas, un bon divertissement. Que cela soit clair dès le départ, la série n’est aucunement mauvaise. Pourtant, elle n’est pas spécialement intéressante. Bien sûr, elle se laisse visionner, là n’est pas vraiment la question, mais de là à vouloir la revoir un jour, c’est un pas difficilement franchissable. Un des problèmes majeurs de BOSS est son côté procedural. Voilà encore une série où chaque épisode est dédié à une affaire et presque totalement indépendant des autres. Si l’on n’apprécie pas ce genre, on risque d’être ennuyé. A contrario, ceux qui ne sont pas dérangés par cet aspect linéaire devraient au moins essayer la série car en dépit de son format schématique, elle possède de nombreuses qualités.

BOSS débute par le retour d’Ôsawa Eriko, incarnée par Amami Yûki, après plusieurs années passées aux États-Unis. Grande, forte, intelligente, autoritaire et charismatique, elle a tout pour se faire détester par un grand nombre de ses comparses masculins. Bien qu’on lui offre la direction d’une unité d’élite, ce nouvel emploi n’est qu’une façade et se révèle un cadeau a priori empoisonné de la part de ses patrons. L’idée est d’améliorer l’image de la police au Japon. Son équipe fraîchement construite est effectivement composée de bras cassés trimbalant de nombreux problèmes. Comment pourra-t-elle s’en sortir ? Personne ne souhaite qu’elle y parvienne mais c’est sans compter sur ses nombreux talents. Ce qu’il y a de fort sympathique, surtout pour une série japonaise, c’est que BOSS met à l’honneur les femmes et ce, d’une bien jolie manière. Cela ne veut pas non plus dire qu’elle tombe dans l’excès inverse en faisant preuve d’un féminisme bien trop extrême. La chef de l’unité est donc une femme et est plus que compétente, en dépit de ce que de ses collègues misogynes pourraient penser. Elle a le droit aux moqueries d’autant plus que son physique est assez atypique pour une Japonaise, mais elle ne se laisse pas marcher sur les pieds. Elle n’a pas eu ce poste uniquement pour ses compétences évidentes car on espère la voir tomber de son piédestal. Rien qu’avec cela, la série fait plaisir car cette femme sort assez du carcan habituel et fait honneur au supposé sexe faible. BOSS ne s’arrête toutefois pas là puisque les autres femmes composant l’équipe sont intelligentes et les criminels à arrêter peuvent également être féminins sans pour autant être ridicules ou stéréotypés. En revanche, les hommes ne sont pas toujours des lumières et manquent même parfois totalement de virilité. BOSS inverse donc les tendances et insuffle un certain vent de fraîcheur plus qu’appréciable.

La nouvelle unité d’élite n’est au départ qu’une équipe d’incapables. Enfin, ses membres sont probablement compétents mais ils sont tellement empêtrés dans leurs propres problèmes qu’il est difficile d’en tirer quelque chose. Certes, ils ne sont pas tous comme ça mais ceux qui n’ont pas de problème à proprement parler ont une manière de fonctionner  particulière ce qui fait qu’il est encore une fois ardu de mener de vraies enquêtes. Il va falloir toute la bonne foi, la patience et la fine psychologie d’Eriko pour réussir à les faire s’épanouir. Évidemment, ils seront toujours particuliers mais ce sont justement leurs différences qui font leurs forces.
L’unité est plutôt sympathique même si elle est complètement décalée. Le mélange des genres n’est d’ailleurs pas toujours heureux, à l’instar d’un Tôkyô DOGS. Il y a effectivement beaucoup d’humour et de légèreté avec cependant une volonté de proposer des intrigues parfois tragiques. L’association est parfois faiblarde et malvenue puisqu’on ne sait pas forcément sur quel pied danser. À un moment donné il faut choisir. On réalise soit une série comique, soit une série plus dramatique avec quelques moments humoristiques, pas un mélange des deux bancal.
Du côté de ses membres, on retrouve plusieurs visages connus. Chez les femmes, en plus d’Eriko, Kimoto Mami, incarnée par Toda Erika, est jeune et peu intéressée par son travail. Elle fait le strict minimum et manque de sociabilité. Sans être réellement dans l’équipe, Narahashi Reiko, jouée par Kichise Michiko (LIAR GAME, Nodame Cantabile), fait partie de la section scientifique. Quant aux hommes, on en retrouve quatre. Il y a le mystérieux et charmant homme de service qui souffre en silence, Katagiri Takuma (Tamayama Tetsuji | Bara no nai Hanaya) ; Iwai, le playboy gay qui drague tout ce qui bouge (Kendo Kobayashi) ;  Yamamura Keisuke, le petit vieux qui perd ses cheveux et qui s’en rend malade (Nukumizu Yôichi, abonné aux rôles secondaires | TROUBLEMAN, Ashita no Kita Yoshio, Densha Otoko) ; Hanagata Ippei, le bleu aux vêtements colorés et à l’esprit peace & love, interprété par Mizobata Junpei (Buzzer Beat). Tous ne sont pas particulièrement intéressants, notamment parce qu’ils manquent parfois de consistance, mais ils possèdent une bonne dynamique et certains sont plutôt attachants. Sinon, un peu en retrait et ne faisant pas partie de l’équipe, on retrouve le grand ami d’Eriko, Nodate Shinjirô. Joué par le charmant Takenouchi Yukata que je n’avais encore jamais vu (eh oui), il est assez frivole. Il passe son temps à draguer toutes les femmes tout en allant à des gôkon sans que cela ne l’empêche d’être sérieux. D’autres personnages gravitent autour de ceux-là mais ils sont fades et bien trop unilatéraux, ce qui est fort dommage.

