Pour la seconde fois, Luminophore va faire un tour du côté des keitai dramas, les fameuses séries télévisées diffusées sur téléphones portables. Après Sweet Room, je me suis donc intéressée à Onnatachi wa Nido Asobu, peut-être davantage connue sous sa traduction littérale anglaise, Women Play Twice, soit les femmes jouent deux fois. Cette production de BeeTV est composée de cinq parties, totalisant ainsi 29 épisodes de cinq minutes environ. À noter que la version que l’on trouve sur la Toile est celle du DVD. Par conséquent, l’ensemble a été compilé et dure un peu plus de deux heures. La série fut diffusée entre le 1er mars et le 5 mai 2010. Il s’agit d’une adaptation du roman écrit par Yoshida Shûichi (auteur, entre autres, du magnifique AkuninLe mauvais) publié dans un magazine entre 2004 et 2005. Ici, la chanson de fin, The meaning of us, est interprétée par la chanteuse populaire Namie Amuro. Sinon, le réalisateur, Yukisada Isao, a travaillé sur quelques films tels que Go!, Sekai no Chûshin de, Ai wo Sakebu ou encore Haru no Yuki. Aucun spoiler.

À l’instar de Sweet Room et de probablement bien d’autres dramas pour téléphones portables, Onnatachi wa Nido Asobu raconte plusieurs histoires différentes tout en possédant un certain fil rouge. Dans ce cas précis, il s’agit de l’écrivain en panne d’inspiration joué par Santamaria Yûsuke (Binbô Danshi). Tous les jours, il va dans un petit café tenter d’écrire quelque chose. Il est sous pression parce que son éditeur attend ses travaux. Or, rien ne vient. Il écoute alors les conversations des autres clients concernant un moment de leur vie amoureuse et s’en s’inspire fortement. Ces clients sont à chaque fois des hommes et ont été marqués par une femme ayant rapidement disparu de leur vie. Ces récits ont un ton et une ambiance généralement différents mais il en ressort néanmoins une continuité et un sentiment d’homogénéité. Ils vont bien les uns avec les autres car ils narrent les débuts souvent branlants d’une relation amoureuse et/ou leur fin pouvant être brutale. Il y a ainsi quatre vignettes consacrées à cinq femmes particulières et le drama se conclut sur une cinquième, dédiée à l’auteur qui est décidément un petit peu perdu.

La première histoire est sur une femme qui passe son temps à ne rien faire, jouée par Aibu Saki, et qui intrigue fortement le personnage interprété par Kashiwabara Takashi (Itazura na Kiss, Gotaisetsu, Hachimitsu to Clover). La seconde, mettant en avant le duo Mizukawa Asami (Nodame Cantabile, Last Friends)/Kôra Kengo (Ohisama), est sur une autre héroïne sortant d’une relation amoureuse avec un certain fracas. La troisième est quant à elle dédiée à une très belle femme portant les traits de Koyuki (Ikebukuro West Gate Park, Engine) qui se fait suivre par un doux rêveur (Koyanagi Yû – Marumo no Okite). Et enfin, la quatrième relate la rencontre entre une femme (Yûka) ayant le malheur de travailler le dimanche et un jeune homme, incarné par Tsukamoto Takashi (Kisarazu Cat’s Eye, TEIÔ). N’importe qui connaissant un minimum le monde du petit/grand écran japonais se rend aisément compte que la distribution est plutôt prestigieuse et sans surprise, l’interprétation est de qualité.

Ces cinq intermèdes sont dans l’ensemble réussis et du fait de leur durée minimale, vont directement à l’essentiel. Il n’y a donc guère de risque de s’ennuyer mais l’ensemble manque un tant soit peu de profondeur. Ce sont les aléas de cette diffusion sur téléphones portables et de ces mini-épisodes. La seconde histoire est un plus faible que les autres et la troisième est certainement celle qui laissera le plus circonspect certains spectateurs car elle propose une expérience plus que surréaliste. Pour ma part, j’ai beaucoup apprécié le passage dans le bain sorti de tout contexte en plus d’être extrêmement poétique ; il m’a presque réconciliée avec Koyuki, c’est fou. Si je devais choisir mon épisode favori, ce serait certainement celui avec Tsukamoto Takashi et Yûka. Quoi qu’il en soit, ces vignettes privilégient toutes les sentiments qu’elles mettent en avant avec une certaine subtilité, et il en ressort une douceur, voire une mélancolie car ces hommes ont parfois fini le cœur brisé et en gardent encore des blessures plus ou moins fraîches.

Pour conclure, il y a assez peu de choses à retenir d’Onnatachi wa Nido Asobu si ce n’est que la série fait la part belle à de délicates histoires amoureuses plutôt chaleureuses et non dénuées pour certaines d’une atmosphère douce-amère. Elle se regarde comme un film puisqu’elle est sortie en DVD ; de cette manière, l’ennui ne pointe pas réellement le bout de son nez. Le drama raconte cinq récits du point de vue des hommes et bien que les femmes en soient la figure centrale, leur traitement est assez superficiel. On ne profite en fait que de la vision masculine du sexe opposé, ce qui est assez original dans ce genre de productions. La réalisation est impeccable et la bande-son soignée, mais on ne peut s’empêcher de ressortir un peu sur sa fin car la série aurait gagné à être davantage développée. Toutefois, l’ensemble est suffisamment convaincant et joliment romantique pour être conseillé, d’autant plus que la durée n’est que de deux heures.