Étant une série policière, les enquête sont donc le maître-mot du scénario. L’unité utilise essentiellement le profilage et si certains raccourcis sont évidents, à l’instar d’un Criminal Minds, l’ensemble est assez bien construit en dépit d’un manque de nuances. Il est tout de même dommage qu’Eriko soit toujours la clé du succès, même s’il lui arrive de douter et de faire quelques rares erreurs. La réalisation est dynamique et fait très nord-américaine. On sent l’influence des séries issues des États-Unis à ce niveau-là, ainsi que du côté des histoires. C’est un peu dommage car si l’on regarde un j-drama, on cherche justement autre chose et on souhaite une approche différente. La bande-son composée notamment par Hayashi Yuki est énergique mais détonne parfois lorsque l’on entend par exemple du Linkin Park. Oui, oui. Quand on ne s’y attend pas du tout étant donné que l’on regarde un j-drama, on ne peut s’empêcher d’être sacrément surpris. Mais surtout, les sonorités font étrangement penser à celles de Heroes
Puisque chaque épisode, à l’exception de deux d’entre eux, est dédié à un cas, c’est l’occasion de voir de nombreux guest stars. Le plus sympathique d’entre eux et instigateur de la meilleure intrigue à mon goût de la saison est Yamada Takayuki en mode cheveux longs (Byakuyakô, Water Boys, Sekai no Chûshin de, Ai wo Sakebu, Churasan, Long Love Letter). Le génial Namase Katsuhisa (Gokusen, Ashita no Kita Yoshio) suit un peu plus loin et propose un autre épisode agréable. L’acteur montre d’ailleurs qu’il sait très bien sortir de son registre habituel de comique. On peut autrement citer Takeda Tetsuya (JIN, Byakuyakô), Shida Mirai (Shôkôjo Seira) dans un épisode bien écrit et mettant un peu mal à l’aise, Sakai Wakana  (Waraeru Koi wa Shitakunai, Kisarazu Cat’s Eye), Kanai Yûta (TROUBLEMAN), Konishi Manami  (Ashita no Kita Yoshio, Churasan), Matsuda Satoshi (Vampire Host), Sorimachi Takashi (Great Teacher Onizuka), Ishigaki Yûma (Water Boys, Gokusen 1, Hanazakari no Kimitachi e), Maruyama Tomomi (Ashita no Kita Yoshio, Yume wo Kanaeru Zô) ou encore Miura Ryôsuke  (Meitantei no Okite). Que de monde n’est-ce pas ?

Cette première saison de BOSS est par conséquent plutôt sympathique sans sortir toutefois des sentiers battus. Il est vrai que son format impose des contraintes mais l’un n’empêche normalement pas l’autre. Si l’équipe policière est agréable et relativement attachante et que le girl power est presque palpable par moment, quelques défauts empêchent de pleinement apprécier l’ensemble. Le ton est effectivement trop versatile, l’ambiance est parfois malheureusement américanisée et les scénarios sont un poil manichéens. La saison deux sera donc de la partie puisque j’ai eu quelques obligations externes via Critictoo mais autrement, je ne pense pas que j’aurais continué cette série trop classique à mes yeux.